À six mois des élections - L'opposition rwandaise est harcelée

Kigali — L'opposition rwandaise est en butte à des menaces, des agressions et du harcèlement de la part de proches du gouvernement, à six mois de l'élection présidentielle, a rapporté hier Human Rights Watch (HRW).

Selon l'organisation, le Front patriotique rwandais (RPF), le parti du président Paul Kagamé, pressenti pour remporter un second mandat de sept ans, n'accepte pas l'opposition politique ni la critique publique.

Trois partis de l'opposition ont été visés par des actes graves d'intimidation et ont rencontré des difficultés pour se faire inscrire en vue du scrutin. Selon le porte-parole de la police, Eric Karinga, une enquête sur ces accusations de harcèlement est en cours.

«Le gouvernement rwandais contrôle fermement l'espace politique», estime Georgette Gagnon, responsable Afrique de HRW. «Ces incidents [...] découragent toute opposition digne de ce nom de participer aux élections. À plusieurs occasions, le gouvernement a utilisé des accusations de participation au génocide ou d''idéologie du génocide' pour viser et discréditer ses opposants», poursuit HRW.

Le président Kagamé, ancien chef rebelle dont les forces avaient mis un terme au génocide de 1994, a ainsi indiqué que Victoire Ingabire, responsable du parti Forces démocratiques unifiées (UDF), pourrait être poursuivie. Ingabire, qui a demandé une enquête sur les crimes commis contre les Hutus par l'armée et les rebelles du RPF en 1994, a été accusée par les médias progouvernementaux de contribuer à la division ethnique. La semaine dernière, un membre de son parti a été frappé à Kigali et incarcéré, accusé d'avoir commis des crimes pendant le génocide.