Point chaud - Le Québec peut remplacer le Canada en Afrique

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	L’Afrique vivra dans les prochaines années « ce qui s’est passé en Asie », prédit Jean-Louis Roy.</div>
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
L’Afrique vivra dans les prochaines années « ce qui s’est passé en Asie », prédit Jean-Louis Roy.

Puisque le Canada met la hache dans ses missions diplomatiques et son aide à l’Afrique, serait-il temps pour le Québec d’affirmer enfin sa présence sur ce continent ? Jean-Louis Roy le croit. « Pourquoi ne pas ouvrir une délégation du Québec dans chacune des cinq grandes régions de l’Afrique ? », se demande l’ancien secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) en entrevue au Devoir.

« Je ne suis pas sûr qu’on puisse changer la position actuelle du Canada. Je me dis que le moment est peut-être venu pour le Québec de jouer un rôle sur le continent africain. Je m’étonne en pensant que c’est le seul continent où il n’a pas de délégation générale. Or une partie de l’avenir linguistique et culturel du Québec se passe sur ce continent-là », poursuit M. Roy, rappelant que 40 % des immigrants accueillis par le Québec viennent d’Afrique et que la quasi-totalité d’entre eux parlent français. La communauté francophone de Belgique le fait, note Jean-Louis Roy, qui a également été directeur du Devoir et délégué général du Québec à Paris.


M. Roy décèle à Ottawa « une volonté politique de se détacher de cet espace dans lequel on avait réussi, depuis un demi-siècle, à créer des liens qui ont bien servi l’Afrique et le Canada, au moment où tout le monde veut occuper une place en Afrique. »


Jean-Louis Roy fait un bilan très positif de cinq décennies de francophonie institutionnelle. « Il y a eu circulation de milliers d’hommes et de femmes dans toutes sortes de domaines : des cinéastes, des écrivains, des musiciens, des gens de théâtre, des gens qui s’intéressent à l’environnement, au statut de la femme et aux droits de l’homme. Tous les ans, il y a des milliers de gens qui réfléchissent ensemble en français : c’est un flux continu depuis 50 ans », explique l’ancien secrétaire général.


Les sommets francophones ont longtemps réuni une majorité de dictateurs. À la fin des années 1980, déstabilisés par la fin de la guerre froide et l’exécution d’autocrates comme Nicolae Ceausescu, les chefs d’État africains ont cependant « senti un froid », relate Jean-Louis Roy. Sous l’impulsion du Sénégalais Abdou Diouf, la Francophonie a alors pris le train de la démocratisation. M. Roy parle du « plus important programme » que l’OIF ait mis en oeuvre. « Je suis sur que la Francophonie a contribué à l’éclosion d’une culture démocratique en Afrique », affirme-t-il.


M. Roy vient de publier, aux éditions Feu de brousse, Ma rencontre avec un continent, qui est un recueil de textes sur l’Afrique écrits entre 1971 et 2011.


Ce continent change, devient urbain, branché et plus instruit. L’ancien secrétaire général mentionne les investissements privés en forte croissance. Citant un rapport de la Banque Mondiale, il prédit que l’Afrique vivra dans les prochaines années « ce qui s’est passé en Asie. »


 

L’essor du français est en jeu


«L’avenir de la francophonie se joue en Afrique, on le sait », dit-il. Se référant à une étude de l’Université Laval, il évoque deux scénarios possibles : « Si l’Afrique reste attachée à la langue française, cette dernière sera parlée par 600 millions de personnes au milieu du siècle. Si elle s’en détachait, le français ne compterait que 160 millions de locuteurs. » Ce deuxième scénario se réalisera surtout si la langue de Molière est écartée au profit de l’anglais dans l’enseignement et les communications.


Les langues asiatiques progressent aussi en Afrique, rappelle Jean-Louis Roy. « Il y a depuis très longtemps un attachement extrêmement profond aux langues africaines. De plus en plus de pays tentent des expériences pour scolariser les enfants dans les langues nationales, ajoute-t-il. Les télévisions aussi travaillent beaucoup dans les langues nationales, mais il y a en même temps un retour sur la langue française dans certaines chaînes panafricaines. On peut capter en Asie ou en Europe des émissions en français qui ne viennent ni de France ni du Canada. C’est nouveau », poursuit-il.


Jean-Louis Roy a été président de Droits et Démocratie de 2002 à 2007. Que pense-t-il de la fermeture de cet organisme ? « Disons la vérité : ça n’a pas été une grande surprise, répond-il. On a dépensé des centaines de milliers de dollars pour trouver des malversations et on n’a rien trouvé. Au bout de tout cela, on a décidé de fermer Droits et Démocratie. Ce n’est pas très glorieux. »


13 commentaires
  • Michel Miclot - Inscrit 14 mai 2012 07 h 13

    Excellente idée

    Trop bonne pour le gouvernement actuel mais qui je l'espère sera reprise par le prochain gouvernement non libéral. Le Canada se transforme tranquillement en 52e état US , il disparaitra de toute façon de la scène internationale et le Québec ,futur état-nation doit commencer à faire sentir sa présence.

  • Charles F. * Doublon M.c. * Labrecque - Inscrit 14 mai 2012 07 h 47

    Les moyens

    C'est bien élégant de penser aux autres, mais en avons nous les moyens ? Devant notre endettement, le manque de finance pour tout nos services, système de la santé, l'éducation, l'aide sociale, en plus de faire face à un mouvement négationnisme sans précédent pour tout ce qui bouge au Québec et qui seraient successible de créer de la richesse, ne croyez-vous pas que nous devrions passer notre tour. D'une manière ou d'une autre la langue française restera toujours une langue du terroir sans avenir dans le monde de l'avenir.

  • Yvon Bureau - Abonné 14 mai 2012 08 h 00

    Excellent idée

    Merci pour cet excellent article.
    Bon travail.
    D'accord avec vous.

  • Normand Gélinas - Inscrit 14 mai 2012 08 h 18

    Exellente idée

    Si nous avons plein pouvoir et que le Fédéral ne s'émisse pas dans nos affaires.

  • Marjolaine Gaudreault - Inscrite 14 mai 2012 08 h 53

    Excellente idée

    Une idée comme celle-là, ça s'appelle avoir de la suite dans les idées. Quand on veut être reconnu, il importe de se faire voir et d'agir positivement.