L'expulsion des organisations humanitaires aggrave la situation au Darfour

Avec le départ forcé des organisations humanitaires au Darfour, il y a moins de centres médicaux, moins de bras pour aider à construire des abris ou distribuer l’aide.
Photo: Agence France-Presse (photo) Avec le départ forcé des organisations humanitaires au Darfour, il y a moins de centres médicaux, moins de bras pour aider à construire des abris ou distribuer l’aide.

L'impact de l'expulsion des organisations humanitaires au Darfour — un ordre donné par Khartoum en réaction aux poursuites du CPI contre le président el-Béchir — se fait grandement sentir sur le terrain.

Camp De Zamzam — Chaque jour, un camion militaire livre des cargaisons d'eau dans le camp de Zamzam. Ce n'est pas le travail de la Mission conjointe des Nations unies et de l'Union africaine au Darfour, mais après l'expulsion des organisations humanitaires, la MINUAD contribue à combler les manques laissés par leur départ. Le réseau d'aide humanitaire, désormais décapité, avait une importance vitale pour les habitants du Darfour, où six années de conflit ont fait 2,7 millions de déplacés et 300 000 morts.

Avant même l'ordre d'expulsion donné par Khartoum, les organisations humanitaires avaient du mal à gérer l'afflux de personnes déplacées. Le mois dernier, la population du camp de Zamzam avait presque doublé, avec 37 000 nouveaux arrivants.

Désormais, il y a moins de centres médicaux, moins de bras pour aider à construire des abris ou distribuer l'aide. La violence risque de se développer, comme samedi lorsque des hommes armés ont pillé l'entrepôt de l'une des organisations expulsées, Oxfam, dans un autre camp du Darfour, Al-Salam.

L'expulsion de 13 ONG internationales et trois autres associations soudanaises a été ordonnée par mesure de rétorsion contre la décision, annoncée le 4 mars par la Cour pénale internationale (CPI), de délivrer un mandat d'arrêt à l'encontre du président Omar el-Béchir, accusé de crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis au Darfour.

Les groupes expulsés représentaient environ 40 % du personnel humanitaire dans la région. Ceux qui sont restés sur place ont prévenu qu'une crise très grave risquait de survenir d'ici quelques mois, avec la détérioration des conditions sanitaires et l'émergence d'épidémies.

Le gouvernement soudanais estime que ces avertissements sont «prématurés», affirmant pouvoir gérer la situation humanitaire avec l'aide des agences des Nations unies et des organisations restées sur place. Mais de nombreux réfugiés se méfient profondément de l'aide du gouvernement et soupçonnent Khartoum de vouloir les faire partir des camps.

L'eau reste la principale inquiétude dans le camp de Zamzam. Avec l'aide de l'UNICEF, le Fonds de l'ONU pour l'enfance, une agence gouvernementale a foré 40 puits mais ces efforts sont insuffisants, de nouveaux réfugiés arrivant sans cesse. Les soldats de la MINUAD apportent sur place 45 000 litres d'eau chaque jour.

L'hôpital permanent du camp est fermé et le centre de soins mobile du gouvernement n'arrive pas à répondre à toute la demande.

Trois organisations humanitaires expulsées menaient des programmes dans le camp de Zamzam. Dans les locaux de l'une de ces ONG, CHF International, des toits en paille sont empilés dans un coin. Au lieu d'être utilisés pour construire de nouveaux abris, ils sont conservés par le gouvernement, tandis que les réfugiés collectent des branches d'arbre pour se protéger du soleil.