Tunisie: des fidèles de Ben Ali résistent

Plus d'un millier de personnes ont célébré samedi, à Montréal, — et 200 personnes à Québec — le départ de Zine el-Abidine Ben Ali et ont rendu hommage aux personnes décédées lors de la «Révolution de jasmin».
Photo: - Le Devoir Plus d'un millier de personnes ont célébré samedi, à Montréal, — et 200 personnes à Québec — le départ de Zine el-Abidine Ben Ali et ont rendu hommage aux personnes décédées lors de la «Révolution de jasmin».

Tunis a été hier le théâtre de violents affrontements entre les forces régulières loyales au gouvernement de transition — dont la composition doit être annoncée officiellement aujourd'hui — et des miliciens armés fidèles à l'autocrate Zine el-Abidine Ben Ali, qui a pris la fuite vendredi.

Trois dirigeants de l'opposition tunisienne, Nadjib Chebbi, Moustafa Ben Jaafar et Ahmed Ibrahim, feraient leur entrée dans le gouvernement, selon l'agence de presse Reuters, qui a consulté des sources proches des discussions conduites par le premier ministre, Mohamed Ghannouchi.

Le chef du Parti démocratique progressiste (PDP), M. Chebbi, serait ministre du Développement régional. Le président du Forum pour le travail et la liberté, M. Ben Jaafer, se verrait confier le portefeuille de la Santé, tandis que M. Ibrahim, du parti Ettajdid, récupérerait celui de l'Enseignement supérieur.

Une élection présidentielle devrait, eu égard à la Constitution, se tenir au plus tard dans 60 jours, a fait savoir le conseil constitutionnel. Mais, les formations d'opposition exigent des garanties sur l'équité de la consultation populaire et suffisamment de temps pour faire campagne. À cet égard, deux partis ont d'ores et déjà souligné que le délai de 60 jours leur paraissait trop court.

À l'issue d'un entretien avec M. Ghannouchi, il y a deux jours, M. Chebbi a jugé que des élections pourraient être organisées sous supervision internationale dans un délai de six à sept mois.

Le président français, Nicolas Sarkozy, qui a rompu samedi le silence qu'il observait au sujet de la situation en Tunisie, a demandé l'organisation d'«élections libres dans les meilleurs délais».

À l'extérieur du Palais du gouvernement, des affrontements faisaient rage entre les forces régulières loyales au gouvernement transitoire et des miliciens armés fidèles au président déchu.

D'abord, les combats auraient fait deux tués dans les rangs des miliciens à un pâté de maisons du ministère de l'Intérieur. Les tirs, dans cette zone, complètement désertée par la population, ont cessé à la tombée de la nuit.

Les affrontements se sont ensuite poursuivis aux abords du palais présidentiel de Carthage, où l'armée a annoncé avoir donné, dans la soirée, l'assaut de l'établissement, dans lequel sont retranchés des éléments de la garde présidentielle de Zine el-Abidine Ben Ali. Des témoins vivant à proximité du palais, situé à plusieurs kilomètres du centre de Tunis, ont indiqué avoir entendu des tirs continus d'armes lourdes.

Un peu plus tôt dans l'après-midi, des tirs avaient également été échangés devant le siège du PDP, à l'issue desquels plusieurs personnes ont été arrêtées, dont deux étrangers, a fait savoir un des responsables de cette formation politique.

Les habitants de certains secteurs ont constitué des comités de défense, afin de décourager les pillards et les troupes fidèles au président déchu de semer le chaos. Les véhicules avec une plaque d'immatriculation gouvernementale et les véhicules loués étaient systématiquement fouillés. «Des forces spéciales qui appartiennent à l'ancien régime sèment le désordre», a affirmé un homme qui montait la garde à un barrage routier à l'extérieur de la capitale.

Un homme a été abattu alors qu'il tentait d'arrêter une ambulance avec à son bord des policiers qui tentaient de fuir, selon Euronews. D'autre part, une foule a lynché un policier sous l'oeil des caméras.

Au sommet de l'État, une certaine confusion continuait à régner, entretenue par des règlements de comptes et des arrestations de proches de M. Ben Ali. L'un des anciens hommes forts du régime, l'ex-chef de la sécurité du président, le général Ali Sériati, a notamment été arrêté dans la journée, à la demande de la justice tunisienne qui l'accuse des récentes exactions commises contre la population.

Une occasion en or pour l'ex-première dame

Pour sa part, la famille de l'ancien chef d'État ne se serait pas enfuie de Tunisie les mains vides, mais plutôt avec 1,5 tonne d'or, selon Le Monde.

La femme de M. Ben Ali, Leïla Trabelsi, se serait rendue à la Banque de Tunisie chercher des lingots d'or. Le gouverneur de l'institution financière aurait opposé une fin de non-recevoir à sa demande, mais Mme Trabelsi aurait appelé son mari, qui aurait d'abord lui aussi refusé, puis cédé. Elle a ensuite pris un vol pour Dubaï, selon les informations françaises, avant de repartir pour Djeddah. «Il semblerait que la femme de Ben Ali soit partie avec de l'or», explique un haut responsable français au journal français. «Une tonne et demie d'or, cela fait 45 millions d'euros [ou 60 millions de dollars]», ajoute une source.

Longtemps crainte, désormais conspuée, la famille de Leïla Trabelsi, seconde épouse de Zine El Abidine Ben Ali, s'est arrogé avec boulimie les richesses de la Tunisie en usant d'alliances, de corruption, de menaces et de prébendes, selon des commentateurs politiques.

Manifestation de joie

Plus d'un millier de personnes ont célébré samedi, à Montréal, — et 200 personnes à Québec — le départ de Zine el-Abidine Ben Ali et ont rendu hommage aux personnes décédées lors de la «Révolution de jasmin».

Sous la neige, les manifestants ont scandé «dégage, dégage» avec de grands gestes pour rappeler la journée de vendredi marquée par la fuite de M. Ben Ali. Ils enchaînaient avec le slogan «tu voulais 2014, on a dit le 14», faisant référence à la promesse de M. Ben Ali, avant sa fuite, de quitter le pouvoir en 2014.

Au début de la marche, Achour Ghrib, 40 ans, chantait à tue-tête avec émotion l'hymne national tunisien. «Je le chante quand il y a des matchs de sport, mais c'est la première fois que je le chante ainsi, la première fois que je sens que je suis tunisien», a lancé ce père de famille arrivé au Canada il y a un peu plus d'un an.

Beaucoup de parents avaient amené leurs enfants, parfois en poussette, pour leur faire vivre ce moment historique. C'était une première manifestation pour Myriam, 20 mois, mais aussi pour son père, Mohamed Najib, 37 ans, qui voulait célébrer «cette deuxième indépendance».

Certains se demandaient où se terre la fille de M. Ben Ali qui a acheté, avec son mari, une demeure cossue à Westmount.

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D'après Reuters, Le Monde et l'AFP

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