Tollé contre le mandat de la CPI contre al-Béchir

Omar al-Béchir a harangué ses partisans hier à la suite du mandat d’arrêt délivré la veille par la CPI.
Photo: Agence Reuters Omar al-Béchir a harangué ses partisans hier à la suite du mandat d’arrêt délivré la veille par la CPI.

Pendant qu'Omar al-Béchir parade à Khartoum, ses soutiens internationaux se font entendre. Le président soudanais a fait sa première apparition publique, hier, depuis l'annonce du mandat d'arrêt délivré par la Cour pénale internationale (CPI) à son encontre pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité au Darfour.

Devant plusieurs milliers de supporteurs rassemblés au centre de la capitale soudanaise, le président a juré qu'il ne se mettrait pas «à genoux devant les colonialistes». «Cela fait 20 ans que nous sommes sous la pression du néocolonialisme et de ses instruments comme la CPI, le Conseil de sécurité des Nations unies et le FMI», a-t-il déclaré entre deux professions de foi musulmane. Les ONG sont, pour lui, elles aussi les instruments de ce complot. «Les véritables criminels, ce sont les leaders des États-Unis et de l'Europe.»

Nord-Sud

El-Béchir a vu juste en se plaçant sur le terrain de l'affrontement Nord-Sud. La géographie de ses soutiens épouse exactement la carte Occident contre le reste du monde. La Chine, la Russie, la Ligue arabe, l'Union africaine, l'Organisation de la conférence islamique ont toutes, d'une manière ou d'une autre, exprimé leur désaccord avec la décision des juges de La Haye.

Pékin, qui achète deux tiers du pétrole soudanais, demande la «suspension» de la procédure contre le président soudanais. L'article 16 du traité de Rome, instaurant la CPI, permet, en effet, la suspension pour un an des poursuites sur décision du Conseil de sécurité de l'ONU.

C'est la solution préconisée par l'Union africaine, dont le Conseil de paix et de sécurité s'est réuni hier. L'Union africaine, dont le Soudan est un membre de poids, est particulièrement préoccupée par le sort de ses 12 000 soldats de la paix présents au Darfour dans le cadre de la MINUAD. Khartoum a enfoncé le clou en demandant aux États africains ayant ratifié le traité de Rome de se retirer de la CPI.

La Ligue arabe va aussi demander une suspension de la procédure. Moscou, qui fait partie, avec Pékin, des principaux fournisseurs d'armes au Soudan, plaide pour une «immunité» du président al-Béchir. La Turquie et l'Afrique du Sud ont exprimé leurs «inquiétudes» ou leurs «regrets». Mais une majorité de 9 voix sur 14 n'est pas pour autant acquise au Conseil de sécurité en faveur de la suspension.

D'autres observateurs s'inquiètent de possibles conséquences sur les relations, déjà tendues, entre le Soudan et le Tchad. Hier, des rebelles tchadiens, soutenus par Khartoum, auraient été repérés à une quinzaine de kilomètres seulement de la frontière. Depuis des semaines, le régime de N'Djamena a massé d'importantes troupes et un vrai arsenal (notamment trois avions Sukhoï et des hélicoptères de combat) en prévision d'une possible offensive des rebelles. Ceux-ci sont désormais regroupés au sein d'une nouvelle Union des forces de la résistance (UFR) dirigée par Timan Erdimi, frère ennemi du président tchadien Idriss Déby. Une telle offensive pourrait être une autre façon, pour Khartoum, de riposter à une justice internationale qu'il estime manipulée par les Occidentaux.
1 commentaire
  • Serge Charbonneau - Inscrit 6 mars 2009 04 h 10

    La qualité de l'information et les jugements

    « Pendant qu'Omar al-Béchir parade à Khartoum... »

    « PARADE »
    La table est mise, on vous offre du méchant pour le repas!

    L'Occident, les «bons» ont la condamnation facile!
    On ferme facilement les yeux sur des massacres quotidiens au nom de la «démocratie» qui ne veut rien dire. On parle avec le plus grand sérieux du monde des «élections» en Afghanistan. Au mois d'avril ou au mois d'août? L'Afghanistan où il y a encore quelques «insurgés» à massacrer. Certains disent qu'il y a eu un million de massacrés au Moyen-Orient depuis la guerre contre les méchants!

    L'Occident condamne et ferme les yeux.
    On dit que al-Béchir «parade».

    Moi, pendant huit ans, j'ai vu Bush «parader» et pas seulement à Washington, mais dans le monde entier. Bush responsable de combien de centaines de milliers de morts? Combien exactement ? On ne le saura jamais. Il y a des guerres où le décompte est moins précis et il y a des gens dont on ne dirait jamais qu'ils «paradent»!

    Al-Béchir «parade». Bien sûr, il est sûrement responsable de certains méfaits, mais il n'est sûrement pas le seul. Exactement comme Mugabe, exactement comme Saddam. Des méchants dont on se sert et que l'on diabolise pour limiter le dégât de leur propos. Saddam avait beau être dictateur, on l'a rapidement pendu avant qu'il puisse en dire trop. Qui donc lui a vendu des armes, qui donc l'a laissé "être" tant qu'il ne nuisait pas trop aux intérêts occidentaux ?

    L'Occident condamne et al-Béchir n'est peut-être pas aussi condamnable qu'on le dit si on creuse vraiment. Mais ici, il est interdit de creuser vraiment.
    Imaginez comment on peut passer pour un fou si on dit que Mugabe est un héros qui a participé à mettre fin à l'apartheid. Aujourd'hui il est vieux 85 ans, il est toqué. Vous en connaissez des vieux qui sont toqués? Peut-être vos propres parents... Parfois ils font des choses... complètement... des actes, des pensées, des paroles... de vieux toqués! Sont-ils des écoeurants pour autant? Mugabe c'est probablement un peu ça. