Sénégal - Un cadeau au représentant du FMI !

Le 25 septembre, Alex Segura, représentant résident du FMI au Sénégal était invité au palais présidentiel de Dakar pour un dîner d'adieu. À la fin du repas, l'aide de camp du président Abdoulaye Wade lui remet une mallette avec une «forte somme d'argent». Il informe sa remplaçante et tous deux décident d'alerter le bureau d'éthique du Fonds. Sécurité oblige, l'argent ne doit pas rester à la résidence du FMI à Dakar. Le haut fonctionnaire espagnol prend l'avion avec ce cadeau, arrive à Barcelone et alerte son bureau à Washington. Le 6 octobre, il rend finalement l'argent à l'ambassadeur du Sénégal en Espagne, tandis que le FMI rend le montant du cadeau public: 100 000 euros et 50 000 dollars en liquide.

L'affaire a provoqué un tollé dans la presse sénégalaise. Car 100 000 euros, c'est bien plus qu'une statuette. Attaquée de toutes parts, la présidence sénégalaise a fini par publier un communiqué la semaine dernière. «Selon nos traditions, lorsque quelqu'un, qui est resté longtemps chez nous, nous quitte, on lui offre un cadeau», explique le texte, qui pointe «une erreur» sur le montant. «L'aide de camp s'est trompé sur la somme et s'est aperçu par la suite de son erreur.» Pour preuve de son «désintéressement», la présidence indique que Segura «n'était pas l'ami du Sénégal. Il a même été le plus souvent dur dans ses appréciations». De fait, l'envoyé du FMI avait souvent critiqué la gestion des fonds publics par l'État sénégalais.

Interrogé sur le sujet, Wade n'a pas voulu s'expliquer de vive voix. «Le communiqué est le dernier mot sur cette question», a-t-il tranché, énervé. Pour lui, l'affaire est close, mais l'opposition ne compte pas en rester là. Elle demande des explications et appelle le président sénégalais à démissionner.

Hélène Tine, de l'Alliance des forces de progrès, y voit «un aveu de malgouvernance. Cette affaire ternit l'image du pays». «Cette pratique est intolérable pour une démocratie, ajoute Seydou Gueye de l'APR YaaKaar, il faut prendre des sanctions.» Selon le Parti socialiste, «la gravité des faits est telle que les institutions internationales ont l'impérieuse obligation de sévir, sans quoi tous leurs discours sur la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption apparaîtront comme des slogans commodes sans effet pratique».

L'opinion publique oscille entre humour et colère au sujet de la «valise empoisonnée». Un retraité s'indigne: «Cet argent pouvait être utilisé à d'autres fins.» Une chômeuse se fâche: «C'est un scandale. En ce moment, on subit les inondations. Il est inopportun d'offrir un cadeau aussi colossal.» Le Sénégal a beau être le pays de la «teranga» (hospitalité), il y a quand même des limites...

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