Libye - Justice sera faite pour les quatre Américains tués, promet Obama

Tripoli — Barack Obama a promis mercredi que «justice serait faite» après la mort de quatre Américains, dont l'ambassadeur à Tripoli, tués mardi soir lors d'une violente manifestation contre le consulat de Benghazi, dans l'est de la Libye. Le bâtiment a été incendié par des manifestants qui dénonçaient un film amateur ridiculisant le prophète Mahomet, réalisé par un Israélien vivant en Californie.

Le film, dont la bande-annonce de près d'un quart d'heure tourne sur Internet, avait également suscité mardi soir une manifestation devant l'ambassade américaine au Caire.

À Benghazi, plusieurs officiers libyens ont aussi été tués, et d'autres blessés, au début de la manifestation, selon le vice-ambassadeur libyen auprès des Nations unies, Ibrahim Dabbashi. Devant le Conseil de sécurité, il a assuré que l'attaque «ne sert en aucune façon les intérêts de la Libye» et «nuit gravement à l'image de l'islam». Sans pouvoir fournir de bilan précis, il a déclaré à la presse qu'il y avait «peut-être moins de dix victimes parmi les forces de sécurité».

Le président libyen par intérim Mohammed el-Megarif a présenté des excuses «à l'Amérique, au peuple américain et au monde entier» après cette «lâche» attaque. Devant la presse, il a offert ses condoléances aux familles des victimes et promis que les coupables seraient retrouvés et jugés. Un an après la chute du régime de Moammar Kadhafi, le gouvernement central a du mal à contrtler le territoire libyen, encore gangrené par les milices et les armes.

Lors d'une intervention solennelle depuis la roseraie de la Maison Blanche, Barack Obama a déclaré que les États-Unis allaient «oeuvrer avec le gouvernement libyen pour traduire en justice» les responsables de la mort de l'ambassadeur Christopher Stevens et des trois autres Américains tués à Benghazi.

«Rien ne justifie [...] cette attaque inadmissible et choquante», a estimé le président américain. «Justice sera faite» et ces attaques ne briseront pas les liens entre les États-Unis et la Libye», a-t-il assuré. Plus tôt, il avait ordonné un renforcement de la sécurité des personnels diplomatiques américains dans le monde entier.

Mort de l'ambassadeur

L'ambassadeur Chris Stevens, un diplomate de carrière de 52 ans, est mort mardi soir alors qu'il était venu avec un groupe d'employés de l'ambassade pour tenter d'évacuer le personnel du consulat de Benghazi, attaqué par une foule en colère, dont des hommes armés qui tiraient des coups de feu et lançaient des grenades RPG.

Selon un médecin libyen qui s'est occupé de l'ambassadeur, Chris Stevens a succombé à une grave asphyxie, apparemment causée par la fumée. Signe du chaos qui régnait pendant l'attaque, ce sont des Libyens qui ont amené l'ambassadeur, entre la vie et la mort, au centre médical de Benghazi. Personne dans l'hôpital ne savait alors qui il était, a confié le médecin, Ziad Abu Zeid, à l'Associated Press.

Des fondamentalistes musulmans étaient soupçonnés d'être à l'origine de la manifestation de Benghazi. Des milices fondamentalistes comme Ansar al-Charia, les partisans de la charia, ont revendiqué des destructions de mausolées et mosquées du soufisme, jugé hérétique, à Tripoli et plusieurs villes libyennes, dont des sites vieux de 5000 ans.

Manifestation au Caire

Quelques heures avant l'attaque de Benghazi, des centaines de manifestants s'étaient massés devant l'ambassade du Caire pour dénoncer le film jugé blasphématoire. Des protestataires, pour la plupart des fondamentalistes, avaient réussi à pénétrer dans l'enceinte de la représentation diplomatique pour amener le drapeau américain et le remplacer par une bannière noire portant une inscription religieuse. Les policiers anti-émeutes postés près de l'enceinte ont tout de même laissé les manifestants escalader les murs pendant plusieurs heures.

Un film controversé

C'est une bande-annonce du film Innocence of Muslims (l'innocence des musulmans) publiée sur le site de partage de vidéos YouTube qui a suscité la colère des manifestants. Cet extrait de 14 minutes, diffusé dans sa version originale en anglais et dans une version sous-titrée en arabe, dépeint Mahomet comme un escroc, un homme à femmes et un illuminé.

L'homme qui dit avoir écrit et réalisé Innocence of Muslims, Sam Bacile, un promoteur immobilier de 56 ans vivant en Californie, s'est réfugié mardi dans un lieu tenu secret. Contacté par téléphone par l'agence Associated Press, il s'est présenté comme un juif israélien, expliquant avoir voulu dénoncer la religion musulmane avec ce «film politique», volontairement provoquant. «L'islam est un cancer, point final», a-t-il lancé.

