Les Égyptiens bravent le couvre-feu pour exiger le départ de Moubarak

Le Caire, Égypte — Des milliers d'Égyptiens ont bravé le couvre-feu aujourd'hui et sont descendus dans les rues du Caire pour la cinquième journée consécutive pour exiger le départ du président Hosni Moubarak, ne voyant dans ses promesses de réformes qu'une tentative pour s'accrocher au pouvoir.

Au lendemain de son allocution télévisée, ce dernier a nommé, dans la journée, un nouveau premier ministre et, pour la première fois, un vice-président, le chef du renseignement Omar Souleimane.
 
Les protestations antigouvernementales qui ont éclaté mardi se sont intensifiées depuis vendredi. Aujourd'hui, des responsables de la sécurité faisaient état de 62 morts durant les deux derniers jours parmi les manifestants et les forces de l'ordre, selon des responsables de la sécurité. Environ 2000 blessés ont été recensés.
 
Vendredi, des dizaines de véhicules de police ont été brûlés au Caire, à Alexandrie et à Suez. Dans la capitale, 17 commissariats ont été incendiés et pillés. Des manifestants ont mis le feu au siège du Parti national démocratique, la formation politique d'Hosni Moubarak. Des supermarchés, des centres commerciaux et des casinos ont été pillés.
 
Aucun affrontement entre l'armée et les manifestants

Face à l'ampleur de la contestation, le chef de l'État a ordonné l'intervention de l'armée vendredi soir. Et aujourd'hui, des blindés se sont déployés dans les rues du Caire pour protéger les édifices gouvernementaux. Les militaires, cependant, ne semblaient pas intervenir pour faire respecter le couvre-feu, entré en vigueur dès 16h aujourd'hui (heure d'Égypte), soit deux heures plus tôt que la veille.
 
La police, en revanche, a ouvert le feu près de la place Tahrir sur des manifestants qui tentaient d'investir le ministère de l'Intérieur. Au moins trois personnes ont été tuées, comptabilisées dans le bilan de 62 morts.

Alors que les manifestants détestent et méprisent les policiers pour leur brutalité, ils semblent considérer que les militaires sont à leurs côtés. Par exemple, ils ont porté en triomphe un capitaine qui déchirait une photographie du président. Sur un char, un graffiti clamait «À bas, Moubarak!» Surtout, aucun affrontement n'a été signalé entre l'armée et les manifestants.
 
Des manifestants continuaient de s'en prendre aujourd'hui à des symboles de la police. Dans un quartier du Caire, un commissariat a été pillé, et les drapeaux égyptiens retirés avant que des protestataires ne mettent le feu au bâtiment.
 
Le trésor de Toutankhamon menacé

L'armée protégeait les bureaux du gouvernement mais aussi les sites touristiques, comme le Musée égyptien du Caire, qui abrite le trésor de Toutankhamon. Zahi Hawass, le chef des antiquités égyptiennes, se disait «gravement inquiet»: des immeubles voisins étaient la proie des flammes et il craignait que le musée ne soit endommagé. Dans la banlieue du Caire, les célèbres pyramides de Gizeh étaient fermées aux touristes.
 
«Ce que nous voulons, c'est que Moubarak parte, pas juste son gouvernement», confiait Mohammed Mahmoud, qui manifestait sur la place Tahrir aujourd'hui, au lendemain de l'allocution télévisée durant laquelle le président égyptien a promis de vagues réformes sociales et un remaniement gouvernemental. «Nous continuerons de manifester jusqu'à ce qu'il parte».
 
Moubarak nomme un vice-président

Hosni Moubarak a dissout son gouvernement aujourd'hui. Et pour la première fois depuis son accession au pouvoir en 1981, il a nommé un vice-président. Il a choisi Omar Souleimane, qui dirige ses services de renseignement depuis près de deux décennies, selon la télévision d'État.
 
Hosni Moubarak, 82 ans, a toute confiance en Omar Souleimane, 74 ans, qui est comme lui un ancien militaire. La nomination de cette figure centrale du régime Moubarak a toutes les chances d'être très mal accueillie par les manifestants.
 
