Libye: la pression monte sur Obama

Des rebelles libyens tentent d’éviter les tirs de l’artillerie gouvernementale sur la route de Bin Djaouad, ville côtière à 160 km à l’est de Syrte, fief convoité de Mouammar Kadhafi. Les rebelles avaient pris le contrôle de Bin Djaouad samedi, mais ont été repoussés hier.<br />
Photo: Agence Reuters Goran Tomasevic Des rebelles libyens tentent d’éviter les tirs de l’artillerie gouvernementale sur la route de Bin Djaouad, ville côtière à 160 km à l’est de Syrte, fief convoité de Mouammar Kadhafi. Les rebelles avaient pris le contrôle de Bin Djaouad samedi, mais ont été repoussés hier.

Les appels en faveur d'un soutien militaire aux insurgés libyens opposés au régime de Mouammar Kadhafi se multiplient auprès de la Maison-Blanche, accusée de «traîner les pieds» dans ce dossier. La pression sur le président des États-Unis, Barack Obama, est montée d'un cran hier afin qu'il prenne fait et cause sans délai pour les rebelles.

Le président de la commission des Affaires étrangères du Sénat, John Kerry, a fait valoir qu'une zone d'exclusion aérienne devait être décrétée afin d'empêcher l'aviation libyenne de s'en prendre aux rebelles et aux civils. «La dernière chose que nous voulons est une intervention militaire, mais je ne considère pas que la création d'une zone d'exclusion aérienne en constitue une», a affirmé le sénateur démocrate sur les ondes de la chaîne d'information continue CNN. Les forces fidèles à Mouammar Kadhafi «ne vont pas cesser de retourner la question dans leur tête, "que peuvent-ils faire d'autre?" [que de fournir de l'aide humanitaire]», a souligné M. Kerry.

Le sénateur républicain John McCain a aussi défendu l'idée d'une zone d'exclusion aérienne. Elle permettrait «d'envoyer un signal» de fermeté au dirigeant libyen, avait-il dit.

L'ancien gouverneur du Nouveau-Mexique, Bill Richardson, s'est fait on ne peut plus clair, hier, en soutenant qu'il était temps «d'armer secrètement les rebelles». Même son de cloche de l'ancien conseiller à la sécurité nationale de George W. Bush, Stephen Hadley, pour qui Washington doit s'impliquer activement, y compris en armant les insurgés. «S'il est possible de mettre des armes dans les mains des rebelles, si nous pouvons leur fournir des moyens anti-aériens pour qu'ils puissent mettre en place une zone d'exclusion aérienne au-dessus de leur propre territoire, ce serait utile.»

Pour l'ancien ministre libyen de l'Immigration Ali Errishi, qui a claqué la porte du gouvernement peu après le début de la révolte, les États-Unis «traînent des pieds» pour aider l'opposition en Libye, manquant peut-être l'occasion de faire tomber le régime du colonel Kadhafi. «Nous avons demandé de l'aide quand [M. Kadhafi] était dans les câbles. J'ai dit [aux États-Unis]: "donnez-nous un peu d'aide, là, maintenant"», a affirmé M. Errishi, avant d'ajouter: «Ils ont traîné les pieds, pour une raison que j'ignore.»

Contre-offensive

Sur le terrain, les rebelles ont fait face hier à une contre-offensive des forces armées loyales au colonel Kadhafi.

Les pro-Kadhafi ont lancé une contre-attaque à Misrata, à 200 km à l'est de Tripoli, et repoussé les anti-Kadhafi hors de Bin Djaouad, sur la route de Syrte. Les troupes libyennes, appuyées par des chars, de l'artillerie, des avions de chasse et des hélicoptères, ont également poursuivi leur offensive sur Zaouïa, à 50 km à l'ouest de Tripoli.

La capitale, Tripoli, s'est réveillée au son de tirs de mitrailleuse qui fêtaient ce que l'entourage du colonel Kadhafi a présenté comme sa victoire sur les rebelles dans des villes clés du pays. À l'aube, des milliers de fidèles du «chef de la révolution» se sont répandus dans les rues en brandissant des drapeaux et en tirant des coups de feu en l'air.

