MSF visé par un enlèvement au Darfour - Le mystère demeure au sujet de l'identité des ravisseurs

Khartoum — Des partisans du président Omar el-Béchir, des bandits de grand chemin, des milices arabes locales? L'identité des auteurs du rapt d'humanitaires de Médecins sans Frontières au Darfour restait un mystère hier, au lendemain de leur libération.

Quatre membres de la section belge de l'ONG française Médecins sans frontières (MSF) avaient été enlevés mercredi au Darfour, dans l'ouest soudanais, par des inconnus. Le Français Raphaël Meunier, la Canadienne Laura Archer, l'Italien Mauro d'Ascanio et le Soudanais Sharif Mohamadin ont été relachés samedi par leurs ravisseurs.

«Tout va bien, on n'a pas été maltraités», avait brièvement déclaré à la presse le Français, peu après sa libération, samedi à El-Facher, au Darfour-Nord. Les trois Occidentaux ont ensuite été transférés dans la capitale soudanaise où on était sans nouvelles d'eux dimanche.

Au-delà du soulagement, plusieurs pièces manquent toujours au puzzle de ce premier véritable enlèvement d'humanitaires internationaux au Darfour depuis le début de la guerre civile en 2003 dans cette région grande comme la France.

Des hommes armés sont entrés mercredi soir dans le bureau des membres de MSF à Saraf Omra, une localité située à une centaine de kilomètres à l'est du Tchad, à la lisière du Darfour-Sud et du Darfour-Nord dans un secteur nommé Kebkabiya, réputé être contrôlé par des milices arabes locales.

«Saraf Omra est un secteur sous le commandement de Musa Hilal [un important chef de milices arabes], qui est conseiller du président soudanais. Je ne pourrais pas dire s'il y a un lien ou non entre les deux, mais clairement ça s'est passé dans son secteur», a déclaré Fouad Hikmat, analyste à l'International Crisis Group (ICG).

Les autorités soudanaises ont dans un premier temps qualifié de «voleurs» et de «bandits» les auteurs de cet enlèvement. Et le gouverneur du Darfour-Nord Mohammed Osmane Yussif Kibir, qui a dirigé les négociations avec les ravisseurs, avait déclaré qu'une rançon avait été exigée.

Mais les ravisseurs n'ont pas obtenu un sou ou autres compensations matérielles, ont assuré MSF, des diplomates et les autorités soudanaises. Samedi, M. Kibir a finalement affirmé que l'enlèvement visait le mandat d'arrêt émis par la Cour pénale internationale (CPI) contre le président Béchir.

«Ce kidnapping est la réponse à une mesure injuste contre la souveraineté de la nation», a-t-il dit à la presse, ajoutant que le rapt avait été commis par un groupe jusqu'à présent inconnu, les «Aigles d'el-Béchir».

La CPI a délivré le 4 mars un mandat d'arrêt contre le président soudanais pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité au Darfour, où la guerre civile a fait 300 000 morts selon l'ONU, un chiffre contesté par Khartoum qui évalue à 10 000 les décès liés aux combats.

Dans la foulée, Khartoum a ordonné l'expulsion de 13 ONG internationales actives au Darfour, dont les sections française et néerlandaise de MSF, une mesure très mal reçue par plusieurs pays occidentaux et l'ONU.

Les ravisseurs ont libéré les otages «uniquement parce que c'était dans le meilleur intérêt de la nation», a déclaré le gouverneur du Darfour-Nord qui a critiqué le geste mais loué la cause.

Les autres sections de MSF au Darfour — belge, suisse et espagnole — ont suspendu leur opération sur le terrain après l'enlèvement de leurs collègues. D'autres ONG pourraient emboîter le pas si la sécurité se détériore encore, craignent plusieurs responsables.