Libye: Washington envoie des forces armées et des équipes humanitaires

Le Pentagone a annoncé aujourd’hui de forces armées dans la région de la Libye, sans préciser dans quelles circonstances il estime qu’elles pourraient s’avérer utiles. Un porte-parole du ministère américain de la Défense a déclaré que le Pentagone travaillait sur diverses options et plans de contingence, étant donné la poursuite des violences en Libye, sous le coup d’un soulèvement destiné à mettre fin au régime Kadhafi. C’est dans ce cadre qu’il repositionne certaines forces navales et aériennes.

Des forces navales américaines sont présentes en Méditerranée. Plus au sud, les États-Unis disposent de deux porte-avions dans le golfe arabo-persique.

Par ailleurs, la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton a annoncé à Genève que son pays dépêchait des équipes aux frontières libyennes avec l’Égypte et l’Algérie afin d’aider les réfugiés qui fuient la violence en Libye. Washington a promis 10 millions $ US d’aide pour les réfugiés, a-t-elle précisé.

Poursuite des troubles à Tripoli

Aujourd’hui, plusieurs centaines de Libyens ont mené brièvement une marche de protestation dans un quartier de l’est de Tripoli, scandant des slogans hostiles à Mouammar Kadhafi, a rapporté un témoin.

Jusqu’à 300 Libyens ont commencé à manifester après les obsèques d’une personne tuée lors d’attaques menées par des miliciens pro-Kadhafi la semaine dernière. La foule criait des slogans hostiles au dirigeant libyen et brandissait le drapeau de la monarchie renversée en 1969 par Kadhafi, a raconté le témoin qui s’exprimait sous le couvert de l’anonymat par crainte de représailles.

Mais les manifestants, rassemblés dans le quartier de Tajoura, se sont dispersés rapidement à l’arrivée de forces pro-Kadhafi, qui n’ont pas eu le temps d’ouvrir le feu, a-t-il ajouté. Le colonel Kadhafi contrôle encore Tripoli et les localités voisines avec l’aide de miliciens et de forces de sécurité généralement mieux équipés que l’armée.

De son côté, l’opposition, à laquelle se sont ralliées des unités de l’armée, tient la quasi totalité de l’est du pays, une grande partie des infrastructures pétrolières et des villes de l’ouest.

À Zaouiya, à 50 kilomètres à l’ouest de Tripoli, ville la plus proche de la capitale aux mains de l’opposition, les forces rebelles poursuivaient les combats contre les pro-Kadhafi. Les habitants s’attendaient à une possible attaque des forces loyalistes pour tenter de reprendre la localité.

Les pro-Kadhafi ont déclaré aujourd’hui contrôler la ville de Sabratha, à 65 kilomètres à l’ouest de Tripoli. Plusieurs habitants ont raconté à l’Associated Press que des manifestants avaient mis le feu à un poste de police avant d’être dispersés. Un militant anti-Kadhafi a de son côté déclaré dans un entretien téléphonique à l’AP que la ville n’était contrôlée par aucun des deux camps, ajoutant que des «escarmouches» se poursuivaient.

À Tripoli, les forces pro-Kadhafi sont sur le pied de guerre, tenant des postes de contrôle et menant des patrouilles. Mais des habitants faisaient état de signes d’amélioration de la situation: de nombreux magasins du centre-ville ont rouvert et le trafic dans les rues s’est intensifié.

Des Libyens formaient de longues files devant les banques de la capitale pour recevoir une aide équivalent à 400 $ US par famille promise par Kadhafi pour tenter de renforcer ses soutiens dans la population. Une habitante a raconté à l’Associated Press que le prix du riz avait augmenté de 500% ces derniers jours, atteignant l’équivalent de 40 $ US le sac de cinq kilos.

SNC-Lavalin étudie l’impact des sactions sur ses activités

Par ailleurs, le géant de l’ingénierie et de la construction SNC-Lavalin veut en savoir plus à propos des sanctions imposées à la Libye pour mesurer leurs répercussions sur ses activités dans le pays secoué par d’intenses soulèvements.

«Nous attendons plus de détails suite aux mesures imposées par les Nations unies et le gouvernement canadien afin de déterminer comment elles vont s’appliquer à nos projets et en connaître plus précisément leur impact», a déclaré aujourd’hui dans un courriel une porte-parole de la multinationale montréalaise, Leslie Quinton.

«Dès que nous aurons clarifié la nature des obligations juridiques, nous implanterons ces mesures à toutes nos activités en Libye», a-t-elle ajouté.

Le premier ministre Stephen Harper a annoncé dimanche soir une série de sanctions à l’encontre du régime du colonel Mouammar Kadhafi, dont l’interdiction d’effectuer toute transaction financière avec le gouvernement libyen et ses sociétés d’État.

Or, avant la crise, SNC-Lavalin travaillait à la construction d’une prison en banlieue de Tripoli (une affaire de 275 millions $), d’un nouvel aéroport à Benghazi (500 millions $) et de conduites d’eau à Sarir (475 millions $).

L’entreprise a suspendu ses activités dans le pays jusqu’à nouvel ordre. D’ici 48 heures, elle prévoit avoir évacué tous ses employés qui en ont exprimé le souhait. Vendredi, 1500 des 4500 travailleurs que compte SNC-Lavalin dans le pays avaient quitté. Très peu de ces 4500 employés sont canadiens.

6 commentaires
  • Nelson - Inscrit 28 février 2011 15 h 15

    IL FAUT S'ASSURER QUE LE PÉTROLE CONTINUE À COULER VERS L'OCCIDENT.

    Réalité de la vie, le pétrole est essentiel au mode et niveau de vie occidental, nos economies....et notre suprematie mondial.

