Afrique du Sud - Zuma est blanchi

Des partisans de Jacob Zuma ont manifesté leur joie hier, à Johannesburg.
Photo: Agence Reuters Des partisans de Jacob Zuma ont manifesté leur joie hier, à Johannesburg.

Pretoria — Le Parquet général sud-africain a abandonné hier les poursuites pour corruption contre le favori à la présidence Jacob Zuma, chef de l'ANC, qui pourrait devenir le prochain président de la République, ans trois semaines des élections générales.

Le procureur général Mokotedi Mpshe a précisé, à l'appui de sa décision, que des «irrégularités de procédure» avaient été commises et que l'ancien patron de la brigade criminelle avait manipulé le système légal. L'affaire est donc classée et la procédure pour corruption, fraude, blanchiment d'argent et racket qui durait depuis huit ans est éteinte, a indiqué le procureur général.

Le procureur, qui ne s'est pas prononcé sur le fond du dossier, a expliqué avoir pris la «décision [la] plus difficile de sa carrière» après avoir reçu de nouveaux éléments communiqués par la défense du chef du Congrès national africain (ANC).

Ces documents, des enregistrements de conversations téléphoniques, ont prouvé que l'ancien chef des services d'enquête du NPA, Leonard McCarthy, s'était conduit de manière inappropriée au moment de l'inculpation de Jacob Zuma. M. Mpshe a estimé que M. McCarthy avait abusé de ses pouvoirs pour servir des motifs extérieurs à l'intérêt de la justice, au moment où il a décidé de la date de l'inculpation du dirigeant politique.

Le tribun zoulou avait été inculpé pour corruption, racket et fraude fiscale, en décembre 2007, quelques jours après avoir pris la tête de l'ANC au président Thabo Mbeki.

M. Mpshe a refusé de se prononcer sur une intervention de Thabo Mbeki dans le dossier. «Je n'ai pas trouvé de preuves suffisantes à ce sujet», a-t-il seulement dit.

Jacob Zuma était soupçonné d'avoir sollicité des pots-de-vin auprès de la filiale sud-africaine du groupe d'armement français Thales pour la protéger d'une enquête judiciaire.

Cet homme politique très populaire, qui a toujours assuré être victime d'un complot, devrait devenir président de la République après les élections générales du 22 avril. Selon un sondage récent, l'ANC dispose en effet de 64,7 % des intentions de vote aux élections.

La décision du NPA a été acclamée dans plusieurs villes du pays par des centaines de ses partisans. Dans le centre de Johannesburg, où 500 militants ont dansé et chanté en son honneur, un bus à deux étages arborait la mention: «Après huit ans, le harcèlement du NPA est finalement terminé. Zuma est notre président.»

Mais, dans les rangs de l'opposition, l'humeur était tout autre. Le principal parti d'opposition, l'Alliance démocratique (DA), a qualifié la décision de révoltante et a indiqué étudier les recours judiciaires possibles pour éviter que le dossier ne soit complètement enterré.

«La confiance dans notre justice est érodée», a ajouté Mvume Dandala, le candidat à la présidence du Congrès du Peuple [Cope], un nouveau parti formé en décembre par des dissidents de l'ANC.

L'abandon des poursuites évitera à l'Afrique du Sud d'avoir un président susceptible d'être condamné en cours de mandat, rien dans la Constitution n'interdisant les poursuites contre un président en exercice.