Entrevue - Un exilé palestinien voit d'un bon oeil les changements dans le monde arabe

Ali Abunimah<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Ali Abunimah

Ali Abunimah a cofondé The Electronic Intifada, un cyberjournal palestinien militant, il y a dix ans. Aujourd'hui, il voit d'un bon œil les changements révolutionnaires en cours dans le monde arabe. «Les gens veulent mettre en place un vrai système démocratique. Un tel système ne produirait pas des gouvernements aussi tolérants envers les politiques israéliennes et américaines que l'ont été les régimes arabes actuels», explique-t-il en entrevue au Devoir.

En outre, l'État d'Israël ne pourra plus se vanter d'être la seule démocratie dans la région, ajoute-t-il. «Ce qui est contesté, c'est tout un système basé sur la sécurité, l'État policier et la répression, dont Israël fait partie. Il y a une coopération très étroite entre la police secrète égyptienne et les services secrets israéliens pour réprimer tout mouvement populaire», soutient M. Abunimah, qui effectue une tournée des villes canadiennes pour demander un boycottage des produits israéliens.

Moubarak

L'exilé palestinien, qui est né aux États-Unis où il vit encore actuellement, se réjouit en particulier du renversement de Hosni Moubarak en Égypte, y voyant un gage de changement pour ses concitoyens. L'Égypte de Moubarak a participé au blocus de Gaza, dont le but est d'affaiblir le mouvement Hamas, au pouvoir dans cette enclave. M. Abunimah accuse par ailleurs l'ex-dictateur égyptien d'avoir soutenu plusieurs opérations militaires israéliennes et d'avoir manoeuvré pour diviser les Palestiniens tout en prétendant oeuvrer à une réconciliation entre le mouvement islamiste et le Fatah, le parti qui dirige l'Autorité palestinienne (AP) en Cisjordanie.

M. Abunima croit que cette dernière a perdu toute légitimité et qu'elle était très dépendante du régime égyptien «en matière de soutien régional et international». «Par exemple, dit-il, très peu de Palestiniens appuient les négociations avec Israël en raison de la colonisation, mais l'Égypte encourageait Mahmoud Abbas [le président de l'AP] à y participer.»

Invitation


Deux semaines avant leur publication, Ali Abunimah a été invité par Al-Jazira à lire les documents secrets sur lesquels la chaîne qatarie avait mis la main. «Je pense qu'ajoutées aux changements dans la région et à la faillite du soi-disant processus de paix [ces révélations] mettront un point final au régime des accords d'Oslo, qui était basé sur la sous-traitance de l'occupation. [...] Les forces de sécurité palestiniennes font le sale boulot à la place d'Israël. Tout ce système est en train de s'écrouler, affirme Ali Abunimah. L'Autorité palestinienne n'existe que

grâce au financement et au soutien politique de l'Union européenne, des États-Unis et du Canada, mais elle n'a aucune légitimité.»

Qu'arrivera-t-il maintenant au Proche-Orient et dans le monde arabe? «Je pense que tout est possible, répond-il. Comme beaucoup de Palestiniens, je souhaite un retour aux principes de la résistance sous toutes ses formes légitimes. Je dois souligner que cela ne veut pas nécessairement dire la lutte armée.»

«La révolution arabe souligne le pouvoir du peuple. Le régime d'occupation et les forces de sécurité de l'AP qui répriment les Palestiniens ne sont peut-être pas aussi forts qu'ils ne paraissent», se demande Ali Abunimah. Citant un article du quotidien israélien Ha'aretz sur la perspective d'un soulèvement massif en Cisjordanie, il poursuit: «Personne ne peut dire si ça se produira. L'important, c'est qu'ils [Israël et l'Autorité palestinienne] n'auraient aucun moyen d'y faire face. Que peuvent-ils faire? Tuer cent personnes, mille, dix milles? Ce que nous voyons en Libye démontre que l'usage de la force militaire contre un soulèvement ne peut que vous isoler encore plus.»

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NDLR: Ce texte a été modifié après la mise en ligne: la photo qui accompagnait le texte était erronée. L'erreur est maintenant corrigée.