Composition de l'Assemblée constituante - Ottawa interdit le vote de Tunisiens sur son territoire

Tunis — Le gouvernement canadien a interdit le vote de Tunisiens sur son territoire pour l'élection d'une Assemblée constituante le 23 octobre en Tunisie, a indiqué hier, Nabil Baffoun, membre du comité des Tunisiens à l'étranger au sein de l'Instance supérieure indépendante des élections (ISIE).

«Les autorités canadiennes ont déclaré à l'ambassadeur de Tunisie qu'elles s'opposaient à la tenue de l'opération électorale sur leur territoire », a-t-il précisé.

«Ni la loi internationale, ni les pratiques courantes, ni même les relations diplomatiques ne permettent une telle interdiction, le vote se déroulera dans les locaux de l'ambassade et dans les consulats de Tunisie qui relèvent de sa souveraineté. La candidature de quelques binationaux actifs dans la vie politique canadienne est à l'origine de la décision du gouvernement canadien», a indiqué M. Baffoun.

L'ambassade du Canada à Tunis n'était pas joignable hier pour confirmation, mais le ministère des Affaires étrangères de Tunisie est en contact avec les autorités canadiennes pour «clarifier la situation et permettre aux ressortissants tunisiens de participer à l'élection», a indiqué ce ministère.

Les Tunisiens sont appelés à élire le 23 octobre les membres de l'Assemblée constituante chargée de rédiger une nouvelle constitution huit mois après de la fuite en Arabie saoudite du président déchu Zine El Abidine Ben Ali en janvier.

Le Canada compte quelque 1500 expatriés tunisiens et accorde l'asile à Belhassen Trabelsi, un des frères de l'épouse de Ben Ali qui a mis la main sur des pans entiers de l'économie tunisienne.

Moins de la moitié des 700 000 Tunisiens résidant à l'étranger en âge de voter, se sont inscrits sur la liste électorale et pour leur faciliter la procédure, l'ISIE a étalé sur trois jours le vote à l'étranger du 20 au 22 octobre.

Le Parti démocrate progressiste (PDP, principale formation du centre) a dénoncé hier dans un communiqué la décision canadienne et appelé la communauté tunisienne à défendre son droit de vote pour être représentée à l'Assemblée constituante.

Le PDP affirme dans la foulée que même l'Arabie Saoudite, qui abrite l'ex-dictateur tunisien, a accepté la demande tunisienne de faire voter les autres Tunisiens résidant dans ce pays.
4 commentaires
  • Volney - Inscrit 20 septembre 2011 03 h 20

    Volney

    J'ignore s'il y a des éléments qui m'échappent mais présenté tel quel c'est assez honteux.

    Il y a environ quinze ans, le Canada avait encore une belle image à l'étranger; aujourd'hui, plus ça va plus on a l'air con...

  • Michel Bourgault - Abonné 20 septembre 2011 08 h 24

    Deux poids, deux mesures

    Devons-nous comprendre qu'aux prochaines élections fédérales, le gouvernement de M. Harper va interdire aux citoyens canadiens résidant en territoire étranger, comme nos militaires et nos diplomates, de voter aux prochaines élections. À moins que les sondages ne le favorisent...
    Ce n'est une autre illustration de l'attitude antidémocratique de ce gouvernement. On peut bien ne pas approuver la position politique des autres, mais en démocratie, tous ont droit de parole.

  • Bernard Gadoua - Inscrit 20 septembre 2011 11 h 01

    Une mesure raciste, ni plus ni moins!

    Il semble bien que le clan mafieux qui vampirisait le peuple tunisien et qui a trouvé asile au Canada sans trop d'inquiétude, a aussi un poids politique auprès du gouvernement Harper ou des skinheads-à-cravates qui lui tient lieu de Ministres. Mais pensons pire. Cette décision n'est-elle pas une ingérence dans les affaires intérieures de la Tunisie? La réponse est oui! De plus, étant donné que la diaspora tunisienne est reconnue pour être davantage «libérale» que les résidents tunisiens, cette décision ne vise-t-elle pas à favoriser les islamistes? Ce qui permettrait à de nombreuses forces politiques islamophobes qui gravitent autour de ce gouvernement de maintenir un argumentaire dépassé sur le monde arabe et musulman.
    Mais, comme à l'habitude, c'est dans la plus crasse ignorance des règles diplomatiques internationales qu'une telle décision est annoncée. Comment Ottawa s'y prendra-t-il pour empêcher les Tunisiens d'accéder à leur consulat ou ambassade pour aller voter alors que ce territoire est protégé par le droit international? Vont-ils arrêter les Tunisiens qui se rendront sur les lieux? Les détenir, les incarcérer pour avoir exercer leurs droits démocratiques fraîchement conquis?
    On avait des doutes sur le soutien du Canada envers le printemps arabe, on ne peut plus en avoir. La politique proisraélienne de Harper lui dicte de s'opposer à la démocratisation du monde arabe! Pensez-vous un seul instant qu'Ottawa oserait décréter une telle mesure contre les ressortissants français ou américains? Poser la question c'est y répondre! Il s'agit d'une décision purement et simplement raciste. On comprend mieux ainsi l'opposition de Harper à la Conférence de l'ONU sur le racisme.

    Bernard Gadoua

  • Asfour Stah - Inscrit 20 septembre 2011 17 h 32

    Beaucoup de questions

    (Pour info, il y a au Canada au moins 10000 Tunisiens et non pas 1500, voir les statistiques sur le site de statistitques Canada)

    -Pourquoi le gouvernement Canadien a pris cette décision, est-ce qu'il y a une logique derrière? Est-ce que cette interdiction s'applique à tous les pays du monde?

    -Au point de vue droit interntional: Comment est-il possible d'empecher un pays d'utiliser son espace diplomatique pour organiser des élections?

    -Pourquoi des journaux Candiens n'en parlent pas? Pourquoi le devoir n'investigue pas et pourquoi a-t-on un article de l'AFP et classé dans le Devoir dans la section 'actualités internationales'? il me semble que c'est aussi une question nationale.