Tunisie - Grève générale à Sidi Bouzid, berceau de la révolution

Les rideaux des administrations et des magasins sont fermés. Seuls les bouchers sont restés ouverts, pour permettre aux habitants de s’approvisionner pour la nuit du Destin qui célèbre, durant le jeûne du ramadan, la révélation du Coran au prophète Mahomet. Dans le berceau de la révolution tunisienne, à Sidi Bouzid, la grève générale était très suivie mardi, où des centaines de personnes se sont rassemblées pour dénoncer la récente répression de manifestations.

« La grève générale a été suivie à plus de 90 % », s’est félicité Ali Kahouli, porte-parole du Front du 17-Décembre, un des organisateurs. Regroupant opposition politique, syndicats et représentants du patronat et de la société civile, le cortège de manifestants a défilé vers le palais de la justice, situé à l’extérieur de cette ville du centre de la Tunisie.


Ils réclament la libération de protestataires arrêtés en août lors de manifestations dispersées sans ménagement par la police à l’aide de gaz lacrymogène et de balles en caoutchouc. Scandant des slogans contre les islamistes d’Ennahda, le parti qui dirige la coalition au pouvoir, ils ont notamment crié : « Le peuple veut la chute du régime », « Justice, malheur à toi, Ennahda a le pouvoir sur toi. »


Selon le comité d’avocats chargé de la défense des gens arrêts en août, 18 détenus ont été libérés mardi. Ils avaient été arrêtés en marge de manifestations réprimées à l’aide de gaz lacrymogène et de balles en caoutchouc.


M. Kahouli a lui insisté sur la libération de tous les détenus, et sur l’adoption d’une véritable politique de développement économique régional.

 

Les droits des femmes


Tunis a connu lundi soir la plus grande mobilisation de détracteurs du régime depuis des mois, des milliers de personnes ayant manifesté pour la protection des droits de la femme menacés, selon l’opposition, par les islamistes. Enfin, douze manifestants arrêtés vendredi lors d’une manifestation réprimée près de Sfax ont bénéficié de non-lieux lundi et mardi. Quatre syndicalistes, détenus dans cette même région, ont d’autre part été libérés après près d’un mois de détention provisoire.


Une équipe de la chaîne télévisée Al-Jazira a vu une vitre de sa voiture brisée par les manifestants et a dû quitter les lieux du rassemblement, a rapporté un journaliste de l’AFP. Selon le blog collectif indépendant animé par des Tunisiens Nawaat, un caméraman de la chaîne a été brutalisé et frappé au visage. Cette chaîne du Qatar est accusée par les détracteurs du gouvernement tunisien de soutenir Ennahda.

 

Un symbole


Sidi Bouzid est située dans une région particulièrement pauvre et marginalisée sous le régime du président déchu Zine El Abidine Ben Ali. Or, selon des analystes, la situation économique et sociale ne s’y est guère améliorée depuis la révolution de 2011. En outre, la ville a une importance hautement symbolique, en tant que berceau de la révolution dont le point de départ avait été la mort le 17 décembre 2010 de Mohamed Bouazizi. Ce vendeur ambulant de 26 ans s’était immolé par le feu pour protester contre la saisie de sa marchandise par la police.


La misère, le chômage, en particulier des jeunes, et la corruption étaient au coeur des raisons de ce soulèvement contre le régime de Ben Ali. Les manifestations se sont multipliées ces dernières semaines contre le gouvernement dirigé par les islamistes.


De son côté, le porte-parole du gouvernement et également ministre des Droits de la personne, Samir Dilou, estime que cette grève générale est injustifiée, soulignant qu’« il ne faut pas que des considérations politiques, des partis politiques entrent en jeu ».


« On comprend les mouvements de protestation dans certaines régions compte tenu des conditions de vie difficiles », a-t-il néanmoins ajouté à l’antenne de la station de radio privée Mosaïque FM, avant de promettre d’y répondre « avec beaucoup de compréhension ».

1 commentaire
  • Gilbert Talbot - Inscrit 15 août 2012 08 h 38

    Le printemps arabe n'est pas terminé.

    Le printemps arabe n'est pas terminé ni en Tunisie ni dans les autres pays arabes; il prend maintenant pour cible les régimes islamistes mis en place après les premières révoltes. C'est la même situation en Tunisie qu'en Égypte où es Frères musulmans ont pris le pouvoir. Les manifestations d'aujourd'hui rappelle deux points majeurs à ces nouveaux gouvernants : la Révolution a été faites par la société civile sur des bases démocratiques et plurailistes, pas au nom de l'islamisme radical, qui les ont récupérés. Deuxièmement, ces Révolutions demandent plus d'égalité et de justice sociale pour que les petits marchands comme Mohamed Bouazizi puissent se sortir de la misère, pas pour instaurer la charia.