À 90 jours du référendum - Le Soudan continue à se déchirer

Addis-Abeba — Des négociations menées à Addis-Abeba entre nordistes et sudistes soudanais sur le sort de la région riche en pétrole d'Abyeï, à la charnière entre les deux parties du pays, se sont soldées par un échec.

Simultanément à un référendum d'autodétermination dans tout le Sud, la population de cette zone litigieuse choisira dans trois mois d'être ou non intégrée au Nord musulman ou au Sud christiano-animiste de culture sécessionniste.

«Malgré de sérieux efforts et de nombreuses discussions utiles, [les délégations] ne sont pas parvenues à un accord sur les critères d'éligibilité pour le référendum dans la région d'Abyeï», reconnaissent dans un communiqué commun le Parti du Congrès national (NCP, nordiste) et le Mouvement de libération du peuple du Soudan (SPLM, sudiste).

«Elles se rencontreront de nouveau en Éthiopie vers la fin d'octobre afin de poursuivre leurs discussions. Les deux parties continuent de rechercher les moyens d'éviter une reprise du conflit», ajoute le communiqué.

Cet échec est susceptible de remettre en cause l'ensemble du processus de paix qui a mis fin en 2005 à plusieurs décennies de guerre civile au Soudan et a de fortes chances d'être couronné par l'indépendance du Sud-Soudan — une hypothèse rejetée par Khartoum.

Un observateur présent aux pourparlers qui souhaite garder l'anonymat a déclaré que ceux-ci pourraient reprendre à la fin du mois dans la capitale éthiopienne et que l'ancien président sud-africain Thabo Mbeki s'était offert comme possible médiateur.

L'administration américaine de Barack Obama a pris part aux négociations par l'intermédiaire de son représentant spécial au Soudan, Scott Gration, et la secrétaire d'État, Hillary Clinton, a exhorté le gouvernement de Khartoum à faire preuve d'esprit d'ouverture.

Selon des négociateurs, une solution possible au problème d'Abyeï serait de renoncer au référendum spécifique à cette région et de diviser son territoire entre deux entités, l'une relevant du Nord et l'autre du Sud. Mais les deux camps ne d'accord ni sur une de ligne démarcation ni sur les critères d'appartenance à la région.

Le SPLM accuse Khartoum d'implanter dans cette région des milliers de «colons» de la tribu Missiriya, originaire du centre du pays, pour tenter de faire pencher la balance électorale en sa faveur, une accusation rejetée par les autorités centrales.

Chacun des deux camps a massé des troupes, respectivement au nord et au sud de la zone d'Abyeï.