La Libye est au bord de la guerre civile, selon le fils Kadhafi

Saif al Islam Kadhafi<br />
Photo: Agence Reuters Saif al Islam Kadhafi

Le fils du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi a promis, hier soir, à la télévision d'État, de mettre en œuvre un programme de réformes après une vague de manifestations sans précédent contre le régime de son père, qui menacent, selon lui, de faire plonger le pays de plus de 6 millions d'habitants dans une guerre civile.

D'ailleurs, le parlement libyen, le Congrès général du peuple, se réunira aujourd'hui afin d'étudier un programme de réformes «clair», a fait savoir Saif al Islam Kadhafi, qui est souvent vu comme l'héritier présomptif du colonel Mouammar Kadhafi, à la tête de la Libye depuis 1969. De son côté, le gouvernement consentira des hausses de salaires, a-t-il ajouté.

«La Libye est à un carrefour. Soit nous nous entendons aujourd'hui sur des réformes, soit nous ne pleurerons pas 84 morts, mais des milliers et il y aura des rivières de sang dans toute la Libye», a-t-il déclaré.

Saif al Islam a affirmé que «la Libye n'est pas l'Égypte ou la Tunisie», en référence à ces deux pays voisins dont les hommes forts, Hosni Moubarak et Zine El Abidine Ben Ali, ont été chassés par la rue au fil des dernières semaines.

«L'armée libyenne [décrite comme une milice personnelle de Kadhafi] jouera un grand rôle. Ce n'est pas l'armée tunisienne, ce n'est pas l'armée égyptienne. [...] Mouammar Kadhafi n'est pas Zine El Abidine Ben Ali. Il n'est pas Moubarak», a-t-il lancé.

Pourtant, le colonel Kadhafi, au pouvoir en Libye depuis près de 42 ans, n'a fait aucune déclaration publique depuis le début des violences. Selon certaines informations non confirmées relayées par l'AFP, il aurait quitté la Libye hier soir.

«Nous n'allons pas abandonner un pouce de la Libye», a encore déclaré Saif al Islam qui a affirmé: «Nous vivrons en Libye, nous mourrons en Libye.»

S'il a admis que les forces de l'ordre avaient commis des erreurs dans la gestion du mouvement de contestation au cours des derniers jours, Saif al Islam Kadhafi, a toutefois fait valoir que les bilans faisant état de centaines de personnes tuées depuis quatre jours étaient exagérés.

Faux, rétorque Human Rights Watch. Au moins 233 personnes ont été tuées en Libye depuis le début de la contestation le 15 février, selon l'organisation non gouvernementale.

Mais, selon un décompte de l'AFP fait à partir de différentes sources libyennes, le bilan des manifestations contre le régime du colonel Kadhafi s'élève à au moins 77 morts, pour la plupart dans la deuxième ville du pays, Benghazi.

Les mesures d'apaisement annoncées par le fils de Mouammar Kadhafi ont été jugées insuffisantes, à en croire les tirs de plus en plus nourris qui étaient entendus par l'Agence France-Presse dans plusieurs secteurs de la capitale, Tripoli, à la suite de l'allocution télévisée de Saif al Islam Kadhafi.

Des youyous de femmes, des sirènes d'ambulances et des klaxons de voitures se faisaient également entendre, instaurant un climat de confusion.

Plusieurs villes du pays, dont Benghazi et Al-Baïda, qui sont toutes deux sises au sud-est du pays, étaient la proie de violents combats opposant des émeutiers s'étant emparés d'armes militaires et des forces de l'ordre, a-t-il fait savoir.

«En ce moment, des chars se déplacent dans Benghazi, conduits par des civils. À Al-Baïda, les gens ont des fusils, et de nombreux dépôts de munitions ont été pillés. Nous avons des armes, l'armée a des armes, les forces qui veulent détruire la Libye ont des armes», a-t-il lancé.

En outre, des dizaines de milliers de personnes se dirigent tout droit vers Tripoli, a déclaré Saif al Islam Kadhafi.

Complot étranger

La Libye est la cible d'un complot étranger, selon le régime. Les affrontements ont été engagés par des éléments libyens et étrangers décidés à détruire l'unité du pays et à instaurer une république islamiste, a rapporté l'AFP. «L'armée aura maintenant un rôle essentiel pour imposer la sécurité parce que c'est l'unité et la stabilité de la Libye» qui sont en jeu, a déclaré le fils du dirigeant libyen.

