La paix palestinienne - Le Hamas et le Fatah ont signé, mercredi, un accord parrainé par le nouveau pouvoir égyptien

De nombreux Palestiniens se sont réjouis du nouvel accord.<br />
Photo: Agence Reuters Mohamad Torokman De nombreux Palestiniens se sont réjouis du nouvel accord.

Le Caire — Réconcilier les frères ennemis palestiniens. De longues années, Hosni Moubarak s'y est cassé les dents. Pas ses successeurs. L'accord entre le Hamas et le Fatah, conclu à la surprise générale mercredi au Caire, fait jubiler les Égyptiens, qui signent là le premier succès de la nouvelle orientation de leur politique internationale. Joviaux, les délégués des deux factions rivales ont annoncé avoir surmonté toutes leurs divergences, y compris sur l'unification de leurs forces de sécurité.

Après plus d'un an et demi de blocage complet, l'accord prévoit notamment la formation d'un gouvernement de transition, en attendant la tenue d'élections d'ici à la fin de l'année. Un scrutin simultané, regroupant présidentielle, législatives et élections au Conseil national palestinien, le Parlement interne de l'OLP. Il inclut également la libération de prisonniers politiques détenus par l'Autorité palestinienne. L'ensemble des mouvements palestiniens doit se réunir au Caire dans les prochains jours afin d'avaliser cet accord, qui pourrait marquer un tournant au Proche-Orient et secouer un processus de paix totalement paralysé depuis septembre 2010, date du refus d'Israël de proroger un moratoire sur la colonisation.

Rodomontades


La composition du futur gouvernement reste à déterminer. En raison du maintien du Hamas sur la liste des organisations considérées comme terroristes par les États-Unis et l'Union européenne, aucun membre du mouvement islamiste ne devrait figurer parmi les ministres, au risque de voir coupé le robinet des financements de l'Autorité palestinienne, essentiellement assurés par les instances internationales. Des personnalités «indépendantes», au profil de technocrates, devraient ainsi gérer les affaires courantes en attendant la tenue des élections. Ce rapprochement inattendu des groupes palestiniens, appuyé par la nouvelle donne régionale, pourrait modifier l'équilibre des forces au moment où l'Autorité palestinienne entend demander la reconnaissance de l'État de Palestine devant l'assemblée générale des Nations unies en septembre prochain.

À couteaux tirés depuis la prise de contrôle de la bande de Gaza par le Hamas en 2007, les deux mouvements ne communiquaient plus que par le truchement d'Omar Suleiman, le puissant chef des services de renseignement de Moubarak. Mais son éphémère nomination à la vice-présidence, pendant la révolution, a envoyé dans les limbes un homme dont l'aversion affichée envers le mouvement islamiste n'a guère aidé à faire aboutir les précédentes négociations.

Hosni Moubarak, éternel parrain du processus de paix et principal soutien du Fatah de Mahmoud Abbas, ne cachait pas non plus son exaspération devant les rodomontades du Hamas qui, à plusieurs reprises, a fait capoter à la dernière minute des accords négociés par Le Caire. En incarnant ce rôle de «sage» du Proche-Orient, l'ex-raïs pensait s'assurer auprès de Washington et de la communauté internationale le soutien nécessaire à sa stabilité. En vain: le souffle du jasmin tunisien, qui a enflammé les rues égyptiennes jusqu'à son départ le 11 février, a eu raison de cette certitude.

Conscient que la coopération affichée par le raïs avec Israël avait contribué à son impopularité, le nouveau pouvoir égyptien a multiplié les déclarations, promettant un changement de stratégie basée sur une attitude plus rigide à l'égard de l'État hébreu. L'accord entre les Palestiniens devrait vraisemblablement marquer le retour de l'Autorité palestinienne dans la bande de Gaza, condition sine qua non avancée par l'Égypte pour rouvrir de façon permanente le terminal de Rafah et désenclaver l'étroit territoire palestinien. Un souffle qui pourrait contribuer à désamorcer les tensions à la frontière, alors que la situation sécuritaire très volatile dans le nord du Sinaï est considérée comme «inquiétante» par des sources diplomatiques.

Préalable


L'accord interpalestinien s'appuie en partie sur la médiation menée depuis plus d'un mois par le successeur d'Omar Suleiman, Mourad Muwafi, ex-gouverneur du Nord-Sinaï et ancien directeur des services de renseignement militaires, qui avait habilement géré la réouverture partielle de Rafah l'été dernier.

Autre effet essentiel de la révolte arabe, l'ébullition syrienne a elle aussi contribué à assouplir les positions de Khaled Mechaal. Le chef du Hamas en exil à Damas a longtemps affiché une attitude plus intransigeante que la branche gazaouie du mouvement, contrainte à plus de pragmatisme. Mais le chaos auquel fait face Bachar al-Assad oblige désormais Khaled Mechaal à assurer ses arrières en profitant de la nouvelle donne régionale.

La réconciliation des factions palestiniennes était considérée comme un préalable incontournable pour une reprise sérieuse du processus de paix. Une autre condition du Quartette (États-Unis, Union européenne, Russie et ONU) concerne l'arrêt des violences et la reconnaissance de l'État d'Israël. Le Hamas y est théoriquement toujours opposé, mais, au Caire, Mahmoud al-Zahar, l'un de ses chefs, a assuré, sibyllin, qu'il n'y ferait pas obstacle: «Si le Fatah est prêt à assumer la responsabilité de négocier sur des absurdités, qu'il le fasse. S'ils parviennent à obtenir un État, tant mieux pour eux.»
1 commentaire
  • vallierre - Inscrit 7 mai 2011 10 h 54

    La paix

    Comptez les jours de ctte paix,car elle ne durera pas longtemps