Al-Béchir parade au Darfour et menace

Le président soudanais Omar al-Béchir hier à Al-Facher, capitale historique du Darfour.
Photo: Agence Reuters Le président soudanais Omar al-Béchir hier à Al-Facher, capitale historique du Darfour.

Brandissant son épée, le président soudanais Omar al-Béchir a menacé hier d'expulser des diplomates occidentaux et d'autres ONG, devant ses partisans rassemblés à Al-Facher, dans le Nord-Darfour. Cinq jours après le mandat d'arrêt lancé contre lui par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre dans cette région de l'ouest du Soudan, Bachir a, au cours d'une allocution, insulté la CPI, affiché son mépris pour l'Occident et justifié l'interdiction à ce jour de 16 organisations humanitaires non gouvermentales.

AL-Facher, Soudan — Le président soudanais Omar al-Béchir a sommé hier les ONG, Casques bleus et diplomates de se plier aux lois soudanaises sous peine d'expulsion, lors de sa première visite au Darfour depuis la délivrance d'un mandat d'arrêt contre sa personne.

«J'ai un message pour toutes les missions diplomatiques présentes au Soudan, les organisations non gouvernementales et les Casques bleus. Ils doivent respecter les lois locales sinon ils seront expulsés du pays sur-le-champ », a déclaré le président devant des milliers de personnes.

Omar al-Bachir effectuait une visite éclair à El-Facher, capitale historique du Darfour, quatre jours seulement après le mandat d'arrêt émis contre lui par la Cour pénale internationale (CPI) pour des crimes dans cette région de l'ouest soudanais en proie depuis 2003 à la guerre civile.

Il a fait le trajet entre l'aéroport d'Al-Facher et le centre-ville debout à l'arrière d'une jeep, en saluant la foule nombreuse qui brandissait ses photos, agitait des drapeaux soudanais, scandait le nom du président et conspuait les États-Unis et le procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo.

«La CPI, les juges et le procureur, je les foule au pied», a lancé avec dédain Omar al-Béchir, vêtu d'un costume vert safari, son crâne dégarni perlant de sueur sous un soleil de plomb.

Khartoum a immédiatement répliqué à la décision de la CPI en expulsant 13 ONG internationales responsables de la distribution alimentaire, de l'accès à l'eau potable et des soins de santé pour plus d'un million de personnes déplacées par les violences au Darfour. Les pays occidentaux «nous ont dit que si nous permettions aux ONG de poursuivre leur travail, la décision de la CPI allait être suspendue. Mais nous avons refusé», a affirmé le président soudanais, qui est rentré à Khartoum en fin de journée.

Les agences des Nations unies au Soudan ont jugé samedi qu'il serait impossible de combler le manque créé par le départ de ces organisations comptant pour 40 % des activités d'aide au Darfour, théâtre de la plus importante opération humanitaire au monde.

«Bien qu'environ 85 ONG opèrent au Darfour, la plupart de l'aide va être interrompue sans ces organisations», pouvait-on lire dans un communiqué des agences de l'ONU.

Les autorités soudanaises ont indiqué qu'elles allaient prendre le relais à la suite du départ des ONG. «Nous allons combler le vide», a assuré le président Bachir, sans autre précision.

«Ce n'est pas possible, dans un délai raisonnable, de remplacer la capacité et l'expertise que ces ONG ont fournies sur une longue période», avaient averti auparavant les agences de l'ONU au Soudan.

Quelque 85 ONG internationales sont actives au Darfour, mais les 13 expulsées «comptent pour plus de la moitié de la capacité des opérations humanitaires», ont-elles regretté.

Omar al-Béchir, 65 ans, tente de rallier l'appui de l'ensemble de la population soudanaise dans son bras de fer contre la justice internationale sur le thème de la lutte contre le «néo-colonialisme » occidental. Avant le discours du raïs soudanais, des personnalités darfouries favorables à Khartoum ont pris la parole, invitant la population à soutenir le président, jouant notamment la carte tribale. «Les Zaghawas pour le président», a résumé un orateur.

La tribu zaghawa est l'une tribus influentes au Darfour. Le chef des rebelles du Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), Khalil Ibrahim, provient de ce lignage.

La force de maintien de la paix ONU-Union africaine (Minuad) a pour mandat de surveiller la mise en oeuvre d'un accord de paix intervenu en 2006 entre Khartoum et l'un des nombreux groupes rebelles du Darfour, la faction de l'Armée de libération du Soudan (SLA) de Minni Minnawi, un Zaghawa du Darfour aujourd'hui allié du président Béchir. La Minuad compte 15 500 soldats et policiers au Darfour.