Pour sa part, le représentant permanent de la Libye auprès de la Ligue arabe, Abdel Moneim al-Honi, a annoncé, hier soir, au Caire qu'il démissionnait de son poste pour rejoindre «la révolution» et protester contre la «violence contre les manifestants» dans son pays.

Les violences dans l'est de la Libye ont fait fuir des centaines de Tunisiens arrivés hier dans leur pays par le poste-frontière de Ras-Jaïr et affirmant vouloir échapper à «un vrai carnage», a indiqué à l'AFP un responsable local.

L'Union européenne a appelé hier soir Mouammar Kadhafi à répondre aux aspirations «légitimes» de son peuple et à cesser de réprimer dans le sang les manifestations, en dépit des menaces de Tripoli envers l'Europe d'ouvrir les vannes de l'immigration clandestine.

Le pays est un point de passage privilégié de réseaux d'immigrants clandestins africains, en raison de ses 2000 km de côtes et des 4000 km de frontières qu'il partage avec ses six voisins africains.

La communauté internationale, qui avait tardé à condamner la violence dans le pays, ne prend plus les mêmes précautions de langage, relève Reuters. La Grande-Bretagne a qualifié de «terrifiantes» les morts de civils.

La Libye a fait l'objet de sanctions américaines et européennes pendant des années sur son programme d'armes et son soutien à des groupes d'activistes étrangers.

Depuis la levée de celles-ci, une grande partie de la population libyenne a pu profiter des fruits du capitalisme. Tripoli fourmille de boutiques de téléphones portables et de voitures de luxe, et les compagnies pétrolières étrangères, comme BP, Eni, Exxon Mobil, ont investi des milliards dans le secteur pétrolier libyen. Plusieurs observateurs, consultés par Reuters, font valoir qu'il est peu probable que ces entreprises fassent une croix sur ces précieuses réserves pétrolières et quittent le pays.

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D'après l'Agence France-Presse et Reuters
6 commentaires
  • Denis Miron - Inscrit 21 février 2011 08 h 55

    Cannibalisme ou capitalisme?

    «Tripoli fourmille de boutiques de téléphones portables et de voitures de luxe, et les compagnies pétrolières étrangères, comme BP, Eni, Exxon Mobil, ont investi des milliards dans le secteur pétrolier libyen»
    Serion-nous en train de cueillir présentement les fruits du capitalisme anthropophage?

  • Pierre Lacombe - Inscrit 21 février 2011 10 h 53

    Nous mourrons en Libye

    Le fils du dictateur déclare «Nous mourrons en Lybie»... Qu'à cela ne tienne ducon ! Vous serai les derniers d'une longue liste que retient déjà l'Histoire.

  • Sanzalure - Inscrit 21 février 2011 10 h 54

    L'année prochaine, ce sera pire

    Et la suivante encore pire...

    Faites-vous à l'idée, à chaque année qui passe, la pression contre les dictateurs s'intensifiera. De plus en plus...

    Avez-vous compris ?

    Imaginez dans 10 ans. Ça ne reviendra plus jamais comme avant. C'est fini. Oubliez-ça.

    Serge Grenier

  • michel lebel - Inscrit 21 février 2011 11 h 52

    Liberté!

    Personne ne pleurera le départ de Kadhafi et de sa clique de tortionnaires. Sauf évidemment les amis du régime. dont les pétrolières et les sociétés installées par affaires en Libye. Les gens ont besoin de pain, ce qui existe, je crois, en Libye, mais ils ont aussi besoin cet autre bien essentiel: la liberté. Ce dernier besoin, on ne peut jamais le brimer pour toujours! Vive la Libye libre!

  • Roland Berger - Inscrit 21 février 2011 12 h 16

    Les intérêts américains

    Le sort de la Lybie est entre les mains des intérêts américains. Si Washington juge plus utile de garder Kadhafi au pouvoir, il y restera. Et Madame Clinton multipliera les appels à la modération pendant que des milliers de Lybiens et Lybiennes seront sacrifiés.
    Roland Berger