Afrique: Kenya - Le savoir comme remède aux ravages

Charles Onyango-Obbo, Daily Nation Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial 7 milliards

La population mondiale franchit la barre des sept milliards, l'Afrique a récemment passé celle du milliard. Ici, la question qui nous vient à l'esprit est certainement: comment allons-nous nourrir tout ce monde? Dans mon Ouganda natal, le National Environmental Authority estime qu'au rythme actuel de la déforestation, le pays va devoir importer son bois de chauffage d'ici 2020 (80 % des Ougandais dépendent du bois comme carburant principal).

Conséquence: dans les années à venir, si la nourriture va devoir toujours être trouvée, dans plusieurs pays africains où l'environnement a été mis à mal, la difficulté pourrait aussi être de trouver l'énergie nécessaire pour la faire cuire. La crise environnementale est cruciale. Presque tous les autres problèmes comme la corruption, les fraudes électorales, la guerre, la famine, les maladies, les outrages faits aux femmes dans plusieurs sociétés africaines, la croissance des bidonvilles et le coût élevé de la vie dans les villes sont reliés à cette question.

Nous connaissons les chiffres. L'ONU prévoit que d'ici dix ans à peine, la terre va porter près de 50 millions de réfugiés environnementaux. Les lacs, comme le lac Tchad, s'assèchent. Plusieurs villes d'Afrique n'offrent pas d'eau dans leur robinet en moyenne trois jours par semaine. Et la situation est pire dans les campagnes, où le manque d'infrastructures de base engendre des maladies qui tuent 600 000 enfants et entraîne, en Afrique subsaharienne, la perte de 1,7 million de jours d'école par an.

Et il y a plus. Je me souviens d'un reportage au bord du Nil, un endroit riche en poissons, où je suis allé visiter un futur barrage et témoigner des changements radicaux que cela allait entraîner dans les communautés locales. Près du réservoir, j'ai vu un enfant avec le ventre gonflé, probablement en raison de malnutrition. J'ai demandé au père, un pêcheur, ce que se passait et il m'a répondu que son fils était possédé par un mauvais esprit. Quand on lui a dit que c'était peut-être parce que son enfant ne mangeait pas assez et qu'il gagnerait à manger le poisson que son père pêchait, l'homme nous a rétorqué qu'il ne pouvait pas faire ça. Les poissons qu'il sortait de l'eau, il devait les vendre pour acheter des choses, comme des médicaments pour sa famille. Il était trop pauvre pour se permettre de manger le poisson qu'il attrapait.

Au bord du Nil, on comprend que l'enjeu auquel fait face l'Afrique et sa population grandissante est finalement très prosaïque: c'est le savoir et l'éducation. L'Afrique peut importer la connaissance, oui, mais il y a une chose qu'elle ne peut pas importer, c'est la créativité et la capacité à faire de grandes choses avec.

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