Le Caire sombre dans le chaos

Les partisans du président égyptien Hosni Moubarak et ses opposants se sont violemment affrontés hier sur la place de la Libération du Caire. Les heurts ont fait trois morts et au moins 600 blessés.<br />
Photo: Agence Reuters Mohamed Abdel Ghany Les partisans du président égyptien Hosni Moubarak et ses opposants se sont violemment affrontés hier sur la place de la Libération du Caire. Les heurts ont fait trois morts et au moins 600 blessés.

De violents affrontements entre des partisans et des opposants du président égyptien, Hosni Moubarak, ont éclaté, hier, sur la place de la Libération, au centre du Caire. L'annonce, mardi soir, par le raïs qu'il ne briguerait pas un sixième mandat présidentiel, mais comptait rester au pouvoir jusqu'à l'élection et l'entrée en fonction de son successeur, en septembre, n'a pas suffi à désarmer les manifestants, qui se sont rassemblés dès l'aurore dans le centre du Caire afin d'exiger son départ immédiat.

La 9e journée de contestation a tourné au chaos avec l'entrée en scène, en milieu de journée, de partisans du régime. Une cinquantaine de partisans d'entre eux, montés sur des chevaux et des chameaux, armés de fouets, de bâtons et de pierres, ont chargé avec furie les manifestants antirégime rassemblés à la place de la Libération.

De nombreux protestataires accusaient l'armée d'avoir intentionnellement laissé les agresseurs pénétrer sur la place. «Ce sont des voyous payés!», a lancé un manifestant, Emad Nafa.

Plusieurs centaines de leurs camarades venus du nord de la ville ont tenté de venir en renfort, mais ils ont été repoussés par les pro-Moubarak, dont certains étaient montés sur des véhicules de l'armée pour leur lancer des pierres.

La bataille a aussi gagné les abords du Musée égyptien, qui abrite notamment des trésors de l'Antiquité. Les soldats ont formé une chaîne pour protéger l'établissement, mais deux cocktails Molotov ont atterri en fin d'après-midi dans la cour du musée.

Trois personnes ont été tuées, tandis que 639 ont été blessées lors des affrontements d'hier, a indiqué le ministre de la Santé.

Violences «révoltantes»

Washington a fermement condamné les violences «révoltantes» contre les manifestants, tout en insistant sur la nécessité pour le régime d'engager «maintenant» la transition du pouvoir. «Maintenant veut dire maintenant», a répété le porte-parole de la Maison-Blanche, Robert Gibbs.

Interrogé à savoir si la Maison-Blanche estimait que M. Moubarak était un «dictateur», M. Gibbs a répondu que le dirigeant égyptien avait «l'occasion de montrer au monde ce qu'il est exactement».

Mais, le ministre égyptien des Affaires étrangères, Hossam Zaki, a rejeté hier ces appels. «Ce que disent des parties étrangères sur "une période de transition commençant immédiatement" en Égypte est refusé», a déclaré sans ambages M. Zaki par voie de communiqué.

Le président Barack Obama et son administration «condamnent fermement la violence révoltante et déplorable qui a eu lieu dans les rues du Caire», a déclaré Robert Gibbs. «Si le gouvernement est à l'origine de cette violence, elle doit s'arrêter immédiatement», a-t-il averti.

De son côté, la chef de la diplomatie américaine, Hillary Clinton, a réclamé au nouveau vice-président égyptien, Omar Souleimane, une enquête sur les violences, a indiqué le porte-parole du département d'État, Philip Crowley. «Nous ne savons pas qui a lâché ces voyous dans les rues du Caire. Quels qu'ils soient, ils doivent être tenus responsables», a-t-il affirmé.

Le ministère de l'Intérieur égyptien a démenti les allégations selon lesquelles des policiers en civil seraient impliqués dans des heurts entre partisans et adversaires du président Hosni Moubarak.

La figure de l'opposition, Mohamed el-Baradei, a toutefois indiqué détenir des preuves du contraire. Pour sa part, Al-Jazira a diffusé dans la journée des images de manifestants brandissant les papiers d'identité arrachés à des partisans du régime, témoignant de leur appartenance aux forces de l'ordre.

Des reporters pris à partie

Plusieurs journalistes, dont Jean-François Lépine de Radio-Canada, et son caméraman, ont été violemment pris à partie, hier, par des partisans du chef de l'État, auxquels se seraient mêlés des policiers en civil.

Les envoyés spéciaux de la société d'État s'éloignaient de la place de la Libération «jusqu'à ce que quelqu'un dans la foule donne un coup de poing en plein visage au caméraman Sylvain Castonguay». «Et, là, il y a eu une hystérie collective. [...] Des dizaines de gens se sont mis à me battre», a relaté Jean-François Lépine sur les ondes de RDI.

