La grève générale au Nigeria dégénère en affrontement meurtrier

Les habitants de Lagos ont défilé dans la rue par milliers.<br />
Photo: Agence Reuters Akintunde Akinleye Les habitants de Lagos ont défilé dans la rue par milliers.

Lagos — Certains chantent et brandissent des branches arrachées, d'autres mettent le feu à des pneus dont s'échappent d'épaisses colonnes de fumée. Par milliers, les habitants de Lagos sont descendus dans la rue pour crier leur rejet du doublement du prix de l'essence au Nigeria. Et dire aussi leur ras-le-bol et leurs frustrations dans une puissance pétrolière richissime en hydrocarbures mais dont le développement est largement entravé par la corruption. «Trop, c'est trop», résume une inscription sur le t-shirt d'un manifestant.

Des heurts entre manifestants et policiers ont fait au moins cinq morts et des dizaines de blessés hier au premier jour d'une grève générale qui a paralysé le pays pour protester contre une brutale hausse du prix des carburants.

Ce mouvement d'une durée indéterminée se produit dans un contexte de tension croissante entre chrétiens et musulmans dans le pays le plus peuplé d'Afrique et, hier, des manifestants ont tenté d'incendier une mosquée dans le Sud à majorité chrétienne.

Le 1er janvier, le président Goodluck Jonathan a annoncé à la surprise générale la suppression immédiate des subventions sur les prix des carburants. Les tarifs à la pompe ont plus que doublé dès le lendemain, amenant les syndicats à annoncer une grève générale illimitée à compter d'hier.

«Nous disons non! Les Nigérians sont fatigués, lance un jeune homme en maillot de foot. Vous savez, nos législateurs à Abuja, ils prennent trop ce qui appartient au public. Nous voulons qu'ils partent». «Démissionne ou meurs comme Kadhafi maintenant», menace une pancarte destinée au chef de l'État. «Rends-moi mon vote», peut-on lire sur une autre.

Corruption

«Nos dirigeants sont tellement corrompus qu'ils s'attendent même à ce que le peuple paie pour leurs péchés, dénonce une représentante syndicale, vite entourée par une petite foule qui l'écoute. Il y a tellement de frustration, tellement de colère. Je pense que ça n'est que le début des problèmes que nous avons vus dans les pays arabes. C'est comme ça que ç'a démarré en Tunisie. Il y avait de la colère, un homme s'est immolé par le feu et c'est à cause de ça que nous avons eu le Printemps arabe».

«Les Nigérians sont prêts à payer de leur vie, à affronter leurs dirigeants», dit-elle en haussant la voix. «Yeah!!», lui répondent ses auditeurs.

La marche a démarré peu après 8h du matin et des heures durant, dans une chaleur moite, étudiants, avocats, chômeurs, professeurs, ont chanté et hurlé leur ras-le-bol.

L'ambiance est confraternelle mais électrique aussi. Et volatile. Des pierres et des bouteilles de verre cassées volent au-dessus des têtes, les esprits s'échauffent mais les organisateurs sont déterminés à éviter les dérapages.

Les heurts les plus violents se sont produits à Kano, la métropole du Nord à dominante musulmane, où deux personnes ont été tuées par balle.

Le pape Benoît XVI s'est personnellement inquiété hier de la montée des violences interconfessionnelles au Nigéria, tandis que les États-Unis ont «vivement» condamné «ces actes de violence continus attribués» au groupe islamiste Boko Haram.
1 commentaire
  • Gilbert Talbot - Abonné 10 janvier 2012 09 h 58

    Il y a du printemps dans l'air nigérian.

    Ça commence à ressembler au soulèvement de la Tunisie l'an dernier : manifestation populaire massive, mais encore pacifiquei, dénonciation de la corruption et demande de démission des dirigeants du gouvernement. Est-ce un mouvement uniquement islamiste dirigé par le Boko Haram ? Ça ce n'est pas sûr, quoi qu'en dise le Pape et les USA.