Amnistie générale en Tunisie

Un manifestant de Tunis protestant contre le parti fondé par le président déchu Ben Ali, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), embrasse un soldat. Les Tunisiens descendus dans la rue hier demandaient la démission des ministres de Ben Ali qui se sont joints au nouveau gouvernement d’union nationale. «RCD out!» criaient-ils. Pendant ce temps, le gouvernement de transition a tenu sa première rencontre, au cours de laquelle les ministres ont décrété un deuil national de trois jours et ont adopté un projet de loi d’amnistie générale.
Photo: Agence France-Presse (photo) Martin Bureau Un manifestant de Tunis protestant contre le parti fondé par le président déchu Ben Ali, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), embrasse un soldat. Les Tunisiens descendus dans la rue hier demandaient la démission des ministres de Ben Ali qui se sont joints au nouveau gouvernement d’union nationale. «RCD out!» criaient-ils. Pendant ce temps, le gouvernement de transition a tenu sa première rencontre, au cours de laquelle les ministres ont décrété un deuil national de trois jours et ont adopté un projet de loi d’amnistie générale.

Tunis — Le gouvernement tunisien de transition a décrété hier un deuil national de trois jours «en mémoire des victimes» de la «révolution de jasmin», adopté un projet de loi d'amnistie générale et décidé la reprise des cours dans les écoles et universités la semaine prochaine.

Dans la journée, des manifestants qui craignent de se faire confisquer une révolution de rue violemment réprimée par la police de l'ancien président, Zine El Abidine Ben Ali, ont continué de réclamer la démission du gouvernement. Ils protestaient contre la présence de nombreux ministres issus du régime déchu de Ben Ali.

Pendant le premier conseil des ministres de l'après Ben Ali, l'exécutif provisoire a également décidé que l'État prendrait possession des «biens mobiliers et immobiliers du Rassemblement constitutionnel démocratique» (RCD), le parti du président déchu.

«Un projet de loi d'amnistie générale a été adopté par le Conseil des ministres, qui a décidé de le soumettre au Parlement», a déclaréle ministre du Développement, Ahmed Néjib Chebbi. «Le mouvement Ennahdha sera concerné par l'amnistie générale», a précisé le ministre de l'Enseignement supérieur Ahmed Ibrahim.

Interdit et persécuté par le régime policier de Ben Ali, qui se targuait auprès de l'Occident d'être un rempart contre l'islam radical, Ennahdha avait annoncé mardi qu'il allait demander sa légalisation.

Reprise des cours

Signe important du retour vers un fonctionnement normal de la vie du pays, le gouvernement a décidé la reprise des cours dans les écoles et universités du pays. Offrant un nouveau gage de démocratisation, le gouvernement a supprimé la police politique des universités, traditionnels foyers d'agitation contre le pouvoir, «en application du principe de l'inviolabilité des campus».

«À partir de demain, la commission chargée de préparer les élections commencera à travailler. Il y a des lois à écrire, d'autres à revoir, dans un esprit de concertation avec toutes les tendances et toutes les sensibilités, sans aucune exception», a aussi déclaré Ahmed Ibrahim, chef du parti Ettajdid (ex-communiste).

Selon la Constitution tunisienne, les élections présidentielle et législatives doivent avoir lieu dans un délai de deux mois, en cas de vacance du pouvoir. Mais le premier ministre a indiqué qu'elles auraient lieu «d'ici six mois».

A Tunis, un millier de manifestants ont été autorisés pour la première fois à protester devant le siège de l'ancien parti au pouvoir, aux cris de «RCD out». «Le peuple veut la démission du gouvernement», scandaient-ils en brandissant des pancartes proclamant, comme la veille: «On n'a plus peur de vous, traîtres !»

Appui de taille

«Je suis avec vous. On ne va pas tirer sur vous, l'essentiel c'est que le rassemblement soit pacifique», leur a lancé un colonel de l'armée. Les manifestants l'ont applaudi, certains ont cueilli des fleurs pour les glisser dans les canons des chars, devant des militaires qui souriaient.

Des fonctionnaires ont déboulonné l'inscription Rassemblement constitutionnel démocratique, qui décorait en grandes lettres dorées la façade du siège du parti. Des Tunisiens contemplaient la scène en la comparant au déboulonnage de la statue de l'ancien dictateur irakien Saddam Hussein, à Bagdad à la chute de son régime en 2003.

Enfin, il manquerait bien 1,5 tonne d'or dans les coffres de la Banque centrale de Tunisie (BCT), si l'on en croit l'estimation donnée en décembre par le Conseil mondial de l'or (CMO).

Le CMO évaluait à 6,8 tonnes le stock d'or de la Tunisie, soit précisément une tonne et demie de plus que l'évaluation (5,3 tonnes) donnée mercredi par la banque centrale tunisienne. Celle-ci voulait démentir alors la fuite de la famille de Ben Ali le 14 janvier avec cette quantité d'or.

***

Avec Reuters

À voir en vidéo