Niger - Le chef de la junte devient président

L’armée est sur un pied d’alerte depuis le coup d’État.
Photo: Agence Reuters Emmanuel Braun L’armée est sur un pied d’alerte depuis le coup d’État.

Niamey — La junte arrivée au pouvoir au Niger depuis moins d'une semaine a annoncé hier que son chef devenait président pour une «période de transition», tandis que le chef d'État déchu, Mamadou Tandja, restait détenu dans une villa «luxueuse».

Durant cette période, de nouvelles institutions seront créées, selon une ordonnance lue hier soir à la radio publique. «Le CSRD [Conseil suprême pour la restauration de la démocratie, junte] est l'instance suprême de conception et d'orientation de la politique de la nation, il est dirigé par un président qui exerce les fonctions de chef de l'État et de chef du gouvernement», selon l'ordonnance.

La chef d'escadron Salou Djibo, à la tête du putsch de jeudi, endosse donc le costume présidentiel. Il «nomme par décret un premier ministre et les membres du gouvernement et met fin à leur fonction», précise la déclaration des militaires sans indiquer qui occupera ces fonctions.

Appuis de la population

La rue a donné son appui à la junte avec des manifestations de soutien de milliers de personnes à Niamey, dans d'autres grandes villes du pays. Aucun trouble significatif n'a été signalé depuis.

La radio précise que l'ordonnance est relative à «l'organisation des pouvoirs pendant la période de transition», mais la durée de la transition n'est pas indiquée.

Un «organe» sera crée sous l'autorité du président du CSRD et sera chargé de rédiger un code pénal et une nouvelle Constitution qui sera soumise au référendum pour son adoption, est-il encore ajouté dans cette ordonnance.

Un Comité constitutionnel et une Cour d'État seront crées pour remplacer la Cour constitutionnelle et la Cour suprême, dissoutes après le coup d'État.

Et un Observatoire national de la Communication (ONC) remplacera le Conseil supérieur de la Communication (CSC), également dissous.

Dès leur arrivée au pouvoir, les militaires avaient suspendu la Constitution très controversée d'août 2009, dissous le gouvernement et annoncé des élections à une date non fixée.

Restaurer la démocratie

Hier après-midi, le Front uni pour la sauvegarde des acquis démocratiques (FUSAD), une importante organisation réunissant syndicats et groupes de défense des droits de la personne, avait appelé «les militaires à tenir leur promesse de restaurer la démocratie dans les délais les meilleurs».

Samedi, un membre de la junte a affirmé que la junte voulait «assainir la situation politique» et «réconcilier les Nigériens». «Nous comptons organiser les élections, mais avant, il faut assainir la situation», assurait le colonel Djibrilla Hamidou Hima.

Le Collectif des organisations de défense de droit de l'Homme (CODDH) appelait la junte à «aller vite pour aboutir à la restauration de la démocratie et au respect des droits de la personne».

La communauté internationale et l'opposition ont condamné ce coup et multiplié ces derniers jours les appels à un retour rapide aux règles démocratiques.