Sud-Soudan, l'aube d'une nation

Un tapis rouge a été déroulé pour la nouvelle nation, lors de la cérémonie pour l’indépendance du Sud-Soudan à Juba, aujourd’hui. Le Sud-Soudan est officiellement devenu le 193e pays au monde après avoir voté pour la sécession du Soudan en janvier dernier.<br />
Photo: La Presse canadienne (photo) Andrew Burton/AP Un tapis rouge a été déroulé pour la nouvelle nation, lors de la cérémonie pour l’indépendance du Sud-Soudan à Juba, aujourd’hui. Le Sud-Soudan est officiellement devenu le 193e pays au monde après avoir voté pour la sécession du Soudan en janvier dernier.

Juba, Sud-Soudan - Le drapeau de la République du Sud-Soudan flotte désormais sur Juba. Aujourd’hui, des dizaines de milliers de personnes, dont de nombreux dignitaires et chefs d'État, ont porté sur les fonts baptismaux la plus jeune nation de la planète à voir le jour, fruit de longues décennies de guerre civile, après un accord de paix signé en 2005 et dans la foulée du référendum sur l'autodétermination qui a validé, en janvier dernier, la sécession d'avec le Nord.

La fête avait éclaté avec le jour, dans les rues de Juba, devenue la plus jeune capitale au monde, se poursuivant dans la nuit de d’hier à aujourd’hui. À la mi-journée, sous un soleil de plomb, devant une foule compacte, le président du Parlement sud-soudanais a lu la proclamation officielle d'indépendance.

Puis le drapeau du Soudan a été amené, remplacé par les couleurs du Sud-Soudan, hissées pour la première fois, déclenchant les cris de joie et les applaudissements de la foule, venue par dizaines de milliers fêter cette naissance.

«Halleluiah!», a crié un des huit millions de désormais Sud-Soudanais, tandis que d'autres ne retenaient pas leurs larmes. «C'est un grand jour, parce qu'il reflète toute la souffrance que tous les Sudistes ont vécue depuis près de 50 ans», a déclaré David Aleu, étudiant en médecine de 24 ans.

Salva Kiir, jusque-là dirigeant de l'autonomie, a ensuite prêté serment comme premier président du Sud-Soudan indépendant. Le chef du régime militaro-islamiste de Khartoum, le président Omar el-Béchir, recherché par la justice internationale pour crimes de guerre au Darfour, très impopulaire à Juba, assistait à la cérémonie, accueilli par un mélange de sifflets et de réflexions de surprise.

Le Soudan, qui fut le plus vaste pays d'Afrique, est désormais coupé en deux. Pendant plus de 50 ans, les tribus africaines du Sud, majoritairement chrétiennes et animistes, auront combattu la domination des régimes successifs au pouvoir à Khartoum, émanant tous du Nord à majorité arabo-musulmane.

La dernière guerre civile, menée par la guérilla de l'Armée populaire de libération du Soudan (APLS) dirigée par John Garang, a duré vingt ans, de 1983 à 2005, faisant deux millions de morts, quasiment deux fois plus de déplacés, dévastant le Sud.

Aujourd’hui, danseurs et tambours traditionnels, habitants brandissant des drapeaux miniatures côtoyaient dans les rues de Juba des militants venus du Darfour (ouest) réclamant «El-Béchir, mort ou vif». Le président soudanais est le premier chef d'État en exercice à avoir été inculpé par la Cour pénale internationale (CPI) pour le conflit du Darfour, dans lequel Khartoum combat les ethnies de l'ouest soudanais et est accusé de nombreuses violations des droits de l'Homme.

Reconnaissances

Pour le président américain Barack Obama, l'un des premiers à reconnaître cette nouvelle nation souveraine, ce jour de fête est un message d'espoir, qui vient confirmer qu'«après les ténèbres de la guerre, la lumière d'une aube nouvelle est possible». «L'indépendance n'est pas un cadeau qu'on vous a fait. Vous en avez payé le prix», a renchéri Susan Rice, ambassadrice de Washington auprès de l'ONU, représentant les États-Unis à la cérémonie.

Dans son discours, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a quant à lui rappelé les nombreux défis qui attendent la jeune nation, soulignant que Khartoum et Juba étaient loin d'avoir résolu tous leurs différends, et exhortant les parties à les régler autour de la table de négociation. Le statut de la région contestée d'Abyei, reste en suspens, et les forces du Nord et du Sud-Soudan y maintiennent un statu quo tendu. Et le Sud-Kordofan, partie du Nord mais où nombreux sont ceux qui veulent le rattachement au Sud, les combats font rage depuis des semaines.

Le Canada salue

Le ministre des Affaires étrangères du Canada John Baird souligne qu'après des décennies de conflit et de sous-développement, cet événement historique représente une occasion importante pour les citoyens du Sud-Soudan de préparer un avenir meilleur pour leur pays.

Le Canada exprime l'espoir que le Soudan et le Sud-Soudan auront recours au dialogue afin de résoudre tout différend qui pourrait persister entre eux et qu'ils s'appliqueront à devenir deux États viables, en paix l'un avec l'autre.

Depuis 2006, le gouvernement du Canada a consacré plus de 885 millions de dollars à l'assistance humanitaire, à l'aide au développement et au maintien de la paix dans la région.

C'est le secrétaire parlementaire du ministre des Affaires étrangères, Deepak Obhrai, qui a représenté le Canada et le premier ministre Stephen Harper lors de la cérémonie d'indépendance, hier, à Juba, au Sud-Soudan.

Le Sud-Soudan deviendra officiellement la semaine prochaine le 193e pays reconnu par les Nations Unies, et son 54e membre en Afrique.

Après la liesse de l'indépendance, les défis s'annoncent innombrables pour la jeune nation. Bien que riche de ses réserves pétrolières, le Sud-Soudan dépend du Soudan pour ce qui est du raffinage et de la distribution. Il est aussi l'un des pays les plus pauvres et moins développés de la planète: tout est à bâtir pour répondre aux besoins de base de la population, diversifier l'économie, réformer une armée pléthorique et prédatrice, lutter contre une corruption endémique, instaurer l'équilibre des pouvoirs entre des dizaines de factions ethniques et militaires...

En outre, les tensions Nord-Sud persistantes risquent bien de rallumer un nouveau conflit, de part et d'autre de la nouvelle frontière internationale, longue de 2.100 km, mais au tracé est contesté en en moins cinq secteurs, dont plusieurs sont occupés illégalement par soit les Sudistes soit les Nordistes.
    



2 commentaires
  • Jean-Pierre Audet - Abonné 9 juillet 2011 17 h 43

    Que de souffrances

    Oui, que de souffrabces pour accéder à une indépendance qui allait tellement de soi !

    Hélas, comme dans de nombreux pays où les ethnies se combattent, ce pays reste aux prises aussi bien avec ses propres citoyens qu'avec le Soudan arabo-musulman de Béchir, le seul dirigeant encore au pouvoir à faire l'objet d'une poursuite par la Cour pénale internationale.

    Réjouissons-nous cependant que Khartoum ait été hier le premier pays à reconnaìtre officiellement ce 193e pays et 54e en Afrique.

  • Jungle Jim - Inscrit 10 juillet 2011 06 h 59

    bel exemple pour le Québec

    J'imagine déjà certains qui salivent à se comparer avec le Sud Soudan. Parions que les séparatistes du Québec vont confondre notre souffrance à la leur, en nous disant qu'il faut suivre ce chemin. Pathétiquement vôtre.