Naufrage au large des côtes libyennes - Plus de 300 clandestins meurent noyés

Des rescapés du naufrage de quatre bateaux chargés de clandestins.
Photo: Agence Reuters Des rescapés du naufrage de quatre bateaux chargés de clandestins.

Tripoli — Plus de 300 émigrants africains, parmi lesquels des femmes et des enfants, ont probablement péri noyés après le naufrage de quatre bateaux au large des côtes libyennes, ont fait savoir hier les autorités.

Vingt-trois corps ont été recueillis par les garde-côtes libyens près des épaves de trois embarcations de fortune parties du village de Sidi Belal, près de Tripoli, selon des responsables de la sécurité cités par le principal quotidien libyen, Oea. Autant de rescapés ont pu être secourus.

L'un des bateaux transportait 365 personnes alors qu'il était censé n'en accueillir que 75. Les quatre embarcations avaient quitté la Libye entre samedi et dimanche, apparemment pour gagner l'Italie. Parmi les disparus figurent des ressortissants de Somalie, du Nigeria, d'Érythrée, des régions kurdes de Syrie, d'Algérie, du Maroc, des territoires palestiniens et de Tunisie, selon les autorités libyennes.

Un quatrième navire, qui transportait plus de 350 clandestins, est tombé en panne près du gisement de pétrole offshore de Bouri, mais les garde-côtes libyens l'ont remorqué jusqu'au port de Tripoli et en ont secouru tous les occupants.

«Il semble que trois bateaux aient coulé au large des côtes libyennes. Ces bateaux n'ont pas de matériel de sauvetage à bord. Plus de 300 personnes semblent avoir disparu en mer», a déclaré à Genève le porte-parole de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), Jean-Philippe Chauzy.

«Elles n'étaient pas assez près du rivage pour regagner la côte à la nage», a-t-il poursuivi. L'OIM n'a connaissance d'aucun survivant à bord de ces trois embarcations.

«Départs massifs»

L'OIM a fait état de «départs massifs» de Libye au cours des dernières 36 heures. Point de départ de nombreux Africains en partance pour l'Europe, la Libye, a signé en février un accord avec l'Italie pour tenter d'endiguer le flot des clandestins. Il entrera en vigueur le 15 mai sous la forme de patrouilles conjointes.

«Il s'agit peut-être d'un argument que les passeurs exploitent en disant aux immigrants: "c'est maintenant ou jamais"», a fait valoir Laurence Hart, représentant de l'OIM à Tripoli. L'île italienne de Lampedusa a vu arriver l'an dernier 37 000 clandestins en provenance de Libye pour la plupart.

Antonio Guterres, haut commissaire de l'ONU pour les réfugiés (HCR), a déploré cette série d'incidents qui marquent le début de la «saison» des transferts clandestins en Méditerranée.

L'ancien premier ministre portugais a parlé du «dernier et tragique exemple en date d'un phénomène mondial qui voit des personnes désespérées prendre des initiatives désespérées pour échapper aux conflits, aux persécutions et à la pauvreté dans la quête d'une vie meilleure».

Une équipe du HCR fait route vers la région afin d'interroger les migrants qui ont été envoyés dans les centres de rétention des environs de Tripoli.

Entre un million et un million et demi d'Africains en situation irrégulière se trouvent en Libye, attirés par les emplois non qualifiés. Beaucoup tentent de gagner de quoi payer un trafiquant qui leur obtiendra une place sur un bateau en partance pour l'Europe.

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