Un petit pas vers le changement?

Alger — Ce n'est pas la révolution, mais peut-être le premier pas vers un changement en Algérie. Un petit pas certes, ils n'étaient que quelques milliers sur la place du 1er Mai à Alger et ils n'ont pas pu braver le blocage policier pour marcher dans la capitale. Mais indéniablement quelque chose s'est passé ce samedi 12 février.

Pour la première fois depuis des années, c'est l'Algérie dans toute sa diversité qui est descendue dans la rue. Il y avait des jeunes bien sûr, les représentants de la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD) qui avait appelé à la marche, mais aussi des intellectuels, des artistes, des retraités, des femmes, des islamistes, et même quelques enfants. Tous ont scandé les mêmes slogans, chanté les mêmes refrains pour réclamer la chute du régime. «Système dégage», «À bas la dictature», «Djazair, houria democratia» («Algérie libre et démocratique»), pas de doute, ce samedi matin, les Algériens étaient déterminés.

À l'image d'Ali Yahia Abdenour, sans doute le vétéran de ce rassemblement. À 90 ans, cette figure emblématique du militantisme algérien et président d'honneur de la Ligue algérienne de défense des droits de l'homme (LADDH) a subi les assauts des forces antiémeutes. Bousculé, victime d'un malaise, il est resté pendant plusieurs heures sur cette place du 1er Mai. «Il n'y a ni constitution, ni loi en Algérie. C'est pour cela qu'il faut que la loi du peuple triomphe. Que le pouvoir laisse la place aux jeunes. Ils représentent 70 % de la population et ils sont écrasés. Et il faut qu'il donne des comptes sur les richesses du pays qu'il a accaparées», tonne-t-il.

La corruption, le chômage, l'absence de libertés, chaque manifestant se reconnaît dans ces fléaux que subit le pays. Au milieu de la foule, il y a Amine. C'est la première fois qu'il participe à une telle manifestation. «J'ai 25 ans, je ne travaille pas, je ne fais rien, ma vie c'est rien. Mais les gens du gouvernement eux ils ont tout. Le pétrole il est chez eux, pas chez nous. C'est plus possible. Y en a marre.» À côté de lui, un couple de retraités s'indigne de la répression policière contre les manifestants. «Ils n'ont pas le droit de nous empêcher de marcher. Alger c'est notre capitale! Nous voulons la liberté de circuler dans notre pays.»

Arrestations

Dès le début de la matinée, les forces de l'ordre ont en effet tenté de faire respecter l'interdiction de la marche décidée par les autorités. Des dizaines de militants des différentes associations et partis politiques qui forment la CNCD ont été interpellés. Plusieurs policières étaient spécialement affectées à l'interpellation sans ménagement des manifestantes. Au total, près de deux cents personnes ont été arrêtées dans la matinée. La plupart ont été libérées en fin de journée.

Pendant plus de cinq heures qu'a duré le rassemblement, les manifestants ont dû lutter pour éviter d'être dispersés ou divisés en plusieurs groupes plus faciles à repousser par les forces antiémeutes. L'ex numéro 2 du front islamique du salut, le parti islamiste vainqueur des élections en 1990 et interdit depuis, en a fait les frais. Venu rejoindre le rassemblement avec plusieurs dizaines de partisans, il n'a pu rester qu'une petite heure sur la place. Un groupe d'une soixantaine de jeunes visiblement en service commandé est venu sur la place scander des slogans favorables au président Abdelaziz Bouteflika. «Bouteflika n'est pas Moubarak», ont-ils criés sous les huées de la foule. Le rassemblement a tenu jusque vers quinze heures. Les manifestants ont commencé à se disperser et la police a fait le reste.

Pour les organisateurs, malgré l'échec de la marche, cette manifestation est un succès. Ils ont d'ailleurs l'intention de maintenir la pression sur le pouvoir. «Les Algériens marcheront et reviendront autant de fois que nécessaire jusqu'à ce que le peuple algérien puisse vivre dans la dignité», a ainsi promis Said Sadi, responsable du Rassemblement pour la culture et la démocratie, un parti d'opposition. Mais lui et les autres meneurs de la Coordination nationale pour le changement et la démocratie ont beau afficher leur optimisme, la réalité reste moins évidente. Samedi, il n'était finalement que quelques milliers sur cette place du 1er mai. On est encore loin de l'emblématique place Tahrir du Caire et des centaines de milliers de Tunisiens et d'Égyptiens qui avaient occupé les rues de leur capitale respective. Pourtant, les Algériens dans leur ensemble partagent le ras-le-bol exprimé par les manifestants. Mais la guerre civile des années quatre-vingt-dix est encore dans les mémoires. S'engager dans une révolution ou une révolte populaire c'est prendre le risque de replonger dans la violence, et la majorité des Algériens n'en veut pas. Elle aspire au calme relativement retrouvé ces dernières années. «Il y a peur de la violence, reconnaît Mostefa Bouchachi, président de la LADDH. Les Algériens ont beaucoup souffert. Nous avons eu une guerre civile. Avec presque 200 000 morts, 10 000 disparus, et des milliers de victimes. Est-ce que les Algériens sont prêts pour faire une révolution alors qu'ils ne savent pas où elle va aboutir? C'est pour cela que nous voulons militer pacifiquement.»

Pour les organisateurs, malgré l'échec de la marche, cette manifestation est un succès. Ils ont d'ailleurs l'intention de maintenir la pression sur le pouvoir. «Les Algériens marcheront et reviendront autant de fois que nécessaire jusqu'à ce que le peuple algérien puisse vivre dans la dignité», a ainsi promis Said Sadi, responsable du Rassemblement pour la culture et la démocratie, un parti d'opposition. Mais lui et les autres meneurs de la Coordination nationale pour le changement et la démocratie ont beau afficher leur optimisme, la réalité reste moins évidente. Samedi, il n'était finalement que quelques milliers sur cette place du 1er mai. On est encore loin de l'emblématique place Tahrir du Caire et des centaines de milliers de Tunisiens et d'Égyptiens qui avaient occupé les rues de leur capitale respective. Pourtant, les Algériens dans leur ensemble partagent le ras-le-bol exprimé par les manifestants. Mais la guerre civile des années quatre-vingt-dix est encore dans les mémoires. S'engager dans une révolution ou une révolte populaire c'est prendre le risque de replonger dans la violence, et la majorité des Algériens n'en veut pas. Elle aspire au calme relativement retrouvé ces dernières années. «Il y a peur de la violence, reconnaît Mostefa Bouchachi, président de la LADDH. Les Algériens ont beaucoup souffert. Nous avons eu une guerre civile. Avec presque 200 000 morts, 10 000 disparus, et des milliers de victimes. Est-ce que les Algériens sont prêts pour faire une révolution alors qu'ils ne savent pas où elle va aboutir? C'est pour cela que nous voulons militer pacifiquement.»

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