Le président a aussi nommé un nouveau premier ministre: Ahmed Shafiq, un ancien officier de l'armée de l'air qui venait de perdre son maroquin de l'Aviation civile.
 
Ces désignations ne rompent pas avec la tradition qui, depuis l'indépendance, voit les militaires exercer un rôle prépondérant dans la vie politique égyptienne. Elles ne devraient pas calmer la rue, encouragée par l'exemple tunisien et le départ de Zine el-Abidine ben Ali, considéré jusqu'alors comme indéboulonnable.
 
Si les autorités égyptiennes cédaient à la tentation de la répression, elles risqueraient de perdre le soutien sonnant et trébuchant des États-Unis. Le président américain Barack Obama a rappelé vendredi soir à son homologue égyptien que «tous les gouvernements doivent conserver le pouvoir par le consentement et non la coercition».
 
«La violence ne répondra pas aux doléances des Égyptiens», a déclaré Obama après un entretien téléphonique d'une demi-heure avec Moubarak qu'il a appelé à tenir ses promesses et prendre des «mesures concrètes». «Réprimer des idées ne parvient jamais à les faire disparaître».
3 commentaires
  • Louise Hurteau - Inscrite 29 janvier 2011 16 h 42

    Après 30 ans de répression- ils veulent la démocracie, et pas la dictature !

    Pauvreté, injustice sociale, corruption, voilà ce que la philosophie à l'américaine de droite a amené à l'Égypte et la plupart des pays arabes. Les riches, plus riches, les pauvres toujours plus pauvres et ont atteint "the breaking point" ...

    Et ... si je puis me permettre - comment ça que c'est Obama qui parle, le président du pays qui a payé ce système dictateur 1.5 million annuellement - OU SONT LES NATIONS UNIES ?

  • Joho - Inscrite 29 janvier 2011 18 h 33

    Jean babin

    Si l'armée ne réprime pas les manifestants ce n'est pas faute d'essayer de la part de Moubarak, le sévère avertissement d'Obama concernant l'utilisation des forces armées est sans appel. Cette armée dépend des milliards de dollars que les ÉU y engloutissent et le gouvernement Obama craint par dessus tout en ce moment une utilisation du matériel militaire américains contre les civils, une telle éventualité provoquerait un rejet massif de l'Amérique dans la population et ouvrirait grande les portes aux islamistes.

    D'ailleurs les opérations militaires sur les lieux de manifestations correspondent aux volontés d'Obama lors de son point de presse, protéger les biens et les institutions contre vols et le vandalisme, pas de violence.

    Sans l'armée et sa capacité de répression les policiers sont visiblement incapables de contenir les manifestations, ils sont épuisés, ils sont détestés et si la pression baisse un instant une manifestation peut surgir à tout moment. Les manifestants sont capable de rivaliser avec la police et il s'agit d'un équilibre voulu.

    Le mouvement est donc irrépressible et la grande peur quant à une finalité démocratique s'appelle l'Algérie où un parti islamiste a remporté le pouvoir lors d'élections. Les Égyptiens eux n'ont pas peur.

  • perro blanco - Inscrit 30 janvier 2011 17 h 26

    Non, je ne partirai pas!

    Comme les choses se ressemblent peu importe où on se trouve sur la planète!
    Unanimement, les Égyptiens disent à Moubarak:«Va-t'en, on ne veut plus de toi!»
    Réponse? D'accord, je vais dissoudre le parlement et en mettre un autre en place.
    Au Québec, on demande à M. Charest de démissionner.
    Réponse? Il s'en vient des choses excitantes au Québec en 2011 (à Tout le monde en parle et à Larocque-Lapierre).
    Le peuple et toutes les instances disent: on veut une commission d'enquête sur la construction, la corruption et le financement des partis politiques.
    Réponse? C'est correct, j'ai compris, vous l'aurez votre commission Bastarache sur la nomination des juges!
    Cynisme ou dialogue de sourds?
    Réponse? Les deux, mais le sourd est toujours du même bord!