Formation d’un gouvernement en Égypte - Morsi cherche hors du cercle des Frères

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	Les partisans du président élu ont conspué l’armée, hier, place Tahrir. </div>
Photo: Agence Reuters Amr Abdallah Dalsh
Les partisans du président élu ont conspué l’armée, hier, place Tahrir. 

Le Caire — Le président élu égyptien, Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans, a fait savoir hier qu’il cherchait un «indépendant» pour diriger le gouvernement, afin d’élargir sa base politique face à l’armée qui conserve de larges pouvoirs. La justice égyptienne a parallèlement suspendu l’autorisation accordée aux militaires d’arrêter des civils, un revers pour les efforts des militaires en vue de garder la haute main en matière de sécurité intérieure.

M. Morsi mène des consultations en vue de nommer une «personnalité nationale indépendante» au poste de premier ministre, selon l’un de ses assistants. «La plupart des membres du gouvernement seront des techniciens», a ajouté cette source, sous le couvert de l’anonymat.
 
Le journal gouvernemental Al-Ahram évoquait hier le nom de Mohamed ElBaradei, ancien chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique et Prix Nobel de la paix 2005, proche des mouvements qui ont lancé la révolte contre le régime de Hosni Moubarak en janvier 2011.
 
Le quotidien mentionne aussi le nom de Hazem el-Beblaoui, qui a été ministre des Finances d’un gouvernement de transition après la chute de M. Moubarak. Interrogé par l’AFP, M. Beblaoui a toutefois déclaré être à l’étranger et ne pas avoir été approché jusqu’à présent.
 
L’ouverture du prochain gouvernement à des personnalités extérieures au mouvement islamiste est considérée comme un test de la volonté affichée par M. Morsi d’être le «président de tous les Égyptiens».
 
Elle est également indispensable pour élargir l’assise politique du président face au Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui dirige le pays depuis la chute de M. Moubarak en février 2011 et doit remettre le pouvoir exécutif à M. Morsi avant la fin de la semaine le pouvoir exécutif.
 
Mohamed Morsi est le premier président égyptien qui ne soit pas issu de l’appareil militaire, mais sa présidence restera sous un contrôle étroit du CSFA, qui s’est attribué le pouvoir législatif depuis la dissolution de la chambre des députés, dominée par les islamistes, après une décision de justice.
 
Les militaires gardent aussi un droit de regard sur la rédaction de la future Constitution, l’un des grands enjeux politiques des prochains mois, et conservent la haute main sur les questions de sécurité dans le pays.

Mais la cour administrative du Caire a «suspendu l’application» d’une décision gouvernementale rendant mi-juin à la police militaire et aux services de renseignements de l’armée le droit de procéder à des arrestations de civils, qu’ils avaient perdu avec la fin officielle de l’état d’urgence en mai.
 
Sur l’emblématique place Tahrir au Caire, plusieurs centaines de militants des Frères musulmans continuaient hier un sit-in pour protester contre les vastes pouvoirs que l’armée entend garder.
 
Lundi, M. Morsi a fait ses premiers pas dans le palais présidentiel. Il a rencontré le chef du CSFA, le maréchal Hussein Tantaoui, ainsi que le premier ministre sortant, Kamal al-Ganzouri, chargé de gérer les affaires courantes.
 
Le président élu «travaille à peaufiner les priorités de son programme», a indiqué dans son entourage. M. Morsi devra notamment affronter une grave crise économique, marquée par les difficultés du secteur touristique, des investissements en panne et une aggravation des déficits publics.

FMI disponible

Sa victoire a été saluée lundi par un bond de 7,5 % de la Bourse du Caire, soulagée après une semaine tendue où M. Morsi et son rival, Ahmad Chafiq, un ancien premier ministre de Hosni Moubarak, se sont âprement disputés la victoire sur la base de résultats provisoires. Les cours étaient encore orientées à la hausse hier. Toutefois, l’agence de notation Standard and Poor’s a placé lundi la note “B” de l’Egypte sous surveillance avec une perspective d’évolution négative.

Chafiq hors du pays

L’ancien premier ministre égyptien Ahmed Chhafiq, défait au second tour de l’élection présidentielle par l’islamiste Mohammed Morsi, a quitté l’Égypte avec une grande partie de sa famille hier, quelques heures après l’ouverture d’une enquête pour corruption le visant.
 
Le procureur général a ouvert une enquête concernant des allégations selon lesquelles il aurait gaspillé des fonds publics pendant les huit années qu’il a passées comme ministre de l’Aviation civile, à l’époque où l’ancien président Hosni Moubarak était au pouvoir.
 
Selon un responsable aéroportuaire, Ahmed Shafiq a pris l’avion pour Abou Dhabi à l’aube avec deux de ses trois filles et trois de ses petits-enfants.