Présidence tournante de l'Union africaine - Le Malawi succède à la Libye de Kadhafi

Le président de la République du Malawi, Bingu wa Mutharika, a été élu hier à la présidence de l’Union africaine. «J’accepte cette responsabilité avec humilité», a déclaré l’homme de 76 ans.
Photo: Agence Reuters Irada Humbatova Le président de la République du Malawi, Bingu wa Mutharika, a été élu hier à la présidence de l’Union africaine. «J’accepte cette responsabilité avec humilité», a déclaré l’homme de 76 ans.

Addis Abeba — Le président du Malawi a pris hier la présidence tournante de l'Union africaine (UA), succédant au controversé dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, dont l'action à la tête de l'institution était critiquée notamment par les pays d'Afrique australe et de l'Est.

«Mon frère le président de la République du Malawi, Bingu wa Mutharika va me remplacer et prendre le relais» à la tête de l'UA, a déclaré M. Kadhafi, selon la traduction officielle de ses propos tenus en arabe.

L'annonce a eu lieu après une réunion d'environ une demi-heure à huis clos entre les chefs d'État et de gouvernement des 53 États membres de l'UA, a constaté un journaliste de l'AFP. «J'accepte cette responsabilité avec humilité», a réagi M. Mutharika, 76 ans, remerciant les pays d'Afrique australe pour «leur soutien unanime et inconditionnel».

«L'Afrique n'est pas un continent pauvre, mais les populations africaines le sont alors que nous avons beaucoup de ressources naturelles», a-t-il insisté. «Nous avons des scientifiques, des ingénieurs, des artistes, des champions sportifs qui sont maintenant dans les pays occidentaux et contribuent au développement de ces pays», a-t-il regretté.

Le nouveau président de l'UA a appelé ses pairs à «plus d'actions»: «il faut aller au-delà des décisions, résolutions et déclarations et commencer à agir, le temps est venu de développer l'Afrique».

Avant le sommet, le colonel Kadhafi avait laissé entendre qu'il souhaitait rester à son poste pour finalement y renoncer hier, manifestement dépité. Des poids-lourds du continent tels que l'Afrique du Sud, l'Éthiopie et l'Ouganda s'était opposés à l'idée d'un second mandat pour le dirigeant libyen tandis que plusieurs pays, notamment sahéliens et ouest-africains, soutenaient son éventuelle candidature.

Dans son discours, il n'a pas mâché ses mots envers l'organisation africaine, en affirmant que «le président de l'UA n'a aucune prérogative».

«Si nous avons une seule voix africaine, une seule politique étrangère dans les forums internationaux, alors nous serons entendus. Si nous ne nous unissons pas, nous serons encore une fois colonisés», a-t-il averti, plaidant de nouveau pour une plus grande intégration de l'Afrique. «Je n'ai besoin d'aucun titre, je resterai sur le front pour la lutte en faveur de l'UA», a-t-il annoncé.


Hommage à Haïti

Le sommet s'était ouvert hier matin à Addis Abeba, siège de l'UA, sur un hommage au victimes du séisme de Haïti, où un puissant séisme a tué 170 000 personnes environ et dévasté la capitale et ses environs, faisant plus d'un million de déplacés, le 12 janvier.

«Ce qui arrive en Haïti est une tragédie qui transcende les frontières. L'Afrique étant la terre d'origine de ces populations haïtiennes meurtries, elle est au premier chef concernée», a déclaré le président de la commission de l'UA Jean Ping.

Il a évoqué la dette de l'Afrique vis-à-vis de Haïti, «première République noire du monde en 1804, qui a porté le flambeau de l'émancipation du peuple noir et a payé un lourd tribut pour cela».


Violence aux femmes et aux enfants

Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a annoncé hier à Addis Abeba la nomination prochaine de la commissaire européenne sortante Margot Wallström au poste d'envoyée spéciale pour les violences faites aux femmes et aux enfants dans les conflits.

«Je suis horrifié et révolté par le recours au viol comme arme de guerre», a-t-il déclaré lors de son discours prononcé à l'ouverture de ce 14e sommet de l'Union africaine. «Nous ne devons ménager aucun effort pour y mettre un terme une fois pour toutes.»

Évoquant la situation en République démocratique du Congo, M. Ban avait fait part samedi à l'AFP de sa préoccupation devant «les violations des droits de l'homme dans ce pays» et avait annoncé son intention de «nommer au plus tôt un représentant spécial sur les violences faites aux femmes».