Égypte: Mohammed Morsi proclamé vainqueur de la présidentielle

Le candidat des Frères musulmans, Mohammed Morsi, a remporté la présidentielle égyptienne, selon les résultats proclamés aujourd’hui par le président de la commission électorale Farouk Sultan.

Mohammed Morsi l'a emporté avec plus de 13,2 millions des voix, soit environ 51,7 % des voix face à Ahmed Shafiq, dernier premier ministre de l'ancien président Hosni Moubarak, qui a recueilli 12,3 millions des voix, a-t-il annoncé.  La participation au second tour des 16 et 17 juin a atteint 51,85% des plus de 50,9 millions d'électeurs inscrits.

Une clameur de joie est immédiatement montée de la place Tahrir du Caire où des milliers d'Égyptiens s'étaient massés pour attendre les résultats. La place est devenue le symbole du soulèvement qui a poussé l'ancien président Hosni Moubarak à la démission en février 2011.

Les autorités avaient renforcé le dispositif de sécurité dans les rues du Caire et aux abords des principaux édifices publics dans la crainte de violences. L'annonce des résultats, reportée de plusieurs jours en raison des nombreux recours déposés par les candidats, est intervenue dans un climat de tension, Mohammed Morsi et son rival ayant tous deux revendiqué la victoire.

Mohammed Morsi, 60 ans, est un ingénieur de formation, notamment diplômé de l'Université de Californie du Sud, qui a été plusieurs fois député sous le régime Moubarak. Il avait dû remplacer au pied levé Khaïrat al-Chater, le stratège et no 2 de la confrérie, dont la candidature à la présidentielle avait été invalidée. Il a défendu sans originalité la plateforme des Frères musulmans: lutter contre la corruption des institutions, placer l'État sous le signe de l'Islam.

Se présentant également comme le seul candidat à pouvoir prévenir le retour de l'ancien régime, il était arrivé en tête du premier tour des 23 et 24 mai, mais de peu, avec près de 25 % des suffrages, soit 5,6 millions de voix.

Son adversaire, Ahmed Shafiq, avait créé la surprise en se classant deuxième avec près de 24% des suffrages, soit 5,3 millions de voix. Ancien chef d'état-major de l'armée de l'Air, puis ministre de l'Aviation civile, il avait été le dernier premier ministre du raïs Hosni Moubarak.
 

Désigné à ce poste le 28 janvier dernier, il avait été limogé le 3 mars par le Conseil suprême des forces armées (CSFA), au pouvoir depuis la démission de Moubarak, alors que de grandes manifestations continuaient d'agiter la place Tahrir au Caire.
 

Âgé de 70 ans, M. Shafiq, présenté par l'opposition comme un homme de l'armée, avait bâti sa campagne électorale autour d'une image d'homme fort soucieux de stabiliser le pays, promettant de rétablir rapidement la loi et l'ordre et mettant en garde contre des Frères musulmans soupçonnés de vouloir établir des règles religieuses trop strictes. Après le premier tour, il avait tenté d'enlever l'étiquette de candidat de l'ancien régime en vantant la "glorieuse révolution" égyptienne.

Le Conseil suprême des forces armées (CSFA) au pouvoir depuis la chute de l'ex-président Hosni Moubarak a réaffirmé la semaine dernière son engagement à transmettre le pouvoir d'ici le 30 juin, comme prévu, au président élu.

Mais le CSFA a rendu public le 17 juin, juste après la fermeture des bureaux de vote, une déclaration constitutionnelle par intérim limitant les pouvoirs du futur chef de l'État.
Les militaires ont déjà repris le pouvoir législatif après la dissolution le 14 juin du Parlement par le Conseil suprême constitutionnel, qui a entraîné la disparition de l'Assemblée constituante. Principale force politique du pays, les Frères musulmans se sont retrouvés ainsi sans représentation parlementaire, eux qui avaient obtenu près de la moitié des sièges de députés.

7 commentaires
  • Daniel Lambert - Inscrit 24 juin 2012 11 h 20

    La clameur de joie

    La clameur de joie pourrait bien vite dégénérer en clameur de guerre civile si le président égyptien veut faire du «religieux» le centre de la société égyptienne. La moitié des Égyptiens ne sont plus dans la mouvance islamiste traditionnelle.

    Les mois qui viennent est un test pour le nouveau président. Qu'en dira la communauté des nations?

    • Ginette Durand - Abonnée 24 juin 2012 15 h 58

      Il n'en sera pas autrement: le religieux primera le civil en Égypte. En fait l'Égypte à plus ou moins long terme deviendra une société théocratique omme l'Iran. Pauvres Égyptiens. Et surtout pauvres Égyptiennes qui seront les grandes victimes des phallocrates religieux. Mais Incha'Allah !

    • Ginette Durand - Abonnée 24 juin 2012 15 h 58

      Il n'en sera pas autrement: le religieux primera le civil en Égypte. En fait l'Égypte à plus ou moins long terme deviendra une société théocratique omme l'Iran. Pauvres Égyptiens. Et surtout pauvres Égyptiennes qui seront les grandes victimes des phallocrates religieux. Mais Incha'Allah !

  • Catherine Paquet - Abonnée 24 juin 2012 14 h 59

    Les militaires ont certainement des appuis à l'étranger.

    Je ne serais pas surpris que les Américains et les Israëliens, pour ne pas parler de plusieurs pays européens, soient assez satisfaits de voir les militaires contrôler une si grande partie des centres de décisions. Il y a bien sût des millions d'Égyptiens qui ne voudraient pas voir leur pays souffrir de toutes les rigueurs de la Sharia et autres plaisirs des coutumes islamistes. Mais les grandes puissances occidentales seront encore plus vigilantes à ce sujet, et accorderont une onne marge de maneuvre aux militaires égyptiens.

  • Claude Paradis - Inscrit 24 juin 2012 21 h 12

    Pourquoi pas le model Turque?

    Oui la Turquie a depuis quelque années élue un gouvernement
    islamiste ,qui sous le couvert de l'armée ommiprésente dans
    les affaire de se pays,na pas imposer la Sharia....

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 25 juin 2012 07 h 53

    Frères et armée, même combat

    Le Monde nous apprend ce matin (25 juin) que Morsi avait conclu avec l'armée, au moment de la «révolution populaire», un accord très secret en vertu duquel les Frères musulmans se retiraient de la Place Tahrir en échange de la libération de certains de leurs dirigeants alors emprisonnés.

    Il est clair que l'alliance entre les pouvoirs militaire et musulman est déjà consommée. La suite est prévisible. (En passant: combien de femmes se trouvaient Place Tahrir au moment du dévoilement du résultat? Quelques très vieilles, tout au plus. Bienvenue à la sharia).

    Desrosiers
    Val David

  • Vladislav Kivepe - Inscrit 25 juin 2012 07 h 55

    Bis répetitat placent

    Le scénario « hollywoodien » qui est appliqué de façon répétitive dans les pays arabes repose sur le fantasme occidental de la mise en place de la démocratie dans des pays musulmans avec la complicité de courants religieux qui y trouvent l’opportunité de prendre le pouvoir.

    Le résultat est que chaque mise en place de structures démocratiques dans ces pays, débouche sur la dominance de théocraties qui révèlent les divisions cultuelles des différents courants religieux avec les violences et les exclusions qui risquent d’être pratiquées comme dans tous les pays ou un pouvoir abuse de sa position dominante.

    On ne peut qu’espérer que ce commentaire ne soit qu’un procès d’intention, mais face à l’espoir, la réalité est souvent différente comme en Iran.