Le Soudan du Sud devra compter sur ses voisins pour survivre

La vie suit son cours à Juba, la capitale du nouveau pays.
Photo: Agence France-Presse (photo) Phil Moore La vie suit son cours à Juba, la capitale du nouveau pays.

Kampala — Lorsque le président du Soudan du Sud, Salva Kiir, rejoindra officiellement samedi le club peu select des ex-rebelles devenus chefs d'État, il devra vite compter sur eux pour le commerce, les investissements, et la survie-même du nouvel État africain.

Pour les anciens chefs rebelles devenus présidents, l'Ougandais Yoweri Museveni et l'Éthiopien Meles Zenawi, la stabilité du Soudan du Sud impliquera un volume d'échanges et d'investissements de plusieurs milliards de dollars. Il en sera de même pour le Kenya, la Tanzanie, le Rwanda et le Burundi.

Car un retour à la guerre ou au moins à un niveau important de violence entre le Sud et le Nord du Soudan serait un désastre économique et humain pour tous ces pays, qui auraient en outre à accueillir des centaines de milliers de réfugiés.

«Dans un avenir prévisible, le Soudan du Sud aura plus besoin de ses voisins que l'inverse», note l'analyste américain J. Peter Pham. Les autorités de Djuba dépendront de l'Éthiopie pour l'électricité et la sécurité, de l'Ouganda et du Kenya pour l'ouverture économique vers le reste du monde.

Le Soudan du Sud est le principal débouché des exportations ougandaises, juste devant le Kenya. Un retour à la guerre dans le Sud coûterait à ces deux pays un milliard de dollars par an, estime l'organisme spécialisé Frontier Economics.

Les trois quarts des 500 000 de barils de pétrole produits quotidiennement par le Soudan proviennent du Sud et le seul moyen immédiat de l'exporter sera d'utiliser l'oléoduc vers le Nord en payant une dîme.

Pour réduire sa dépendance, il faudrait en construire d'autres vers l'Ouganda et le Kenya, comme le Sud le prévoit. Mais cela prendra du temps. À court terme, le Soudan du Sud, totalement enclavé, dépendra à la fois du Nord et de l'Afrique de l'Est.

Le Soudan du Sud est un candidat probable à la Communauté d'Afrique de l'Est (EAC), qui comprend Kenya, Ouganda, Burundi, Rwanda et Tanzanie. L'EAC oeuvre à une meilleure intégration économique et à une monnaie unique.

Pour le moment, le Soudan du Sud compte se doter de sa propre monnaie dans les six mois, concrétisant ainsi sa rupture avec le Nord sur le plan monétaire, a déclaré hier un responsable de la Banque mondiale.

L'EAC pourrait offrir à son nouveau membre la sécurité face aux éventuelles menaces du Soudan du Nord.

Selon les analystes, si le conflit entre Nord et Sud devait reprendre, l'Éthiopie, principale puissance militaire de la Corne de l'Afrique et alliée des États-Unis, pourrait offrir son bouclier au Sud. «Avec les États-Unis et les autres pays occidentaux, les États de l'Afrique de l'Est sont responsables de la naissance du Soudan du Sud en tant que nation», souligne Pham.