La Libye annonce un cessez-le-feu après la résolution des Nations unies

La Libye a déclaré un cessez-le-feu immédiat aujourd’hui, cherchant à parer à des frappes militaires internationales après l’adoption à l’ONU d’une résolution mettant en oeuvre une zone d’exclusion aérienne au dessus de la Libye et autorisant «toutes les mesures nécessaires», pour protéger la population civile.

Alors que la communauté internationale accélère consultations et préparatifs, la rébellion libyenne affirmait que les forces pro-Kadhafi continuaient les bombardements.
Paris et Londres — à l’initiative du texte voté jeudi soir à l’ONU après des discussions ardues — ont pris la tête des préparatifs en vue d’une possible intervention, annonçant la tenue d’un sommet multilatéral sur la Libye samedi à Paris, côté français, et l’envoi d’avions en Méditerranée, côté britannique.

«Le temps passe et nous devons être prêts à agir rapidement», a souligné le premier ministre britannique David Cameron.

«Nous sommes prêts», a pour sa part déclaré le chef de la diplomatie française Alain Juppé après une réunion gouvernementale consacrée à la Libye, en présence du ministre de la Défense Gérard Longuet et des présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat.

«Je ne peux pas vous donner à ce moment-ci de calendrier plus précis», a ajouté M. Juppé, expliquant les conditions du cessez-le-feu annoncé par le régime Kadhafi devaient être analysées.

Ce sera l’une des priorités du «sommet de Paris pour le soutien au peuple libyen», à l’initiative de Nicolas Sarkozy, auquel devaient participer samedi le secrétaire général de l’ONU et des représentants de la Ligue arabe, de l’Union européenne, et des États-Unis.

Ce dernier pays dispose de forces aériennes et navales dans la région, mais on ignore encore le rôle qu’il pourrait jouer: Barack Obama, après avoir rencontré les responsables parlementaires américains, devait s’exprimer sur la Libye dans la soirée.

Washington a en tous cas fait savoir qu’il attendait de voir le cessez-le-feu annoncé par Tripoli prendre réalité. «Nous aimerions voir des actes sur le terrain et ce n’est pas encore clair du tout», a lancé la secrétaire d’État Hillary Clinton.

Les forces de Kadhafi doivent opérer un retrait «important» de l’est, où elles progressaient rapidement dans leur contre-offensive, et prendre une «série très claire de décisions», a-t-elle ajouté, précisant que l’objectif international était de mettre fin aux violences et de protéger les civils.

Violation de la souveraineté

Aujourd’hui, le chef de la diplomatie libyenne Moussa Koussa a affirmé que Tripoli se conformait à la résolution 1973 votée jeudi soir. Le texte exige un cessez-le-feu immédiat et autorise «toutes les mesures nécessaires» pour protéger les civils, ouvrant la voie à de possibles frappes aériennes et d’autres mesures militaires, à l’exception d’un déploiement au sol.

Moussa Koussa, tout en décrétant un cessez-le-feu immédiat, a jugé que la résolution de l’ONU était une violation de la souveraineté de la Libye. «Le gouvernement ouvre les canaux pour de bon, un dialogue sérieux avec toutes les parties», a-t-il argué à Tripoli, quelques heures après la fermeture, annoncée par Eurocontrol, de l’espace aérien libyen.

Son intervention a suivi une violente attaque des loyalistes à Misrata (200 kilomètres au sud-est de Tripoli), dernière ville tenue par les rebelles dans l’ouest. Au moins six personnes ont été tuées, portant le bilan total de deux jours d’affrontements à neuf morts.

Selon Moustafa Gheriani, porte-parole des insurgés, les attaques ont continué bien après l’annonce de Tripoli, à Misrata ainsi qu’à Adjabiya, dernière grande ville sur la route conduisant à Benghazi, capitale de facto de l’insurrection.

Dans la nuit, à Benghazi, la population avait suivi sur un écran géant, installé en plein air, le vote de l’ONU. L’annonce de l’instauration prochaine d’une zone d’exclusion aérienne avait été accueillie par une explosion de joie, comme à Tobrouk, autre ville «libérée» à l’extrême est du pays.

Des mesures appropriées


Londres a annoncé par la voix de David Cameron l’envoi de chasseurs Typhoon et Tornado vers des bases aériennes dans les «prochaines heures», l’Italie a proposé l’utilisation de ses bases militaires pour la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne.

L’OTAN achevait quant à elle «sa planification afin d’être prête à prendre des mesures appropriées en soutien de la résolution de l’ONU dans le cadre d’un large effort international», selon son secrétaire général Anders Fogh Rasmussen.

À l’image de Londres et Paris, le Danemark et le Canada se sont dit prêts à envoyer des avions. D’après des diplomates, des pays arabes participeront probablement à de possibles frappes, dont l’Arabie saoudite, le Qatar, les Émirats arabes unis et la Jordanie.

Depuis les premiers combats, plus de 300 000 personnes ont fui la Libye, ont annoncé les Nations unies aujourd’hui. Et cet exode ne montre pas de signe de ralentissement. Rupert Colville, porte-parole du Haut commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme, a fait part de l’extrême inquiétude de l’agence au sujet des possibles «représailles des forces pro-gouvernementales et d’agents de sécurité en Libye» en cas d’intervention.

Le Canada s’implique

Par ailleurs, à Ottawa, le premier ministre Stephen Harper a confirmé la participation du Canada dans l’offensive lancée contre Mouammar Kadhafi. «Le gouvernement a autorisé le déploiement de chasseurs CF-18», a-t-il annoncé.

Les CF-18 auront pour rôle d’imposer, aux côtés d’avions britanniques et français, l’interdiction de vol au-dessus du territoire libyen.

Les avions canadiens auront à patrouiller le ciel libyen pour en chasser tout avion et à s’attaquer au système de défense anti-aérien de l’armée libyenne, toujours fidèle au colonel Kadhafi.

Accueillant l’annonce du cessez-le-feu comme une bonne nouvelle, M. Harper a maintenu que «pour que cette menace d’intervention (militaire) demeure crédible, des forces militaires adéquates doivent être en place. Nous irons donc de l’avant avec notre déploiement.»

Le premier ministre Harper s’est également engagé à demander l’autorisation du Parlement s’il devait prolonger le déploiement des CF-18 au-delà de trois mois.
3 commentaires
  • michel lebel - Inscrit 18 mars 2011 15 h 10

    Un homme très rusé!

    Il était temps! Mieux vaut tard que jamais! Entre-temps, Kadhafi va essayer d'obtenir un contrôle effectif sur l'ensemble du pays. L'homme est fort rusé et il a encore quelques cartouches! Tout ce qu'il cherche, c'est gagner du temps.

  • Normand Larocque - Inscrit 18 mars 2011 17 h 21

    Prises de consciense officieuses ou incertitudes

    Nous savons la position politique de parti Conservateur en ce qui s'applique pour la Libye. Les Canadiens/Canadiennes ont doivent autant des autres partis nationaux.

  • Normand Larocque - Inscrit 18 mars 2011 17 h 30

    Brouillards et incertitudes ainsi que clairvoyances et certitude

    Le parti Conservateur démontre une prise de conscience très compréhensible des conditions au Libye. Les autres partis nationaux semblent sombrer dans l'incertitude. Que les partis nationaux s'expriment de façon claire pour leurs citoyens/citoyennes.