Afrique du Sud - L'ANC fait la fête et conforte sa majorité

Célébrations à Johannesburg
Photo: Agence Reuters Célébrations à Johannesburg

Pretoria — Des milliers de partisans du tribun zoulou Jacob Zuma, assuré de son sacre à la présidence de l'Afrique du Sud avec une confortable majorité, fêtaient hier soir la victoire aux élections du 22 avril, dont les résultats définitifs se faisaient attendre.

Les résultats partiels plaçaient le Congrès national africain (ANC), au pouvoir depuis les premières élections multiraciales de 1994, autour des deux tiers des suffrages.

L'ancien mouvement de lutte contre l'apartheid a recueilli 66,3 % des suffrages sur les bulletins dépouillés à 16h GMT (70 % des inscrits), soit plus de dix millions de voix, a indiqué la Commission électorale.

«Nous avons sans conteste possible reçu le mandat du peuple, a déclaré la porte-parole de l'ANC, Jesse Duarte. Avec dix millions de voix, le message est clair. Il n'est pas question de revenir en arrière.»

Les résultats définitifs officiels ne seront pas annoncés avant aujourd'hui, pour des raisons de procédure, la Commission ayant précisé devoir auparavant lever toutes les objections formulées devant elle.

L'opposition se cristallisait autour de deux partis, l'Alliance démocratique (DA), issue de l'ex-opposition blanche au système raciste (16 %), et le Congrès du peuple (Cope), formé en décembre par des dissidents de l'ANC après la démission forcée de l'ex-président Thabo Mbeki (8 %).

Au sud de Johannesburg, la fête battait son plein. «Zuma à Pretoria», chantaient en zoulou des supporteurs impatients. Le populaire chef de l'ANC devait prononcer un discours dans la soirée.

Le nouveau Parlement élira le président de la République en session extraordinaire le 6 mai. Zuma devrait prêter serment à Pretoria le 9.

La presse n'a pas attendu pour saluer à l'unanimité le «raz-de-marée» ANC. Le parti a «confirmé l'ampleur de son soutien malgré de nombreux défis de la campagne», soulignait le quotidien The Times.

Outre l'apparition du Cope, le parti a dû batailler contre les doutes sur l'intégrité de Zuma, qui a bénéficié in extremis d'un abandon de poursuites pour corruption à son encontre.

«Jacob Zuma et l'ANC ont mené une campagne brillante et réussi à faire passer les élections de 2009 pour un duel entre les riches noirs et blancs d'un côté, et la grande majorité des pauvres noirs de l'autre», analysait l'hebdomadaire Mail and Guardian.

Zuma, orphelin de père et fils d'une femme de ménage, «a fait en sorte de s'identifier à la marginalisation des pauvres», poursuivait le journal. Mais, attention, «ils se retourneront contre lui s'il échoue à répondre aux attentes».

L'Afrique du Sud est la première économie du continent, mais plus de 43 % de sa population vit sous le seuil de la pauvreté et le chômage frôle les 40 %. Des statistiques susceptibles d'empirer alors que le pays entre en récession pour la première fois depuis 17 ans.

Autres fléaux: 50 homicides sont recensés quotidiennement et le pays compte le plus grand nombre de séropositifs au monde: 5,5 de ses 48 millions d'habitants.

«Le plus grand défi pour Zuma réside dans les espoirs de la classe ouvrière et des pauvres, qui sont en grande partie derrière le phénomène Zuma», renchérissait l'analyste Aubrey Matshiqi, dans le quotidien The Star.

«Ces électeurs ont [...] l'espoir d'être sauvés par Zuma, un homme à qui ils ont donné leur soutien parce qu'il a la même origine qu'eux, poursuivait le chercheur. Mais la réalité est que l'État post-apartheid n'est pas en mesure de répondre à leurs aspirations dans un futur proche.»