Les deux travailleuses humanitaires enlevées au Darfour sont vivantes et en bonne santé

Les ravisseurs des deux travailleuses humanitaires enlevées au Darfour ont menacé dimanche d'exécuter leurs otages si le gouvernement français n'ordonnait pas un nouveau procès pour les membres de l'association L'Arche de Zoé, qui ont tenté, il y a près de deux ans, de transférer du Tchad vers la France plus de 100 enfants présentés comme des orphelins de la guerre civile. Prise au centre des tirs croisés diplomatiques, la travailleuse humanitaire canadienne Stéphanie Jodoin tient bon.

Les deux travailleuses humanitaires de l'ONG Aide médicale internationale (AMI) enlevées dans la nuit du 4 au 5 avril au Darfour, dans l'ouest du Soudan, Stéphanie Jodoin et Claire Dubois, sont en vie et semblent en bonne santé, selon l'Agence France-Presse.

«On nous traite bien. On ne sait pas où on est», a affirmé dimanche par téléphone satellite à l'AFP une personne qui se présentait comme l'otage canadienne Stéphanie Jodoin. «On souhaite beaucoup de courage [à nos familles]. On souhaite que tout se termine bien. On pense à eux très fort», a-t-elle ajouté.

L'interlocutrice qui s'exprimait sous le contrôle de ses ravisseurs a indiqué que sa collègue française se nommait Claire Dubois. Basées à Ed el Fursan, dans le sud du Darfour, les deux femmes ont été enlevées par un groupe d'hommes armés.

Stéphanie Jodoin et Claire Dubois seraient aux mains des Aigles de la libération de l'Afrique, selon un des membres de cette organisation avec qui le correspondant de l'AFP s'est entretenu. «Nous sommes un nouveau groupe. Certains d'entre nous sont d'anciens rebelles et d'autres ne le sont pas. Une partie d'entre nous vient des tribus arabes [du Darfour], mais nous ne voulons pas faire la différence entre Arabes et non-Arabes», a indiqué le ravisseur qui a refusé de dévoiler son identité, mais ne s'est pas gêné pour proférer des menaces à l'encontre de ses otages.

L'Arche de Zoé

L'homme qui s'exprimait en arabe a affirmé que les Aigles de la libération de l'Afrique ciblaient «pour l'instant» des ONG françaises en raison de l'affaire de L'Arche de Zoé. Six membres de l'association L'Arche de Zoé avaient été condamnés par la justice tchadienne pour avoir tenté de transférer du Tchad vers la France 103 enfants présentés comme orphelins de la guerre civile au Darfour, région voisine du Tchad. Ils avaient été transférés dans une prison française en décembre 2007. Trois mois plus tard, ils étaient graciés par le président tchadien, Idriss Deby Itno. «Nous demandons à la France de rouvrir le dossier des criminels de L'Arche de Zoé et de les juger devant un tribunal juste», a-t-il déclaré à Reuters. «Si le gouvernement français n'est pas sérieux dans les négociations avec nous et n'accède pas à notre requête, nous tuerons les deux travailleuses humanitaires», a-t-il ajouté.

À Paris, le ministère des Affaires étrangères et l'Élysée se sont refusés à tout commentaire. Le président de L'Arche de Zoé, Éric Breteau, a quant à lui affirmé qu'il était prêt à un nouveau procès si cela pouvait permettre la libération des otages. «Si un procès de L'Arche de Zoé peut sauver des vies, j'y suis prêt», a-t-il dit.

«Nous travaillons pour libérer les otages de façon pacifique», a de son côté déclaré dimanche le responsable du protocole au ministère soudanais des Affaires étrangères, Ali Youssif. Mais Khartoum ne serait pas «en première ligne» des négociations avec les ravisseurs, selon un responsable local qui a affirmé que l'ONG et les autorités françaises étaient à la tête des pourparlers.

Aucun commentaire d'Ottawa

Le ministère des Affaires étrangères du Canada n'entend pour sa part «émettre aucun commentaire ou information qui pourrait mettre en danger les efforts actuels ou mettre en danger les personnes concernées». La porte-parole du ministère Lisa Monette a néanmoins indiqué que les Affaires étrangères sont «en contact avec l'ONG et d'autres parties afin d'obtenir la libération de la Canadienne et de la citoyenne française».

Il s'agit du deuxième enlèvement de travailleurs humanitaires au Darfour depuis la délivrance d'un mandat d'arrêt par la Cour pénale internationale, le 4 mars, contre le président soudanais Omar el-Béchir pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Cinq membres de Médecins sans Frontières — dont l'infirmière canadienne Laura Archer — avaient été enlevés le 11 mars dans un autre secteur du Darfour et libérés moins de trois jours plus tard.

Dans un entretien publié en ligne sur ReliefWeb, un site administré par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies, Stéphanie Jodoin expliquait qu'«il est indispensable que nous soyons proches des populations auprès desquelles nous travaillons. Si cette attitude concourt à la sécurité des équipes, elle nous permet surtout d'accéder à un maximum de bénéficiaires, et c'est là notre challenge permanent».