Dégel de 15 milliards pour la Libye

Le président de la France, Nicolas Sarkozy, en compagnie de Moustapha Abdeljalil, président du CNT, lors de la rencontre des «amis de la Libye» hier à Paris.<br />
Photo: Agence Reuters Le président de la France, Nicolas Sarkozy, en compagnie de Moustapha Abdeljalil, président du CNT, lors de la rencontre des «amis de la Libye» hier à Paris.

Les «amis de la Libye» se sont engagés à soutenir le Conseil national de transition (CNT) qui devra installer la démocratie dans le pays. Le dirigeant libyen déchu, Mouammar Kadhafi, a quant à lui promis à nouveau un massacre.

Les grandes puissances reconnaissaient déjà la légitimité du CNT, cette autorité politique qui représente les rebelles opposés au régime de Kadhafi. Mais l'appui est désormais consacré en échange d'une promesse de stabilité, de développement et de lutte contre l'extrémisme.

La soixantaine de chefs d'État et de délégués d'organisations internationales réunis hier à Paris pour discuter de l'avenir du pays ont annoncé le dégel de 15 milliards de dollars d'avoirs libyen que le Conseil pourra utiliser pour tenir son engagement.

«L'argent détourné par M. Kadhafi et ses proches doit revenir aux Libyens, a dit le président français, Nicolas Sarkozy, au terme de la conférence qu'il coprésidait avec le premier ministre britannique, David Cameron. Nous nous sommes tous engagés à débloquer l'argent de la Libye d'hier pour financer le développement de la Libye aujourd'hui.»

Les avoirs libyens à travers le monde, bloqués en vertu de résolutions de l'Organisation des Nations unies (ONU), pourraient s'élever à 50 milliards de dollars. La France, la Grande-Bretagne, l'Espagne et l'Italie ont déjà débloqué des avoirs libyens au profit du CNT. La Suisse et les Pays-Bas devraient suivre.

Après la conférence, le Canada a levé toutes les sanctions économiques envers la Libye. Les entreprises canadiennes peuvent donc recommencer à travailler avec la Libye et le Canada aura à nouveau un diplomate dans le pays prochainement, a annoncé le premier ministre Stephen Harper. De plus, la modeste somme de 100 millions de dollars, gelée depuis février dernier, a été mise à la disposition de CNT pour «opérer un transfert harmonieux du pouvoir», a dit le premier ministre. «Il est clair pour tout le monde que le Conseil national de transition est le gouvernement légitime de la Libye. Il doit avoir accès aux fonds qui appartiennent au peuple libyen.»

L'Union européenne a abandonné une partie des sanctions économiques hier. Un diplomate a aussi indiqué à l'AFP que le Conseil de sécurité de l'ONU pourrait faire de même la semaine prochaine.

Appui militaire

L'appui renouvelé aux rebelles par les «amis de la Libye» est également militaire. Les avions de l'OTAN resteront engagés au-dessus de la Libye aussi longtemps qu'il le faudra, a précisé David Cameron, affirmant que l'Europe ne peut pas se permettre de voir la Libye échouer dans son passage vers la démocratie. «Nous perdrons tous si le printemps arabe laisse place à un hiver de répression.» Stephen Harper a aussi indiqué que l'apport militaire de l'armée canadienne se poursuivra jusqu'au bout, afin de «finir le travail pour voir la vraie fin du régime Kadhafi».

La secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, a clairement exposé les conditions de l'engagement des grandes puissances envers les rebelles. «Les nouvelles autorités libyennes vont devoir continuer à lutter contre l'extrémisme violent et travailler avec nous pour s'assurer que les stocks d'armes de Kadhafi ne deviennent pas une menace pour les voisins de la Libye et le monde.» Elle redoute les liens que pourraient avoir certains membres du conseil avec des islamistes ou al-Qaïda.

Le président du CNT, qui participait à la conférence, a assuré qu'il superviserait une «transition pacifique» dans le respect de «l'État de droit». «J'ai un message pour le peuple libyen: tout est entre vos mains pour réaliser ce que nous avons promis: la stabilité, la paix, la reconstruction», a affirmé Moustapha Abdeljalil.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, s'est par ailleurs dit prêt à suivre de près les démarches du CNT. Il compte mandater une mission en Libye «dans le délai le plus court».

Deux nouvelles puissances participant à la conférence ont reconnu hier le CNT. La Russie a dit que le conseil est bien «l'autorité au pouvoir», tandis que la Chine a dit accorder «de l'importance à la position et au rôle considérable du CNT pour régler la crise».

Les «amis de la Libye» se réuniront à nouveau en septembre, à New York.

