Après les funérailles de 41 victimes de l'effondrement d'une mosquée au Maroc - L'État est critiqué sur l'entretien des lieux de culte

Meknès, Maroc — Au lendemain des funérailles des 41 victimes tuées dans l'effondrement du minaret de la mosquée de Meknès, dans le centre du Maroc, les pouvoirs publics faisaient face à une rafale de critiques sur la maintenance des lieux de culte du royaume.

Les attaques, souvent acerbes, sur les «négligences» ont commencé à fuser lorsque les familles enterraient leurs morts, samedi après-midi, aux cris de «Allah Akbar» (Dieu est grand), près de l'immense cimetière avoisinant la mosquée désormais en ruine de Bab Berdieyinne.

Cet édifice, construit au XVIIIe siècle dans la médina (vieille ville), s'est écroulé comme un château de cartes, tuant 41 fidèles et en blessant 76, au moment de la grande prière du vendredi.

«Il y a un problème de maintenance non seulement en ce qui concerne les édifices religieux, mais aussi beaucoup d'infrastructures», a déclaré hier Amine Abdelhamid, vice-président de l'Association marocaine des droits de l'homme.

Selon lui, «il faut ouvrir une enquête objective pour déterminer les responsabilités et il ne faut pas que les responsables se cachent derrière les aléas climatiques pour expliquer ce drame».

Selon les autorités locales, l'âge de la mosquée, construite en pisé, et les fortes pluies qui se sont abattues sur la ville ces dernières semaines sont responsables de ce drame, unique dans l'histoire du royaume.

Un militant associatif de Meknès, Younes Chaker, a affirmé que le minaret manifestait déjà une «inclinaison inquiétante» avant sa chute et que les autorités locales «n'ont pas accordé suffisamment d'attention à ce bâtiment en mauvais état».

«On n'a jamais vu une telle catastrophe au Maroc», a confirmé Mohammed Darif, spécialiste des mouvements islamistes. «Il y a certes une volonté du ministère des Affaires islamiques de construire de nouvelles mosquées, mais, a-t-il confié, le drame de Meknès illustre la problématique de la maintenance des vieilles mosquées et du patrimoine religieux».

«Au lieu de reconnaître les négligences constatées au niveau des normes de sécurité et de la maintenance, les pouvoirs publics invoquent les mauvaises conditions météorologiques pour diminuer leurs responsabilités», a de son côté indiqué Samir Labdi, un consultant international.

«Aujourd'hui, c'est une mosquée; hier c'était une prison [55 morts en 2002 à El Jadida, sur la côte atlantique] et une usine [50 morts en 2008 à Casablanca]... Alors, ce sera quoi demain?», s'est interrogée Aouatif Jirari, une enseignante.

Le ministre des Affaires islamiques, Ahmed Taoufiq, a balayé ces «dures critiques», déclarant que son ministère gère un total de 50 000 mosquées.

«Les édifices religieux anciens, comme celui de Meknès, relevaient auparavant pour leur gestion des communautés religieuses locales. Maintenant, ces dernières demandent à l'État de les prendre en charge», a-t-il expliqué. Aujourd'hui, «un total de 83 mosquées au Maroc sont fermées pour réhabilitation, alors que de nombreuses autres, comme celles de Fès, Marrakech, Oujda, Tanger et Tiznit, ont été rénovées», a-t-il ajouté.