Conflit libyen - La chute de Khadafi est l'objectif avoué de l'OTAN

Barack Obama a reconnu hier que la situation en Libye était bloquée sur le terrain, tout en affirmant qu'il espérait toujours que les opérations aériennes de l'OTAN finissent par chasser du pouvoir Mouammar Kadhafi.

Tripoli — La Grande-Bretagne, la France et les États-Unis ont demandé avec force hier le départ de Mouammar Kadhafi, dont la chute est désormais l'objectif avoué de l'OTAN, et des combats faisaient rage dans la soirée à Misrata, ville assiégée à l'est de Tripoli.

Les combats se sont intensifiés dans le centre de cette ville côtière, et les rebelles craignaient une nouvelle nuit de bombardements massifs, selon un photographe de l'AFP sur place.

La rébellion a accusé hier les forces loyales au colonel Mouammar Kadhafi d'utiliser des bombes à fragmentation, interdites par une convention internationale. Ces accusations ont été confirmées par l'ONG Human Rights Watch qui a affirmé avoir pu voir sur place de telles bombes.

Selon des médecins à Benghazi, fief de la rébellion libyenne, en contact avec des confrères à Misrata, les affrontements avaient fait au moins huit morts hier en fin d'après-midi à Misrata.

Dans une tribune commune publiée dans quatre quotidiens, David Cameron, Nicolas Sarkozy et Barack Obama ont estimé que «l'OTAN et les partenaires de la coalition doivent maintenir leurs opérations afin que la protection des civils soit maintenue et que la pression sur le régime s'accroisse».

Ils est «impossible d'imaginer que la Libye ait un avenir avec Kadhafi», ont-ils souligné, jugeant «impensable que quelqu'un qui a voulu massacrer son peuple joue un rôle dans le futur gouvernement libyen».

De son côté, Barack Obama, a reconnu que la situation en Libye était bloquée sur le terrain. «Actuellement, il y a un blocage sur le terrain sur le plan militaire», a déclaré le président américain lors d'une entrevue à Associated Press.

Il a dit qu'il ne s'était pas attendu à ce que le dirigeant libyen quitte «nécessairement» le pouvoir après trois semaines de campagne aérienne.

«[...] Si nous continuons à exercer cette pression et à protéger les populations civiles, ce que l'OTAN fait de manière tout à fait compétente, je pense qu'à long terme Kadhafi partira et que nous aurons réussi», a-t-il ajouté.

De son côté, la secrétaire d'État, Hillary Clinton, a indiqué que les pays de l'OTAN cherchaient des moyens de soutenir les rebelles, en les aidant notamment à vendre le pétrole des zones qu'ils contrôlent.

«L'opposition a besoin de beaucoup d'assistance, d'un point de vue organisationnel, d'un point de vue humanitaire et d'un point de vue militaire», a-t-elle déclaré à Berlin.

Sortir de la résolution 1973


Le ministre français de la Défense, Gérard Longuet, a estimé qu'avec cette prise de position des trois pays, on était «certainement» en train de sortir de la résolution 1973 de l'ONU sur la Libye, suggérant l'adoption d'une nouvelle résolution pour avaliser le projet de chasser Kadhafi.

Des pays comme la Russie, la Chine ou le Brésil, «vont naturellement traîner des pieds. Mais quel est le grand pays qui peut reconnaître qu'un chef d'Etat peut régler ses problèmes en tirant au canon sur sa population?», a-t-il ajouté.

De fait Moscou, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a estimé de nouveau que l'OTAN outrepassait le mandat de l'ONU. Il est «important de passer de manière urgente à la phase politique et d'avancer vers un règlement politique et diplomatique» de la crise libyenne, a-t-il dit après une réunion avec ses homologues de l'Alliance atlantique à Berlin.

Apparemment peu intimidé, le colonel Kadhafi a paradé jeudi soir dans les rues de Tripoli et dénoncé des «raids des agresseurs colonialistes croisés», la télévision officielle montrant des dizaines de personnes l'acclamant.

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Avec Associated Press
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