Le raïs s'accroche malgré le «jour du départ»

Les manifestations se sont poursuivies dans toute l’Égypte hier, d’Alexandrie (photo), dans le nord, à Louxor, dans le sud.
Photo: Agence Reuters Dylan Martinez Les manifestations se sont poursuivies dans toute l’Égypte hier, d’Alexandrie (photo), dans le nord, à Louxor, dans le sud.

Plusieurs centaines de milliers de personnes se sont à nouveau massées hier sur la place Tahrir, dans le cadre d'un «jour du départ» réclamant la démission du président égyptien, Hosni Moubarak.

Après les affrontements entre militants anti-Moubarak et pro-Moubarak qui ont fait huit morts au cours des derniers jours, le rassemblement d'hier s'est déroulé dans le calme. La foule a convergé vers le centre de la capitale dans la matinée et, une fois la prière de la mi-journée observée, elle a scandé des slogans hostiles au régime.

Les militaires, en grand nombre, étaient déployés afin de contrôler l'identité des personnes accédant à la place, pour éviter ainsi que des policiers en civil et des militants pro-Moubarak ne s'en prennent aux manifestants.

Un seul groupe de partisans du chef de l'État a tenté de s'approcher de la place Tahrir, mais il a fait demi-tour sous les jets de pierres des manifestants de l'autre camp.

Dans la soirée, plus de 10 000 personnes y étaient toujours rassemblées, dont certaines prêtes à y passer une nouvelle nuit, bravant le couvre-feu dont la durée a été réduite de 19h à 6h.

Des coups de feu nourris ont été entendus dans la nuit sur la place, semant pendant quelques minutes la panique au sein de la foule des manifestants antigouvernementaux rassemblés, selon un correspondant de l'AFP.

Nombreux étaient ceux à avoir également répondu à l'appel à la mobilisation en province, notamment à Alexandrie et Menoufiya (nord), Mahalla et Mansoura (delta du Nil), Suez (est), Assiout (centre) et Louxor (sud).

Mohammed El-Baradeï, lauréat du prix Nobel de la paix et une des figures du mouvement d'opposition à Hosni Moubarak, a proposé un nouveau scénario de sortie de crise, soit la formation d'un gouvernement transitoire dirigé, pendant environ un an, par un conseil présidentiel formé de deux ou trois personnes, dont un représentant de l'armée.

Une Constitution permanente serait rédigée pendant cette période et ensuite serait organisée l'élection présidentielle, actuellement prévue en septembre.

La condition sine qua non de la réalisation de ce scénario demeure toutefois le départ d'Hosni Moubarak, a répété M. El-Baradeï lors d'une conférence de presse. «Il doit entendre la voix claire du peuple et partir avec dignité», a déclaré l'ancien directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). «Plus vite il partira avec dignité, mieux ce sera pour tout le monde.»

Médias attaqués

Alors que la quasi-totalité des médias étrangers affirment être victimes de violence et de harcèlement de la part des autorités égyptiennes depuis deux jours au Caire, le quotidien gouvernemental Al-Ahram a annoncé hier le décès d'un journaliste égyptien ayant été blessé durant les affrontements plus tôt cette semaine.

Ahmed Mohammed Mahmoud, âgé de 36 ans, prenait des photos des affrontements près de la place Tahrir du haut du balcon de son appartement quand il a été atteint par un tireur d'élite il y a quatre jours, a expliqué le journal.

Selon le Comité de protection des journalistes (CPJ), basé à New York, il s'agit du premier journaliste à perdre la vie en Égypte depuis le 25 janvier.

La chaîne satellitaire Al-Jazeera a pour sa part annoncé que son bureau avait été saccagé et que son site Internet avait été attaqué par des pirates informatiques hier.

«On n'a jamais vu ça. Aucune rédaction présente aujourd'hui en Égypte n'a échappé à la violence. On a l'impression que M. Moubarak a décidé par tous les moyens de faire taire les journalistes», a affirmé Jean-François Juillard, secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF).

À Genève, la Haute Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Navi Pillay, a évoqué «une tentative flagrante d'étouffer la presse» et estimé que «l'un des premiers moteurs de ce chaos semble être l'action des services de sécurité et de renseignement égyptiens».

Valeurs fondamentales

Le premier ministre du Canada, Stephen Harper, a soutenu hier que les changements importants en cours en Égypte doivent s'inscrire dans le cadre de valeurs fondamentales, telles que les droits de la personne, la non-violence et l'État de droit.

Les commentaires de M. Harper, ses premiers en public sur la révolte en Égypte depuis le début de la crise, ont été exprimés après une rencontre d'une heure avec le président des États-Unis, Barack Obama.

«Je ne crois pas qu'il y a des doutes pour personne qui regarde la situation que la transition a lieu et aura lieu en Égypte; la question reste à savoir quel genre de transition ce sera», a affirmé M. Harper. «Ce dont nous voulons nous assurer, c'est que cela mènera vers une démocratie avec le respect de la primauté du droit, de la non-violence et du respect des droits, des droits humains y compris les droits des minorités et surtout des minorités religieuses», a ajouté le chef du gouvernement canadien, en français.

Les États-Unis exhortent Hosni Moubarak à démissionner immédiatement afin d'accélérer une passation des pouvoirs, ce à quoi se refuse le Canada.

«À la lumière de ce qui est arrivé au cours des deux dernières semaines, retourner à l'ancien régime ne fonctionnera pas», a affirmé M. Obama.

Le Canada, cependant, n'a pas réclamé la démission du raïs. Les ambassadeurs israéliens auraient fait pression sur des États, y compris le Canada, afin qu'ils tempèrent leurs critiques envers M. Moubarak, qui a été un gage de stabilité pour la région.

Stephen Harper fait valoir qu'il reviendra au peuple égyptien de déterminer qui le mènera vers l'avenir, mais que le nouveau régime ne devra pas être seulement strictement démocratique.

Les dirigeants des 27 pays de l'Union européenne ont demandé de leur côté que la transition démocratique commence «maintenant». Ils ont menacé à demi-mots de revoir leur aide économique accordée à l'Égypte si les violations des libertés publiques se poursuivaient.

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D'après La Presse canadienne, l'Associated Press et l'Agence France-Presse

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