L'ambassadeur de la Libye à Washington au Devoir - Les jours de Kadhafi sont comptés

L'ambassadeur de la Libye à Washington, qui a fait défection en février au profit des rebelles du Conseil national de transition (CNT) établi à Benghazi, croit que «les jours de Mouammar Kadhafi sont comptés».

«Malheureusement, il dispose de mercenaires venus d'Ukraine et d'Afrique [subsaharienne], car il a l'argent pour les payer, mais il perd beaucoup d'appuis: ceux qui le soutiennent encore sont soit des mercenaires, soit des gens qui ont du sang sur les mains et qui ne voient pas d'autre issue que de mourir avec lui», a expliqué hier Ali Aujali dans une conversation téléphonique.

Le diplomate s'oppose à l'idée d'une trêve comme celle que propose notamment l'Union africaine. «Toute initiative de paix prévoyant le maintien au pouvoir de Kadhafi et de sa famille a 100 % de chances d'être rejetée par le peuple libyen tout entier, pas seulement par le CNT», a-t-il dit, avant d'ajouter qu'«il n'y aura aucune paix, aucune liberté ou aucun progrès vers la démocratie aussi longtemps que cet homme restera en place».

M. Aujali attribue à son caractère familial et à sa mainmise sur les revenus pétroliers libyens la longévité du régime Kadhafi, ainsi qu'à sa «cruauté sans précédent depuis l'occupation italienne». «Ce régime a pendu des étudiants en pleine rue, il a massacré 1260 prisonniers politiques dans une prison de Benghazi en 1996, il coupait la main aux journalistes qui osaient le critiquer», rappelle M. Aujali, qui est de passage au Canada pour y remercier le gouvernement et la population de leur soutien à la cause de l'opposition libyenne.

Pourquoi ne pas avoir fait défection beaucoup plus tôt? avons-nous demandé au diplomate. Ce dernier dit avoir changé d'avis en voyant le régime utiliser les armes lourdes contre la population civile à Benghazi, affirmant qu'en tant que diplomate, il avait tenté de convaincre la communauté internationale de «contenir ce régime» afin de le rendre moins cruel. «Quand je suis arrivé aux États-Unis en 2004, ma priorité était d'assurer à Kadhafi qu'il ne risquait pas d'être attaqué par ce pays — c'était sa grande crainte —, dans l'espoir qu'ainsi il s'occuperait davantage des conditions de vie de ses concitoyens», a affirmé Ali Aujali. «J'ai fait défection quand j'ai compris que ma voix pouvait avoir de l'importance, que le peuple libyen avait besoin de moi», a-t-il ajouté.