La traque aux Kadhafi - « Le chef va bien » -- Saïf al-Islam

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Photo: Agence Reuters Anis Mili À Tripoli hier, on célébrait dans le calme la fin du ramadan.

Pendant que les nouveaux chefs militaires libyens font appel à des informateurs issus de l'entourage de Mouammar Kadhafi pour localiser le colonel Mouammar Kadhafi, introuvable depuis la chute de Tripoli, son fils Saïf al-Islam, qui a promis de poursuivre la lutte, a déclaré que son père se porte bien.

Dans une déclaration diffusée par la chaîne de télévision syrienne par satellite al-Raï, Saïf al-Islam a affirmé qu'il se trouvait dans un faubourg de Tripoli et a juré «de libérer la place Verte», que les insurgés ont renommée place des Martyrs, dans le centre de la capitale. «Nous pouvons assurer que nous sommes là, prêts et en bonne forme. La résistance se poursuit et la victoire est proche», a-t-il dit en ajoutant que 20 000 jeunes en armes étaient prêts à défendre Syrte, la ville d'origine du «guide».

Il a appelé les Libyens à mener une guerre d'usure contre les forces du Conseil national de transition (CNT). «Nous pouvons vous assurer que nous sommes inébranlables et que le chef [Mouammar Kadhafi] va bien.»

Il a accusé l'OTAN, par son appui aux hommes du CNT, de servir les intérêts des islamistes. «Vous le regretterez beaucoup», a-t-il lancé à l'adresse des Occidentaux.

Par ailleurs, les rumeurs sur la défection d'un autre fils des fils de Kadhafi, Saadi, étaient nombreuses hier. Il aurait qualifié les rebelles de «frères» et aurait dit être prêt à se rendre pour «arrêter l'effusion de sang» en Libye.

Ce qui est sûr cependant, c'est que le ministre des Affaires étrangères de Mouammar Kadhafi, Abdelati al-Obeidi, a été arrêté par les insurgés. Le vice-président du Conseil militaire des insurgés, Mehdi Harati, a déclaré «oui, Abdelati al-Obeidi a été arrêté aujourd'hui», sans donner plus de détails.

Les nouveaux chefs militaires libyens font appel à des informateurs issus de l'entourage de Mouammar Kadhafi pour localiser l'ancien «guide» en fuite, tout en prenant ses derniers bastions en étau pour les contraindre à la reddition.

Hicham Bouhagiar, membre de l'appareil militaire qui appuie le Conseil national de transition (CNT) au pouvoir, supervise la traque lancée contre le fugitif, qui a dû quitter son palais fortifié de Tripoli après six mois de révolte.

Selon lui, le colonel Kadhafi se trouve soit dans la région de Bani Walid, au sud-est de la capitale, soit dans sa ville natale de Syrte, à 450 km à l'est de Tripoli.

«Il y a des groupes qui le recherchent et qui essaient aussi d'intercepter ses appels. Il n'utilise évidemment pas de téléphone, mais nous connaissons des gens qui en utilisent autour de lui», dit-il. «En général, nous retrouvons beaucoup de gens qui ne font pas partie de son premier cercle, mais du deuxième ou du troisième, et nous leur parlons», poursuit Hicham Bouhagiar.

«Certains savent que le régime s'écroule et veulent s'assurer que cela ne tourne pas mal pour eux. [...] Ils veulent conclure des accords. C'est pour cela que nous avons créé la liste blanche. Tous ceux qui nous aident y sont inscrits.»

Hicham Bouhagiar appartenait à un groupe d'opposition en exil, le Front national pour le salut de la Libye. Il a suivi un entraînement avec des forces spéciales au Soudan et en Irak dans les années 1980, puis a fait des études de commerce aux États-Unis avant de revenir créer une firme textile en Libye.

Il commande à présent des groupes de combattants bien entraînés qui ont pour tâche de traquer Mouammar Kadhafi. Il a montré des rapports confidentiels indiquant numéros de téléphone, emplacements et cartes Google liés à des cibles.

Le colonel Kadhafi, issu d'un clan bédouin, pourrait se dérober aux recherches plus longtemps que ne l'a fait l'Irakien Saddam Hussein. «Oui, Kadhafi pourrait vivre dans un trou. Il est fier d'être celui qui vit sous une tente. C'est un révolutionnaire de type stalinien, qui tentera de survivre n'importe où. Mais je ne crois pas qu'on mettra longtemps à le trouver. C'est le dernier épisode. Après avoir perdu Tripoli, il ne va plus avoir d'argent. [...] Ses moyens de ravitaillement sont vraiment coupés.»

Hicham Bouhagiar cite quatre zones encore sous le contrôle des kadhafistes — Tarhouna, Syrte et Bani Walid dans le Nord, Sabha dans le Sud — dont les nouveaux dirigeants du pays espèrent s'emparer par la négociation plutôt que par la force.

«Certains disent que Syrte est l'endroit le plus difficile [à prendre] parce que c'est le lieu de naissance de Kadhafi, mais je ne le crois pas. Il me semble qu'à Syrte c'est moitié-moitié entre ceux qui sont vraiment engagés avec lui [...] et les 50 % restants qui savent que Kadhafi est néfaste au pays et qu'il doit partir», dit-il.

Quant au risque d'une campagne de sabotages montée par des loyalistes que certains craignent de voir orchestrer un chaos comme celui qui a succédé durant des années à la chute de Saddam Hussein en Irak, Hicham Bouhagiar le prend au sérieux:

«C'est possible. Mais nous nous y préparons aussi, nous créons des unités dont nous avons la certitude qu'on ne peut pas les infiltrer. Nous mettons aussi sur pied notre centre de renseignement. Nous n'avons jamais fait cela, c'était une prérogative de Kadhafi ou de son gouvernement.»