Darfour: une trève pour une perspective de paix

Des réfugiés du Darfour à la frontière du Soudan il y a deux ans
Photo: Reuters Des réfugiés du Darfour à la frontière du Soudan il y a deux ans

A l’issue d’un an de négociations, le gouvernement soudanais et le principal mouvement de rébellion du Darfour devaient officiellement signer aujourd’hui une trêve qui suscite l’espoir d’un retour à la paix, après sept ans de conflit meurtrier.

La signature de l’accord, annoncé samedi, devait avoir lieu à Doha, au Qatar, en présence de représentants américains, onusiens, arabes, ainsi que du président du Tchad Idriss Déby.

L’amélioration spectaculaire des relations entre le Soudan et le Tchad a donné un coup de pouce majeur à ce règlement entre Khartoum et le Mouvement pour la justice et l’égalité (JEM), dans la mesure où les deux pays s’accusaient de soutenir les rebelles l’un de l’autre.

En outre, le président soudanais Omar el-Béchir, sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre au Darfour, est pressé d’enregistrer des avancées afin d’améliorer son image tant à l’étranger que dans son pays, où des élections sont programmées en avril.

Lundi, le porte-parole du Département américain P.J Crowley a salué cet accord de cessez-le-feu provisoire, y voyant une étape importante vers la diminution des violences au Darfour.

Bien qu’un recul des affrontements ait été enregistré au cours de l’année écoulée dans cette vaste région aride de l’ouest du Soudan, environ 300 000 personnes sont mortes et 2,7 millions d’autres ont été déplacées, selon l’ONU, depuis que des tribus ont pris les armes contre le gouvernement central sous domination arabe en 2003. Divers cessez-le-feu et accords de paix ont été négociés mais aucun n’a tenu.

Des accrochages ont été signalés ce week-end au Darfour entre les JEM et les forces gouvernementales, en dépit de l’annonce de l’accord samedi. Tahir al-Faki, un haut responsable du mouvement rebelle, a déclaré que ses hommes avaient repoussé une attaque des troupes soudanaises dans l’ouest de la région et s’étaient emparés de plusieurs de leurs véhicules. «Nous négocions sur un plan politique», mais «sur un plan militaire, nous ne déposons pas les armes et sommes très vigilants», a-t-il dit.

La fin des tensions entre le Soudan et le Tchad -qui a parrainé la trêve- pourrait être le facteur décisif dans la longévité de l’accord.

«Je ne peux pas nier que des relations normales entre les deux pays représenteront une aide», a souligné Tahir al-Faki par téléphone avant de se rendre à Doha pour la cérémonie de signature.

L’accord prévoit un cessez-le-feu temporaire qui doit mener à des négociations politiques d’ici au 15 mars sur les questions touchant à un partage des richesses, des compensations et une représentation politique.

Le JEM est le plus puissant groupe rebelle du Darfour mais il n’est pas le seul. La division des rebelles menace de saper toute paix sur le terrain. Ainsi, le Mouvement de libération du Soudan (MLS), important groupe qui a lancé la rébellion, a rejeté les pourparlers de paix. Et son dirigeant, bien qu’affaibli, reste populaire parmi les réfugiés du Darfour.

Les dizaines de factions rebelles se sont regroupées au sein de deux groupes principaux pour unifier leurs exigences et participer aux négociations qui se sont tenues à Doha. Le cessez-le-feu séparé avec le JEM les a irritées, mais le gouvernement soudanais a rapidement réitéré son engagement en faveur d’un accord général.

«Nous pensons que le (conflit du) Darfour ne peut pas se régler de façon bilatérale. Nous espérons pouvoir négocier avec les autres groupes pour parvenir à un accord définitif et global», a déclaré Zmin Hassan Omar qui a dirigé les négociations, en qualifiant la trêve avec le JEM d’«avancée importante».

Le Mouvement pour la justice et l’égalité, dont le chef Khalil Ibrahim fut ministre avant de rejoindre la rébellion, presse déjà le gouvernement de repousser les élections afin de pouvoir y participer. Mais un porte-parole du gouvernement, Rabie Abdel Attie, a déclaré qu’un report du scrutin n’était pas à l’ordre du jour pour l’instant.