Les préservatifs et le sida - Les déclarations du pape suscitent un tollé

Benoît XVI hier, à son arrivée à la basilique de Yaoundé.
Photo: Agence Reuters Benoît XVI hier, à son arrivée à la basilique de Yaoundé.

Face aux critiques qui se multiplient dans le monde, le Vatican a défendu hier l'opposition du pape Benoît XVI à l'utilisation du préservatif pour endiguer la propagation du sida.

Dans l'avion qui le conduisait mardi en Afrique, le souverain pontife a déclaré que la distribution de préservatifs n'était pas un moyen de lutte contre la pandémie, mais qu'au contraire elle aggravait le problème.

Militants de lutte contre le sida, médecins et hommes politiques ont dénoncé le caractère peu scientifique et dangereux de cette position et son absence de réalisme.

Pour Quentin Sattentau, professeur d'immunologie à l'université d'Oxford, «cela représente un grand pas en arrière en matière d'éducation sanitaire, c'est totalement contre-productif et risque d'entraîner une augmentation des contaminations par le VIH en Afrique et ailleurs». «Il existe un vaste corpus de témoignages publiés démontrant que l'utilisation du condom réduit le risque de contamination par le VIH mais n'entraîne pas d'augmentation de l'activité sexuelle», a-t-il dit.

Relevant «l'énorme influence» du souverain pontife dans le monde, l'ONG britannique Oxfam s'est inquiétée des répercussions «sur les gens eux-mêmes», qui pourraient décider de ne pas utiliser de préservatif, et «sur les programmes qui les fournissent».

Les enseignements

L'Église enseigne que la fidélité au sein du mariage hétérosexuel et l'abstinence sont les meilleurs moyens d'endiguer le sida. Interrogé sur les critiques, le père Federico Lombardi, porte-parole du Vatican, a répondu que le pape maintenait «la position de ses prédécesseurs».

Le Vatican affirme que le préservatif peut entraîner une augmentation des comportements à risques, ce que contestent de nombreux scientifiques, à l'instar de Kevin De Cock, directeur du département VIH/sida à l'Organisation mondiale de la santé. «Nous disons que les préservatifs sont très efficaces pour prévenir la transmission du VIH s'ils sont utilisés correctement et régulièrement», a-t-il expliqué dans une interview.

Un continent en crise

Le monde compte quelque 33 millions de séropositifs et le sida a déjà tué 25 millions de personnes. «Tout ce qui réduira le sida sur un continent en crise tel que l'Afrique doit être le bienvenu», a réagi Adeleke Agbola, juriste au Nigeria, le pays le plus peuplé d'Afrique.

«Lorsque le pape dit que [les préservatifs) ne sont pas bons, c'est comme s'il disait que voyager en avion n'est pas sûr à 100 % et qu'il faut donc ne plus le faire», s'insurge le Dr Pat Matemilola, coordinateur du Réseau des personnes vivant avec le VIH/sida au Nigeria.

Le New York Times écrivait hier dans un éditorial que le pape n'est pas crédible lorsqu'il «déforme des conclusions scientifiques» sur le préservatif.

Pour la ministre belge de la Santé, Laurette Onkelinx, «de tels propos, tenus par le chef de l'Église, au XXIe siècle, en dépit des recommandations unanimes du monde scientifique en la matière, sont le reflet d'une vision doctrinaire dangereuse».

«Ses déclarations pourraient anéantir des années de prévention et de sensibilisation et mettre en danger de nombreuses vies humaines», ajoute-t-elle dans un communiqué.

En France, l'ancien premier ministre Alain Juppé a estimé que «ce pape [...] vit dans une situation d'autisme total. Aller dire en Afrique que le préservatif aggrave le danger du sida, c'est d'abord une contre-vérité et c'est inacceptable pour les populations africaines et pour tout le monde», a-t-il dit sur France Culture.

Des signes de désaccord ont surgi au sein même de l'Église catholique. «Quiconque est séropositif et est sexuellement actif, quiconque a plusieurs partenaires, doit protéger les autres et lui-même», a déclaré Hans-Jochen Jaschke, évêque auxiliaire de Hambourg.

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