Un travailleur humanitaire canadien aurait été enlevé au Darfour

Khartoum — Deux travailleurs humanitaires de l'ONG Aide médicale internationale (AMI), une femme de nationalité française et un Canadien, ont été enlevés samedi au Darfour, région de l'ouest du Soudan en guerre civile où le travail des organisations humanitaires est devenu encore plus risqué, ont affirmé hier soir l'AMI et des représentants des autorités soudanaises.

L'ONG française a annoncé que les deux travailleurs humanitaires expatriés avaient été enlevés dans la nuit de samedi à dimanche à Ed el-Fursan au Darfour-Sud, à une centaine de kilomètres du Tchad, par des hommes armés non identifiés, sans préciser leur identité.

Mais le responsable du protocole au ministère soudanais des Affaires étrangères, Ali Youssef, a affirmé qu'ils étaient français et canadien. «Une personne est de nationalité française, l'autre de nationalité canadienne», a déclaré à l'AFP M. Youssef, confirmant ainsi des informations circulant sur un site Internet proche des services de renseignements soudanais.

Le Centre soudanais des médias a indiqué sur son site Internet qu'une rançon avait été demandée par les ravisseurs, information qui n'a pas été confirmée par Ali Youssef. «Le gouvernement soudanais fait de son mieux afin de les libérer», a-t-il assuré.

Pour sa part, le ministère canadien des Affaires étrangères a indiqué hier qu'il menait des recherches sur le possible enlèvement samedi au Soudan d'un ressortissant canadien.

«Le ministère des Affaires étrangères et du Commerce international mène actuellement des recherches à propos de rapports indiquant qu'un citoyen canadien manque à l'appel au Soudan», a indiqué une porte-parole du ministère, Lisa Monette, dans un courriel.

«La mission canadienne au Soudan est en contact avec les autorités pour réunir des informations supplémentaires et est prête à donner de l'aide consulaire. Aucune autre information n'est disponible pour le moment», précise la porte-parole.

Une série noire

Selon un responsable local ayant demandé l'anonymat, les deux travailleurs humanitaires expatriés ont été enlevés avec deux employés soudanais de l'AMI. «Les deux employés nationaux ont été relâchés, et on ne sait toujours pas où sont les deux membres internationaux», a-t-il indiqué.

Au Darfour depuis fin 2004, Aide médicale internationale est implantée à Khor Abe-che et Ed el-Fursan, la coordination étant assurée depuis une base à Nyala, la capitale du Darfour-Sud.

Deux employés soudanais de cette ONG avaient été tués à la mi-février dans une attaque par des hommes à cheval et à chameau près de Khor Abeche. Un travailleur humanitaire soudanais travaillant pour l'ONG canadienne Fellowship for African Relief a aussi été tué en mars au Darfour-Ouest.

L'enlèvement des deux mem-bres d'Aide médicale internationale survient trois semaines après celui de cinq employés — un Français, un Italien, une Canadienne et deux Soudanais — de la section belge de Médecins sans frontières (MSF-Belgique) au Darfour-Nord. Les otages occidentaux avaient été libérés trois jours plus tard.

L'enlèvement des travailleurs humanitaires de MSF et de l'AMI est intervenu après l'émission d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) contre le président soudanais Omar el-Béchir, pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité au Darfour.

Khartoum avait réagi en expulsant 13 ONG internationales actives au Darfour et annoncé un vaste plan de nationalisation des organisations humanitaires travaillant dans cette région aussi grande que la France.

Malgré cela, «on poursuivait notre programme, on n'était pas visés», a déclaré hier à l'AFP Frédéric Mar, responsable communication et développement de l'AMI.

La situation était déjà difficile sur le terrain avant la décision de la CPI, mais plusieurs organisations jugent maintenant que la sécurité s'est détériorée et complique encore plus leur travail.

La guerre civile au Darfour a fait 300 000 morts depuis 2003 selon l'ONU — seulement 10 000 selon Khartoum — ainsi que 2,7 millions de déplacés. Samedi, l'envoyé spécial des États-Unis, Scott Gration, a estimé que la situation humanitaire au Darfour était «sur le point de s'aggraver».