Le reporter a dû solliciter l'aide de l'armée égyptienne afin de se sortir de cette situation critique. «C'est ça qui nous a sauvé la vie, parce que sinon, probablement que la foule nous aurait battus à mort», a-t-il précisé.

Pour le secrétaire général de Reporters sans frontières, Jean-François Julliard, «ces agressions [contre des employés de Radio-Canada, mais également contre d'autres de la BBC, d'Al-Jazira, d'Al-Arabiya, de CNN et d'ABC News] apparaissent comme autant d'actes de vengeance contre la presse internationale qui a relayé les manifestations demandant la démission du président Moubarak», et sont «une manière [...] de museler l'information».

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Avec l'AFP, Le Monde et l'AP
17 commentaires
  • Guylaine Vezina - Inscrit 3 février 2011 07 h 31

    Impressionnantes, les pressions américaines!

    "De son côté, la chef de la diplomatie américaine, Hillary Clinton, a réclamé au nouveau vice-président égyptien, Omar Souleimane, une enquête sur les violences". Que de pression sur le gouvernement égyptien! Et si de telles manifestations avaient lieu au Vénézuela, pays démocratique, qu'en serait-il?

  • Duchêne Denys Mehdi - Inscrit 3 février 2011 07 h 38

    Le club des voyous.

    Avec Moubarak qui a craqué «les allumettes nécessaire dans les entrepôts remplis de bidons d'essence» pour alimenter le chaos, la Russie, régime autoritaire, donc à l'aise avec le moubarakisme, qui appuie en sourdine le statu quo, Israël qui tremble à imaginer son allié «corrompu» tomber, les autres dirigeants des régimes arabes qui adoptent des mesures cosmetiques, où coupent tout simplement l'information en provenance d'Égypte comme la chaîne d'État saoudienne et maintenant le Canada de HarPEUR qui ne demande pas formellement à Moubarak de ne pas se représenter en septembre pour plaire au régime israélien qui dicte ses positions dans le M.O, chaque jour qui passe nous aide à identifier le club des voyous de la planète qui encourage la dictature moubarakienne.

  • Marie Mance Vallée - Inscrite 3 février 2011 07 h 44

    Et au Québec...

    Quelle serait la réaction de la communauté internationale et surtout les américains si une situation semblable se passait au Québec ?

    Tout de suite l'armée canadienne débarquerait ici, sans se poser plus de questions.

    Rappelez-vous les troubles de 70 où l'armée canadienne est débarquée ici sans tambours ni trompettes.

  • Augustin Rehel - Inscrit 3 février 2011 07 h 54

    Les comparaisons

    Je suis toujours étonné des comparaisons et recoupements de certains commentateurs . Un événement se produit et on se pose la question à savoir comment les Américains auraient réagi avec telle ou telle nation. Si les Américains osent se mêler du problème, on les accuse de le faire par intérêt; et s'ils ne font rien, on le leur reproche car ça ne leur rapporte rien.

    Je trouve un tel discours excessif, non pertinent, et hors sujet.

    Dans le cas qui nous concerne, le président Obama est allé loin dans le dossier de l'Égypte, jusqu'à demander à mots voilés de quitter la présidence. Et la réponse de Moubarak a été violente: il a envoyé ses «fidèles», montés sur des chameaux, des chevaux dans les rues, s'en prendre à la foule qui lui est hostile, avec des ordres bien précis à l'armée de ne pas intervenir, et le CHAOS s'est emparé de l'Égypte.

    Le pays est au bord de la guerre civile.

  • Augustin Rehel - Inscrit 3 février 2011 08 h 45

    le moubarakisme? le bouteflikisme? le salehisme?

    @ Denis Duchene

    Si je vous comprends bien, le moubarakisme est la doctrine de Moubarak, président corrompu! Alors, peut-on aussi parler de bouteflikisme pour parler de l'Algérie? Ou de salehisme quand on parle du régime du Yémen?

    Quelle serait donc cette doctrine de Moubarak? Pouvez-vous vous expliquer?

    Car si vous parlez de moubarakisme comme état la «doctrine corrompue» du régime Moubarak, on peut ainsi créer des doctrines pour la Tunisie, l'Algérie, la Jordanie, la Syrie... Tous ces régimes sont tous corrompus,, comme celui de l'Égypte, sans être pour autant complaisants avec Israël!

    Voyez-vous, comme votre discours ne tient pas! Un peu plus d'analyse et de rigueur, je vous prie.