Le porte-parole du dirigeant libyen, qui s'est de nouveau présenté comme un rempart contre les djihadistes d'al-Qaïda, a affirmé que les forces loyales à Kadhafi avaient pris le contrôle de toutes les régions autour de la capitale de la Cyrénaïque, Benghazi, et se dirigeaient tout droit vers l'épicentre de l'insurrection qui menace son pouvoir depuis la mi-février. Benghazi reste fermement sous le contrôle de la rébellion, ainsi que le port pétrolier de Ras Lanouf, selon Reuters.

Les rebelles ont en revanche été chassés de la ville de Bin Djaouad. En contrepartie, les insurgés ont par ailleurs dit avoir repoussé les forces kadhafistes dans la plus importante des villes en dehors de l'Est libyen passées aux mains de l'insurrection, Misrata. «Les brigades [pro-Kadhafi] ont essayé d'atteindre le centre de la ville, mais les révolutionnaires ont réussi à les repousser», a fait savoir un témoin. D'autres ont déclaré que l'assaut avait été mené par des unités de la milice dirigée par Khamis Kadhafi, un des fils du colonel Mouammar Kadhafi.

À Zaouïa, théâtre de violents combats ces 48 dernières heures, les insurgés encerclés par les forces de Kadhafi ont affirmé avoir repoussé hier une nouvelle attaque. «La bataille a duré une heure et demie. Deux personnes ont été tuées dans nos rangs et il y a de nombreux blessés», a déclaré le porte-parole des rebelles, Youssef Chagane. Samedi, les insurgés libyens avaient affirmé avoir repoussé à deux reprises les assauts des forces régulières sur la ville.

Combat contre le terrorisme

Dans un entretien accordé au Journal du dimanche, Mouammar Kadhafi a soutenu qu'«en Libye, on n'a tiré sur personne» et a présenté la crise en cours dans son pays comme un «combat contre le terrorisme» d'al-Qaïda. «Que la France prenne vite la tête de la commission d'enquête, qu'elle bloque la résolution de l'ONU au Conseil de sécurité, et qu'elle fasse arrêter les interventions étrangères dans la région de Benghazi», a-t-il déclaré.

Le Quai d'Orsay a toutefois apporté hier son soutien au Conseil national libyen (CNL) créé par l'opposition dans l'Est et a encouragé ces opposants à poursuivre leur action.

L'Allemagne s'est de son côté prononcée pour un durcissement des sanctions contre Mouammar Kadhafi par le Conseil de sécurité, qui a adopté une résolution imposant un embargo sur les armes, une interdiction de voyager et un gel des avoirs du colonel et de ses proches le 27 février dernier.

Hier, les Nations unies ont réclamé l'arrêt des «attaques aveugles» contre les populations civiles et mis en garde le régime de Mouammar Kadhafi contre les conséquences de violations du droit international. Le secrétaire général, Ban Ki-moon, «observe que les civils subissent l'essentiel des violences, et appelle à un arrêt immédiat de l'usage disproportionné de la force et des attaques aveugles contre des cibles civiles de la part du gouvernement», a indiqué l'ONU par voie de communiqué.

Le secrétaire général de l'ONU a confié à l'ancien chef de la diplomatie jordanienne, Abdelilah Al-Khatib, la tâche «d'engager des consultations urgentes avec les autorités de Tripoli et de la région sur la situation humanitaire», précise-t-il.

Par ailleurs, Ban Ki-moon s'est entretenu avec le ministre libyen des Affaires étrangères, Moussa Koussa, obtenant le feu vert de ce dernier sur l'envoi sans délai d'une équipe des Nations unies à Tripoli afin d'évaluer la situation humanitaire.

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D'après l'Agence France-Presse et Reuters
13 commentaires
  • Jeanpierrecanot - Inscrit 7 mars 2011 05 h 30

    Il faut tuer le chien enragé !



    Dans l’affaire des Horace et des Curiace on évitait d’imposer aux peuples une guerre et ses souffrances en réglant le problème par un duel entre une poignée d’hommes de chaque bord.

    En Libye on est en présence d’un fou furieux accompagné d’une poignée de sbires que le monde entier et le peuple Libyen dans sa grande majorité sont d’accord pour faire disparaître.

