Niger - Le président chassé par l'armée

Niamey — Un Conseil suprême pour la restauration de la démocratie a annoncé hier soir à la radio d'État nigérienne la suspension de la Constitution, après un coup d'État militaire à Niamey qui a fait plusieurs morts .

Pays pauvre du Sahel, mais troisième producteur mondial d'uranium, le Niger traverse une grave crise politique qui a dégénéré en combats à l'arme lourde dans les rues de la capitale et autour du palais présidentiel. Le Conseil militaire a fermé toutes les frontières terrestres et aériennes.

«Le Conseil suprême pour la restauration de la démocratie [CSDR], dont je suis le porte-parole, a décidé de suspendre la Constitution de la sixième république et de dissoudre toutes les institutions qui en sont issues», a annoncé le colonel Goukoye Abdoulkarim. Il lisait un communiqué à la radio Voix du Sahel.

Le président nigérien, Mamadou Tandja, a été emmené par des militaires qui ont ouvert le feu sur le palais présidentiel à Niamey, ont annoncé plus tôt deux ministres nigériens, eux-mêmes arrêtés.

Le Conseil demande à «la population de garder son calme et de rester unie autour des idéaux qui animent le CSRD et qui pourront faire du Niger un exemple de démocratie et de bonne gouvernance à l'instar des autres États épris de paix et de stabilité», a poursuivi le porte-parole à la radio.

La Constitution que le CSDR affirme suspendre est celle adoptée en août dernier à l'issue d'un référendum très contesté qui a accordé une prolongation d'au moins trois ans du mandat du président Tandja, après deux quinquennats à la tête du pays sahélien. La précédente Constitution, qui limitait à deux le nombre des mandats présidentiels consécutifs, prévoyait qu'il quitte le pouvoir le 22 décembre dernier.

Pour arriver à ses fins, M. Tandja avait dissous le Parlement et la Cour constitutionnelle qui s'étaient opposés à son projet de référendum sur une nouvelle Constitution.

«C'est une situation difficile. Le président Tandja a essayé de rallonger son mandat», a dit hier le porte-parole du département d'État américain, Philip Crowley, en affirmant que les États-Unis avaient exprimé des «inquiétudes» à ce propos. «Et il est évident que cela a très bien pu précipiter ce qui s'est passé aujourd'hui», a-t-il estimé.

M. Crowley a toutefois précisé que les États-Unis ne défendaient «en aucune façon» la violence qui s'est exercée contre le pouvoir. «Mais cela souligne le fait que le Niger doit organiser des élections et former un nouveau gouvernement», a indiqué le porte-parole qui a précisé que Washington disposait encore de peu d'informations sur la situation sur place.

Le Commissaire à la paix et la sécurité de l'Union africaine (UA), Ramtane Lamamra, a rappelé que «l'UA condamne l'usage de la violence pour tout changement de pouvoir politique, pour le Niger comme pour les autres pays».

La Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) a également «condamné une fois de plus tous les actes destinés à parvenir ou à se maintenir au pouvoir par des moyens non constitutionnels».