Les manifestants ne décolèrent pas au Soudan

Khartoum - La police a dispersé hier à Khartoum à coups de balles en caoutchouc et de gaz lacrymogènes des centaines de manifestants qui réclamaient notamment la chute du président Omar el-Béchir, ont rapporté des témoins, au 14e jour d’un mouvement de contestation inédit.

La police a fait état de milliers de manifestants et d’un blessé. Rassemblés près de la mosquée où est basé le parti d’opposition Umma, les manifestants ont brandi des drapeaux soudanais et des banderoles sur lesquelles on pouvait lire «Le peuple veut la chute du régime», un slogan utilisé dans plusieurs pays lors des mobilisations du Printemps arabe, a indiqué un témoin.


Après les tirs de gaz lacrymogènes et un nombre non déterminé d’arrestations, les manifestants ont brûlé des pneus et jeté des pierres sur les policiers avant de se disperser, selon le témoin. Des incidents similaires entre la police et les manifestants se sont produits dans le quartier de Bahri à Khartoum, où les forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogènes, a-t-on ajouté de même source. Des militants ont appelé à de grandes manifestations hier et aujourd’hui, jour du 23e anniversaire du coup d’État qui a porté Omar el-Béchir au pouvoir.


Les organisations de défense des droits de l’Homme ont fait état de nombreuses arrestations depuis le début le 16 juin du mouvement de contestation lancé par des étudiants contre la hausse des prix des denrées alimentaires. Parmi les personnes arrêtées hier figure un journaliste soudanais, Talal Saad, qui avait pris des photos des manifestations pour l’AFP à Khartoum. Des agents armés des services de sécurité ont perquisitionné les locaux de l’agence, ordonné la destruction des photos et arrêté M. Saad.


Le mouvement de contestation s’est intensifié après l’annonce d’un vaste plan d’austérité comprenant des hausses d’impôts et l’abandon des subventions aux carburants, dont les prix ont subitement grimpé de 50 % dans un pays déjà touché par une forte inflation. De petites manifestations sporadiques se sont multipliées dans le pays.