    Il faut s'assurer que le 60% du pétrole mondial, qui est au Moyen Orient, (le pétrole est le 90% de l'énergie de la planète), ne tombe pas en mains des extrémistes fanatiques religieux, ou de nos compétiteurs, la Chine et la Russie.

    C'est comme ça.

    Il vaut mieux être dominateur et riche que dominé et pauvre.

    MAIS. AU MÊME TEMPS, IL FAUT ESSAYER D'ÊTRE JUSTE ET CORRECTE, ET DE CHERCHER DES MOYENS D'ÊTRE TOUS LES HUMAINS, GAGNANTS.

  • André Loiseau - Inscrit 28 février 2011 22 h 42

    Sauvons la face de la démocratie.

    L'armée américaine se déplace plus rarement pour protéger les droits de l'homme que pour sauvegarder la libre circulation du payant et lucratif pétrole. Il faut protéger à tous prix la principale source de pollution atmosphérique tout en développant, pour la parade et au compte gouttes, les nouvelles énergies alternatives qui nous libéreraient.

  • Normand Parisien - Inscrit 28 février 2011 23 h 09

    L'enfer serait-il pavé de bonnes intentions?

    Je n'ai pas beaucoup de sympathie pour un dictateur comme Kadhafi. Il avait déclaré que ces troubles étaient encouragés par les étrangers utilisant l'internet. Il a aussi déclaré que les forces anglo-américaines utiliseraient ces troubles pour attaquer la Libye et c'est ce qui semble être sur le point de se produire. Je suis presque tombé à terre lorsque j'ai appris que Lavalin construisait une prison dans ce pays tyrannique. Kadhafi a toujours fait peu de cas de ses opposants et cette prison aurait "enfoncé le clou plus profondément". Cela me semble poser un problème moral ou éthique. C'est presque une confirmation de la véracité du dicton voulant que l'argent n'a ni couleur ni odeur.

  • Jean-Nick Trudel - Inscrit 28 février 2011 23 h 25

    Le prix du droit humanitaire à l'américaine

    «Très bon article avec des informations plus que pertinentes pour comprendre la géopolitique du conflit et pour en cerner l'aspect économique de la crise libyenne.

    Un passage est particulièrement intéressant :
    « Par ailleurs, la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton a annoncé à Genève que son pays dépêchait des équipes aux frontières libyennes avec l’Égypte et l’Algérie afin d’aider les réfugiés qui fuient la violence en Libye. Washington a promis 10 millions $ US d’aide pour les réfugiés, a-t-elle précisé. »

    Je ne plains pas l'initiative. Il est tout à fait normal que les États-Unis interviennent dans la région pour maintenir la sécurité des réfugié(e)s libyen(ne)s. Le cadre est bon, la puissance américaine utilise le Haut-Commissariat aux Réfugiés (HCR) pour se rendre au chevet d'un peuple épris de rêves démocratiques. Ce qui tracasse, c'est le prix pour cet avantage géostratégique; seulement 10 millions pour devenir le nouveau voisin de la Libye et intervenir au Maghreb. Pour pouvoir opérer sur le territoire algérien, est-ce que les États-Unis auraient serré la main à Bouteflika? C’était combien déjà le prix à payer pour endiguer la crise financière?

    Le droit d'intervenir pour des raisons humanitaires ne s'acquière pas, pas même pour les États-Unis d'Amérique qui ont contribué précieusement au développement normatif de ce droit à travers les Conventions de Genève. L'humanitaire n'est pas ou n'est plus une question de politique étatique, la politique humanitaire doit appartenir à l'Organisation des Nations Unies et aux Casques Bleus. Ne sont-ils ou ne devraient-ils pas être plus dévoués à cette tâche? – Il est à développer ici que le regard canadien sur l’aspect humanitaire des relations internationales aurait été, au sens de Leslie Person, sensible au nôtre (si ce n’était que de la volonté du PlayMobile). –

  • Jean-Nick Trudel - Inscrit 28 février 2011 23 h 25

    Le prix du droit humanitaire à l'américaine (suite)

    L’envie d’écrire n’est pas animée par un sentiment antiaméricain ou à une volonté d’exprimer une vision manichéenne de la relation pétrole-US, elle provient d’un questionnement sur le manque de sérieux du secrétaire d’État américaine devant nos amis à Genève. Est-ce que 10 millions $ US et les aptitudes humanitaires de l’armée américaine tel que démontré en Irak peuvent répondre aux apparentes violations sévères des droits humains en Libye? Oui, les autorités bienfaisantes de la région du Maghreb ont le devoir, voire l’obligation d’intervenir et de fournir un soutien humanitaire pour les populations déplacées. Les pays de l’Europe et l’Union Européenne se doivent de réagir dignement face à l’évolution de la situation libyenne. Les sanctions onusiennes prononcées cette semaine vont exactement dans la bonne direction. Mais, pour qui se prennent ces Américains?

    Avec 10 millions $ US, les autorités américaines peuvent acheter sur le marché libyen 50 000 kilos de riz, bien qu’il serait peut-être préférable de varier les denrées alimentaires non périssables et en imaginant que cet élan de générosité sera bien investi. Dans les faits, les États-Unis d’Amérique devraient plutôt avoir l’amabilité de ne pas intervenir physiquement au Maghreb, ils n’ont pas compétence en la matière. Ce qui se passe en Libye est de l’ordre du Tribunal pénal international, sous l’égide de l’ONU, notamment à travers le chapitre 7 de la Charte. Ce que peuvent faire les Américains est simple : faire passer des résolutions au Conseil de Sécurité et assurer le bon fonctionnement du Tribunal pénal. Oh! C’est vrai aussi, redonner l’argent du beurre.

    J-N