    Le problème est que le reste du monde ne sait opposer à la sauvagerie du monstre que les rigoureuses lois de la guerre respectueuses des droits de l’homme et du citoyen - même si d’ardents défenseurs de ces droits sont les seuls à avoir utilisé l’arme atomique : -, et qu’il ne saurait être question d’envoyer une poignée d’hommes en commando pour liquider l’affaire.

    Les progrès techniques font que les satellites modernes sont capables de reconnaître un chien au coin d’une rue, et que les drones invisibles sont eux capables de tuer ce chien sans se tromper de cible et sans dégâts collatéraux .

    Que ne règle-t-on ainsi l’affaire pour le plus grand bonheur des Libyens qui ne nous reprocheraient pas de faire une guerre sur leur territoire ?

  • Etienne Merven - Inscrit 7 mars 2011 07 h 27

    Attention M. Obama...

    ... ne tombez pas dans ce piège.
    Pourquoi les États-Unis, ou tout autre pays occidental, d'ailleurs, devraient-ils intervenir ou apporter une aide militaire dans ce conflit?
    Ne pensez-vous pas que les pays occidentaux ont fait suffisamment de dégâts comme ça dans les pays musulmans?
    Ça suffit de jouer au moralisateur et au gardien de la bonne conscience. Je pense qu'il faut laisser la pays arabes, moyens-orientaux et nord-africains régler leurs problèmes eux-mêmes cette fois-ci.
    Au fait, n'êtes-vous pas étonné du silence quasi total de la Ligue arabe, alors que des soulèvements ont lieu dans des pays qui en sont membres?
    Tout ce qu'on entend, c'est un « lâchage de lest », quelques milliards en programmes sociaux dans tel émirat, 36 milliards en Arabie Saoudite. Certains monarques doivent serrer les fesses en ce moment. Ces pays sont trop contents de laisser les États-Unis et les autres pays occidentaux tirer les marrons du feu... pour ensuite se faire taxer de toutes sortes de qualificatifs peu reluisants.
    Il est grand temps de revoir les relations entre pays sans se fonder uniquement sur l'approvisionnement en pétrole... Mais ça, c'est une autre histoire.

  • Sanzalure - Inscrit 7 mars 2011 08 h 40

    Fournis des armes aux rebelles

    Pourquoi ne pas fournir des armes aux Palestiniens aussi, un coup parti ?

    Les États-Unis jouent un double jeu en Libye depuis le début. Ils veulent accaparer le pétrole libyen qui s'en va habituellement en Chine, en Russie et en Europe . Alors ils font semblant de se traîner les pieds pour obtenir un appui populaire mais en réalité, ils sont impliqués là-dedans depuis le début et peut-être même avant.

    Serge Grenier

  • MJ - Inscrite 7 mars 2011 10 h 34

    Les tergiversations de la communauté internationale

    La région du Maghreb et du Moyen-Orient est secouée par des mouvements populaires désireux d’obtenir un changement d’air, un système politique démocratique avec liberté d’expression et meilleures conditions de vie et de travail. L’effet domino s’est déjà fait sentir après le départ de dictateurs de Tunisie et d’Egypte. En Libye, la résistance féroce du dictateur Kadhafi à renoncer au pouvoir, une partie de son armée lui étant encore servile, et le recours à des mercenaires contre le peuple libyen rendent les combats âpres et difficiles pour les opposants au régime, compte tenu de leurs moyens limités. Combien de temps encore pourront-ils tenir contre ce régime sanguinaire?

    Il est prématuré de parler d’aide entre pays arabes puisque la désunion règne actuellement au Moyen-Orient et plusieurs pays sont aux prises avec une instabilité et la même révolte populaire, soit épisodique soit ouvertement déclarée au régime. La Tunisie et l’Egypte ont fourni sur leurs territoires respectifs un accès aux réfugiés libyens et ressortissants étrangers qui y travaillaient. Ces pays ne sont pas encore relevés de la crise du pouvoir. L’aide humanitaire est présente pour apporter les premières nécessités et les soins de base aux réfugiés libyens qui se rassemblent, quand ils le peuvent, aux frontières tunisiennes ou égyptiennes.

  • Worldemocracy - Inscrit 7 mars 2011 10 h 37

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