Son film a coûté 5 millions de dollars et a été financé par plus d'une centaine de donateurs juifs, a-t-il affirmé. Il a dit l'avoir réalisé à l'été 2011, avec 59 acteurs et environ 45 personnes derrière la caméra. Le film n'a été diffusé qu'une seule fois en salle, en début d'année dans un cinéma presque désert d'Hollywood, a-t-il ajouté. Sam Bacile a ajouté par ailleurs qu'il n'était pas à l'origine du sous-titrage de la bande-annonce en arabe.

Morris Sadek, un chrétien copte égyptien expatrié aux États-Unis et connu pour ses positions extrémistes contre l'islam, a de son côé déclaré à l'Associated Press à Washington qu'il faisait la promotion du film sur son site Internet et certaines de ses radios.

Dans ce film visiblement tourné avec des comédiens amateurs qui récitent un dialogue verbeux sur fond de photos de désert, Mahomet est montré en plein acte sexuel, approuvant des abus sexuels sur des enfants ou appelant à des massacres, alors que la seule représentation du prophète est déjà proscrite par l'islam. En 2005, l'affaire des caricatures de Mahomet, publiées initialement par un journal danois, avait déclenché des manifestations de colère meurtrières dans la majeure partie du monde musulman.

Ces événements se sont déroulés alors que les États-Unis rendaient hommage mardi aux victimes du 11-Septembre, au onzième anniversaire des attentats. L'attaque de Benghazi a aussittt monopolisé le débat en pleine campagne présidentielle américaine.

Mitt Romney et Hillary Clinton indignés

En pleine campagne présidentielle aux États-Unis, le candidat des républicains Mitt Romney a critiqué la première réaction de l'administration Obama. Plusieurs heures avant l'annonce de la mort d'un premier Américain en Libye, l'ambassade des États-Unis au Caire avait publié un communiqué condamnant «les efforts continus d'individus malavisés pour heurter les sentiments religieux des musulmans tout comme [elle condamnait] les efforts visant à offenser les croyants de toutes les religions».

Dans un communiqué diffusé mardi soir, Mitt Romney s'est dit indigné par les attaques contre les représentations américaines et la mort d'un employé américain du consulat. «Il est honteux que la première réaction de l'administration Obama n'ait pas été de condamner ces attaques contre nos missions diplomatiques mais de sympathiser avec ceux qui avaient mené les attaques».

Quasiment au même moment, la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton condamnait dans les «termes les plus fermes» l'attaque en Libye. «Les États-Unis déplorent tout effort intentionnel pour dénigrer les convictions religieuses d'autres personnes. Notre engagement envers la tolérance religieuse remonte aux origines mêmes de notre nation. Mais je vais être claire: ce ne sera jamais une justification pour des actes violents de ce type.»

«Nous sommes choqués que, au moment où les États-Unis d'Amérique sont confrontés à la mort tragique de l'un de nos officiers diplomatiques en Libye, le gouverneur Romney choisisse de lancer une attaque politique», a regretté pour sa part le porte-parole de campagne de Barack Obama, Ben LaBolt, dans un courrier électronique.

Le président libyen par intérim s'excuse

Le président libyen par intérim, Mohammed el-Megarif, s'est excusé mercredi auprès des États-Unis pour l'attaque contre le consulat américain de Benghazi.

Mohammed el-Megarif a qualifié cette attaque de «lâche» et présenté ses condoléances pour la mort de l'ambassadeur Chris Stevens et des trois autres Américains. S'exprimant devant la presse, il a promis de faire traduire les coupables devant la justice et de maintenir des relations étroites avec les États-Unis. Il a précisé que les trois autres Américains étaient des gardes.

Nous nous excusons auprès «de l'Amérique, des Américains et du monde entier», a affirmé Mohammed el-Megarif.

Le Canada condamne l'attaque

Le Canada exhorte le gouvernement de la Libye à traduire en justice aussi rapidement que possible les «extrémistes» responsables de l'attentat qui a coûté la vie à l'ambassadeur américain Christopher Stevens, ainsi que trois de ses compatriotes.

Le ministre des Affaires étrangères John Baird a demandé également aux autorités libyennes de prendre toutes les actions qui s'imposent afin de protéger les enceintes diplomatiques au pays.

L'assaut est survenu dans la nuit de mardi à Benghazi, quand des hommes armées de mitrailleuses et de grenades ont fait irruption dans le consulat américain. L'ambassadeur âgé de 52 ans et trois de ses collègues ont été assassinés alors qu'ils tentaient d'évacuer le personnel du consulat. Les responsables de l'attaque – première d'envergure depuis la chute du régime de Mouamar Khadafi – protestaient vraisemblablement contre un film jugé insultant pour l'Islam qui circule sur Internet.

Le Canada a condamné fermement cette attaque qualifiée «d'insensée» par le ministre dans un communiqué diffusé mercredi. «Nos pensées et nos prières accompagnent la famille de l'ambassadeur et des autres victimes», a ajouté M. Baird.

Le ministre de la Défense Peter MacKay a pour sa part signalé que le Canada avait un intérêt direct à s'assurer que la sécurité et la stabilité se répandent en Libye.



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