Espoir de paix au Darfour

Scène du quotidien pour une famille de réfugiés du Darfour. L’ONU estime que le conflit a fait pas moins de 2,7 millions de déplacés depuis son déclenchement, en 2003.
Photo: Agence France-Presse (photo) Philippe Huguen Scène du quotidien pour une famille de réfugiés du Darfour. L’ONU estime que le conflit a fait pas moins de 2,7 millions de déplacés depuis son déclenchement, en 2003.

Le Soudan et la principale organisation rebelle du Darfour, le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), ont signé hier un accord de cessez-le-feu et convenu de poursuivre leurs négociations pour mettre fin à un conflit qui a fait 300 000 morts en sept ans selon l'Organisation des Nations unies.

Cette entente, qui vise la conclusion rapide d'un accord de paix définitif assorti d'une formule de partage du pouvoir, a été signée au Qatar, dont l'émir joue un rôle de médiateur depuis un an. Elle résulte aussi d'un rapprochement récent entre le Soudan et son voisin occidental, le Tchad, qui s'affrontaient jusqu'ici par mouvements rebelles interposés. Samedi dernier à N'Djaména, la capitale tchadienne, le chef du JEM, Khalil Ibrahim, s'était déjà entendu sur les grandes lignes de l'entente avec des représentants soudanais.

Trèves continuellement rompues

Les trêves précédentes au Darfour ont toujours été rompues, mais l'implication du Tchad dans le processus, de même que la tenue d'élections générales en avril au Soudan, permettent d'entretenir un peu plus d'espoir cette fois-ci.

Le JEM est considéré comme le plus important des mouvements rebelles darfouris, mais il est loin d'être le seul. Les autres groupes armés n'ont pas signé l'accord hier. Le deuxième en importance, le Mouvement de libération du Soudan, ne s'était même pas joint au processus de paix, en cours depuis un an. Il exige comme condition préalable le désarmement des milices arabes associées au gouvernement central, les Djandjaouides.

Le texte signé hier propose le 15 mars comme date-butoir pour la conclusion d'un accord de paix, mais les responsables du JEM ont minimisé l'importance de cette échéance. «Nous essayerons au moins d'avancer. Cela fait longtemps que nous n'avons pas eu de dialogue direct [avec Khartoum]. Nous sommes convaincus que c'est le bon moment pour avancer», a déclaré un des négociateurs du mouvement.

L'entente signée hier stipule que des membres du JEM, qui se transformera en parti politique, obtiendront des sièges au gouvernement central. Il prévoit aussi l'amnistie pour les combattants du JEM qui avaient participé à une attaque contre Khartoum en 2008 et qui avaient été condamnés à mort in absentia.

Le plus médiatisé des conflits d'Afrique

Le conflit au Darfour est sans doute le plus médiatisé des conflits africains. Le gouvernement américain a qualifié de «génocide» l'action du gouvernement soudanais et des milices djandjaouides. Ces accusations sont relayées par un important lobby pro-Darfour, tandis que des vedettes comme Mia Farrow et George Clooney plaident régulièrement pour une intervention internationale plus musclée dans la province soudanaise.

L'ONU et l'Union africaine ont déployé au Darfour une force de maintien de la paix dont l'efficacité a plusieurs fois été mise en doute.

La Cour pénale internationale s'est saisie du dossier darfouri. En mars 2009, ce tribunal a délivré un mandat d'arrêt contre le président soudanais, Omar el-Béchir, qu'il accuse de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité.

Un accord «différend»

L'émissaire américain pour le Soudan, Scott Gration, a déclaré hier à Doha que le nouvel accord est «différent» des précédents et qu'il a plus de chances de tenir. Cité par l'agence Bloomberg, M. Gration a aussi laissé entendre que cette nouvelle avancée vers la paix au Darfour pourrait entraîner la levée des sanctions américaines contre le Soudan, dont le sous-sol recèle des réserves pétrolières estimées à 6,7 milliards de barils.

Quelques heures avant la cérémonie de signature à Doha, hier, le JEM a accusé l'aviation soudanaise d'avoir attaqué ses positions, sans toutefois dénoncer l'accord de cessez-le-feu, qui devait entrer en vigueur à minuit, heure locale. Khartoum a démenti ces affirmations.

Depuis février 2003, le conflit au Darfour a fait environ 300 000 morts, selon l'ONU. Khartoum avance pour sa part un bilan 30 fois moins lourd et affirme que les milices djandjaouides échappent à son contrôle. La violence a également forcé plus de deux millions de personnes à quitter leur foyer, dont le dixième a trouvé refuge au Tchad.

En 2005, un accord de paix avait mis fin à vingt ans de guerre dans le sud du Soudan, un conflit encore plus meurtrier que celui du Darfour.

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Avec Reuters et l'Agence France-Presse