Wael Ghonim - Le cybermilitant devenu héros

Wael Ghonim
Photo: Wael Ghonim

Le Caire — Devenu un symbole de la contestation en Égypte, Wael Ghonim, le jeune cybermilitant égyptien arrêté pendant les manifestations contre le président Hosni Moubarak, a été accueilli hier en héros place Tahrir après 12 jours de détention «les yeux bandés».

Le chef du marketing de Google pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord a été acclamé par une foule qui l'a applaudi les larmes aux yeux dans cet énorme rond-point occupé par les manifestants depuis plusieurs jours.

Lundi soir, l'interview chargée d'émotion qu'il a accordée à la chaîne privée Dream 2 avait touché des millions de personnes, faisant instantanément de lui une icône.

«Je ne suis pas un héros, vous êtes les héros, c'est vous qui êtes restés ici sur la place», a lancé le jeune homme aux manifestants.

«J'aime à appeler ça la révolution Facebook, mais après avoir vu les gens ici, je dirais que c'est la révolution du peuple égyptien. C'est formidable», a-t-il ensuite affirmé sur la place Tahrir.

À ses côtés se tenait la mère de Khaled Saïd, le jeune homme battu à mort par la police devenu un symbole de la lutte contre la répression policière.

Wael Ghonim a confirmé sur Dream 2 être l'administrateur de la page Facebook «Nous sommes tous Khaled Saïd», un mouvement qui a joué un rôle-clé dans le lancement de la contestation.

Le jeune homme, qui travaille aux Émirats, était spécialement rentré au Caire pour prendre part le 25 janvier à la première des manifestations géantes exigeant le départ du chef de l'État. Mais deux jours plus tard, il était arrêté et remis aux très redoutés services de sécurité d'État.

«Je ne suis pas un héros, j'ai dormi pendant 12 jours. Les héros, ce sont ceux qui étaient dans la rue, qui ont participé aux manifestations, sacrifié leur vie, ont été battus, arrêtés et exposés au danger», a-t-il dit, visiblement épuisé, la voix régulièrement entrecoupée de sanglots.

«Ceci est la révolution des jeunes de l'Internet, qui est devenue la révolution des jeunes d'Égypte, puis la révolution de l'Égypte entière», a-t-il ajouté.

M. Ghonim a confirmé que le nouveau secrétaire général du Parti national démocrate (PND) du président Moubarak, Hossam Badrawi, avait joué un rôle dans sa libération.

«Je ne le remercie pas. Ce qu'il a fait, c'était son devoir parce que je suis un jeune qui aime l'Égypte et un fils d'Égypte», a-t-il affirmé. «Je lui ai dit: je ne veux voir le logo du PND dans aucune rue d'Égypte, je ne veux plus voir le PND», a-t-il ajouté.

Lorsque la chaîne a diffusé des images des jeunes gens tués pendant les manifestations, le jeune homme, très affecté, s'est effondré.

«Je veux dire à toute mère, tout père qui ont perdu un fils, je m'excuse, ce n'est pas de notre faute, je le jure, ce n'est pas de notre faute, c'est de la faute de toute personne qui était au pouvoir et s'y est accrochée», a-t-il gémi en sanglotant, la tête rentrée dans les épaules.

«Je veux partir», a-t-il ensuite lancé avant de se lever précipitamment et de quitter le studio.

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