Mauritanie - L'esclavage perdure malgré la loi

Nouakchott — L'esclavage reste de mise en Mauritanie malgré l'abolition officielle de cette pratique multiséculaire, a déclaré hier une spécialiste des Nations unies au terme d'un séjour de dix jours dans ce pays à cheval entre l'Afrique noire et le Maghreb.

Lors d'une conférence de presse, Gulnara Shaninian, rapporteur spécial de l'ONU sur les formes contemporaines de l'esclavage, ses causes et ses conséquences, a indiqué que la législation de 2007 criminalisant cette pratique n'est pas correctement appliquée dans les faits.

Selon elle, les victimes ne sont pas incitées à dénoncer publiquement les abus subis. «Il existe en Mauritanie toutes les formes d'esclavage: travail des enfants, travail domestique, mariages d'enfants et trafic d'être humains», a-t-elle dit.

«La législation n'est qu'un simple chiffon de papier si elle n'est pas appliquée dans les faits», a-t-elle ajouté, invitant les pouvoirs publics à étoffer l'arsenal législatif existant par des lois spécifiques propres aux pratiques en matière de travail, de citoyenneté et d'immigration.

Les ONG mauritaniennes de défense des droits de la personne évaluent à 18 %, sur une population totale d'environ trois millions, le nombre d'habitants de ce pays semi-désertique vivant dans l'esclavage, une pratique ancrée dans une solide tradition de maîtres arabo-berbères possédant ou exploitant la communauté négro-africaine. Boubacar Messaoud, du groupe de pression anti-esclavagiste SOS-Esclaves, s'est réjoui des conclusions du rapporteur spécial des Nations unies.

«Le fait qu'elle reconnaisse ces réalités est un motif de satisfaction pour nous. Cela nous aidera à convaincre les autorités de lutter contre ce problème.»

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