Les insurgés cherchent à avancer vers la capitale - Double offensive rebelle vers Tripoli

Un combattant rebelle hier peu après la prise d’al-Kaoualich
Photo: Agence Reuters Anis Mili Un combattant rebelle hier peu après la prise d’al-Kaoualich

Al-Kaoualich — Les rebelles libyens qui veulent chasser Mouammar Kadhafi du pouvoir ont lancé hier une double offensive au sud et à l'est de Tripoli, leur ultime objectif.

À une centaine de kilomètres au sud-ouest de la capitale, les insurgés venus du djebel Nefoussa, région frontalière de la Tunisie, ont pris après six heures de combats le village d'al-Kaoualich, verrou stratégique menant à Gariane, ville située sur la grande route qui conduit à la capitale plus au nord.

Dans la région de Misrata, à 200 km à l'est de Tripoli, les rebelles ont progressé vers l'ouest, sur la côte méditerranéenne, en parvenant à 13 km du centre de la ville voisine de Zlitane, où sont stationnés de nombreux éléments pro-Kadhafi. Ils ont cependant essuyé d'intenses tirs d'artillerie. Selon des médecins de l'hôpital Al Hekma, dans le centre de Misrata, 14 combattants ont été tués hier et 50 autres blessés.

«Nous attendions avant de lancer cette attaque, nous avons finalement eu le feu vert de l'OTAN ce matin [mercredi] et l'offensive a commencé», a expliqué un membre du comité révolutionnaire de Zlitane.

La rébellion avait affirmé dimanche qu'elle se préparait à une opération majeure dans les 48 heures pour reprendre des secteurs au sud de la capitale tombés aux mains des troupes du régime et ainsi repousser la ligne de front vers le nord.

Les insurgés, qui s'étaient emparés le 28 juin d'un important dépôt de munitions dans un endroit désertique à 25 km au sud de Zlitane, cherchent désormais à faire sauter deux verrous stratégiques afin d'avancer significativement vers Tripoli, le bastion du régime.

Il s'agit, en premier lieu, de Bir al-Ghanam, un carrefour qui leur permettrait d'être à portée de canon de la capitale, puis de Gariane, ville où se trouvent les garnisons de l'armée protégeant Tripoli et où l'OTAN a affirmé hier avoir détruit six véhicules militaires, dont quatre chars.

Ces progrès des rebelles font suite à des semaines de combats sans effets majeurs. Les partisans du colonel Mouammar Kadhafi leur font toujours obstacle sur la route de Tripoli. Mais, maintenant qu'ils occupent al-Kaoualich, une voie s'ouvre à eux vers le nord-est et la ville de Gariane, dont dépend la principale route desservant la capitale. La télévision libyenne a rapporté que l'OTAN avait frappé hier des objectifs à Gariane.

L'attaque d'al-Kaoualich a commencé au petit jour, les insurgés étant arrivés à bord de véhicules tout-terrain équipés de canons antiaériens et de lance-roquettes. Plusieurs blindés étaient visibles à l'arrière du convoi. Six heures plus tard, les rebelles entraient dans le village et se répandaient dans les rues.

Les quelques soldats de Kadhafi faits prisonniers ont été placés à l'arrière de camionnettes. Deux d'entre eux ont déclaré qu'ils étaient originaires du Ghana et un autre a dit venir du Mali.

Dans la région de Misrata tenue par l'insurrection, des commandants rebelles ont annoncé dans la journée avoir progressé de 20 km vers l'ouest durant la nuit en direction de Tripoli. Les nouvelles positions ainsi occupées par les insurgés aux abords de Zlitane subissaient un pilonnage intense des forces de Kadhafi.

Ces combats se déroulent alors que des informations font état d'une volonté de Kadhafi de négocier avec les insurgés.

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Avec Reuters
3 commentaires
  • Jean-Philippe Bombay - Inscrit 7 juillet 2011 08 h 56

    Ironique

    Rien de plus ironique que de voir cette photo...

  • Christian Stoia - Abonné 7 juillet 2011 17 h 51

    Protection des civils

    "Nous attendions avant de lancer cette attaque et nous avons finalement eu le feu vert de l'OTAN" - Quoi? Peut-on le dire aussi ouvertement? Cela veut aussi dire que l'OTAN est la couverture militaire de haute intensité pour faire avancer les "rebelles" dans une guerre de basse intensité, pour ensuite proclamer que le "peuple en armes" a dit : "à bas la tyrannie".
    Tout cela, sous la couverture d'assurer la protection des civils, l'instauration d'une zone d'exclusion aérienne (pour faire avancer les forces terrestres) et un embargo sur l'armement (- armes que la France, au moins une fois, s'est chargé de livrer elle-même, avec l'approbation des États-Unis). En quoi est-ce que faire avancer les rebelles vers Tripoli consiste à protéger les civils?

    En quoi les "rebelles" sont-ils des "civils"?

  • Christian Stoia - Abonné 8 juillet 2011 11 h 14

    Fait divers

    Comment se fait-il que, dans les pages de ce journal (comme dans d'autres), les moindres communiqués des "rebelles", de simples prévisions, soient présentés comme des faits accomplis, alors que des événements réels, et massifs, comme une gigantesque manifestation à Tripoli, n'atteigne même pas la dignité du fait divers?

    Plusieurs témoins en ont fait état, dont Jean-Philippe Rémy, pour le journal Le Monde : "Il y a eu le 1er juillet un immense rassemblement dans le centre de Tripoli, sur la fameuse place Verte, avec des quantités de personnes, des dizaines de milliers, des centaines de milliers peut-être, scandant des slogans en faveur de Kadhafi".

    Et comment se fait-il que les rares journalistes à en faire mention ne peuvent s'empêcher de dire que la télévision libyenne a diffusé en boucles de telles images, mais qu'aucun journal ici n'ose nous les montrer? Serait-ce que ce sont des images de propagande? Mais bien sûr! Et comment faut-il appeler le fait de ne pas les montrer et de faire comme si elles n'existaient pas?