En Libye


Le chef libyen célébrait hier ses 42 ans à la tête du pays, poste qu'il a obtenu grâce à un coup d'État en 1969. Dans deux différents messages audio diffusés hier à la télévision, il a promis, à nouveau, un bain de sang. Ses forces à Syrte et à Bani Walid ne se rendront jamais, assure Mouammar Kadhafi. «Nous ne nous rendrons pas. Nous ne sommes pas des femmes», a ajouté le chef, connu pour ses propos sexistes.

L'objectif est de tuer l'ennemi, qu'il soit libyen ou étranger. «Préparez-vous à une guerre de gangs et de guérilla, à la guerre urbaine, et à une résistance populaire dans chaque ville [...] pour vaincre l'ennemi partout», a déclaré Mouammar Kadhafi, depuis sa cachette où il se réfugie depuis près de deux semaines et dont l'emplacement est toujours inconnu. Il a ensuite à nouveau joué sur la corde nationaliste en accusant les forces internationales de tenter de coloniser le pays dans le but d'obtenir ses ressources naturelles.

Les rebelles ont choisi hier de prolonger d'une semaine leur ultimatum lancé mardi aux forces résistantes de la ville de Syrte. Ils demandaient d'abord aux derniers partisans de Kadhafi de se rendre d'ici demain, mais le délai est reporté au 10 septembre dans l'espoir d'un règlement.

«Nous voulons épargner nos combattants et nous ne voulons en perdre aucun dans les combats avec les forces de Kadhafi», a déclaré Mohammed el-Rajali, un porte-parole des rebelles à Benghazi, fief de l'insurrection situé dans l'est du pays.

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D'après La Presse canadienne, l'AFP et l'Associated Press
8 commentaires
  • Francois - Inscrit 2 septembre 2011 06 h 46

    Les propos sexiste

    Ce n'est pas fort de dire nous ne sommes pas des femmes nous nous rendrons pas. Au contraire ça parle haut et fort de leur propre faiblesse.

  • Claude Kamps - Inscrit 2 septembre 2011 07 h 54

    A voir le cirque...

    Sarkozy a libéré Tripoli à lui tout seule...

    Que ne ferait on pas pour se montrer avant des élections!!!

    Et ce pour pas grand chose, autoriser les banques à verser les avoir libyen au nouveau maître actuel des lieux. La suite sera plus intéressante à suivre...

    A quand une réunion des «Amis de la famine mondiale» ?

    Y a bien plus d'humain qui meurent de la famine que de la guerre!!

  • Denis Miron - Inscrit 2 septembre 2011 07 h 55

    Attention... la démocratie s'en vient à grand coup de bombes.

    Les amis du pétrole Lybien ont joyeuse mine, car ils pourront bientôt inviter leurs transnationales du pétrole à un «open bar». Le vilain tyran Kadhafi avait nationalisé cette ressource au lieu de faire comme les bons tyrans qui donnent carte blanche aux transnationales comme par exemple l’Arabie Saoudite, Qatar, les Émirats Arabes Unies, le Koweit…
    Qu’ont-ils en commun, tous ces mauvais tyrans? Se pourrait-il que ce point commun soit qu’ils aient nationalisé leur pétrole et que ce précieux liquide échappe aux transnationales du pétrole?
    Qui sont-ils ces mauvais tyran que l’on pointe de nos bombes prétextant qu’ils menacent la paix dans le monde (ou le contrôle des transnationales du pétrole sur ce précieux liquide)? Les Ben Bella, Ahmadinejad, les Saddam Hussein, les Kadhafi, les Chavez …Attention…! la démocratie s’en vient à grand coup de bombe

  • Richard Boulé - Inscrit 2 septembre 2011 08 h 47

    Un chef d'oeuvre de mise en scène et d'intoxication de l'information

    Serait-il possible que le personnel du Devoir analyse les nouvelles internationales au lieu de les transmettre simplement en direct comme si elles étaient automatiquement vraies ? En effet les gens avertis savent que les nouvelles internationales des agences de presse occidentales reliées à L'OTAN sont bourrées d'intoxication de l'information et cet article en est un exemple fort bien tourné.

  • Gravelon - Inscrit 2 septembre 2011 09 h 01

    chrognards

    le cadavre n'est même refroidi que les charognards se sont précipité pour se le disputer, qui aura la plus grosse part. Cette précipitation est inquiétante dans la mesure où Khaddafi est encore là et peut réserver des petites surprises, on connait le personnage. Cette précipitation ne signifie qu'une chose, qui aura la plus grosse part du gâteau.