Soudan - L'anxiété gagne Khartoum à l'approche de la sécession sudiste

Une Soudanaise originaire du Sud, mais qui a vécu 21 ans au Nord, habite maintenant dans un camp près de Khartoum.<br />
Photo: Agence Reuters mohamed nureldin abdallah Une Soudanaise originaire du Sud, mais qui a vécu 21 ans au Nord, habite maintenant dans un camp près de Khartoum.

Le gouvernement de Khartoum a réclamé hier le départ des Casques bleus positionnés à la frontière entre le Nord et le Sud du Soudan lorsque ce dernier aura officiellement proclamé son indépendance, le 9 juillet.

Khartoum — À quatre jours de la proclamation formelle de l'indépendance du Sud-Soudan, approuvée à une écrasante majorité par ses habitants lors d'un référendum en janvier, le Nord-Soudan envisage son avenir avec anxiété. L'économie est minée par l'inflation, l'essentiel des richesses pétrolières va passer entre les mains des sudistes et la situation socio-ethnique est tout sauf stable.

La partition du plus vaste État d'Afrique implique que le président, Omar Hassan al-Bachir, devra jouer finement pour maintenir la cohésion de ce qui lui reste de la nation dont il présidait les destinées depuis plus de 20 ans. S'il fait un faux pas, il lui suffit de regarder ce qui se passe chez ses voisins du nord de l'Afrique pour savoir ce qui l'attend.

Des conflits

Même si le référendum de janvier a couronné les accords de paix de 2005 ayant mis fin à des décennies d'une guerre civile Nord-Sud qui a fait deux millions de morts, d'autres conflits menaçants sont en cours, ou couvent. Dans la région occidentale du Darfour, des groupes négro-africains se plaignant de discriminations ont pris les armes depuis huit ans. D'autres tensions se font jour dans l'Est. Des guérillas ont éclaté aussi dans deux États du Nord-Soudan, celui du Nil bleu et celui du Sud-Kordofan.

Ces diverses rébellions ont pour point commun un ressentiment bien installé vis-à-vis de la domination complète des pouvoirs et des richesses dans les mains d'une petite élite nordiste. Selon les observateurs, elles devraient prendre de l'ampleur une fois le Sud indépendant, à la faveur d'une plus grande vulnérabilité du pouvoir central de Khartoum.

«Les griefs qui nourrissent les mécontentements dans l'Est, l'Ouest, l'extrême Nord et les États frontaliers du Kordofan ou des Nils blanc et bleu ne vont pas s'évanouir avec la sécession du Sud», prédit Aly Verjee, chercheur à l'Institut de la vallée du Rift.

Le Parti du congrès national (NCP) au pouvoir à Khartoum a pris l'habitude de gérer ces foyers d'instabilité en maniant la carotte et le bâton. Tout en réprimant sévèrement les rébellions, il propose des arrangements à certains de leurs leaders, pour tenter de les diviser. Avec des revenus pétroliers en baisse, il va lui devenir difficile de poursuivre ce type de politique.

«Dans un an, si le NCP ne change pas, n'adopte pas une nouvelle approche plus fondée sur l'intégration que sur la sécurité, le Soudan va affronter de sérieux problèmes», estime Fouad Hikmat, analyste à l'International Crisis Group.

Débarrassés du Sud à majorité chrétienne ou animiste, les «durs» du NCP pourraient tenter de provoquer une islamisation plus poussée du régime, en fait un retour aux sources du coup d'État de 1989.

Le Soudan réunit tous les ingrédients qui ont provoqué les soulèvements populaires dans les autres pays arabes, notamment le caractère répressif du régime et une inflation galopante. Mais, dans le même temps, épuisée par tant d'années de guerre civile, il n'est pas évident que la population soit prête à «un printemps de Khartoum», qui pourrait s'avérer sanglant comme en Libye, au Yémen ou en Syrie.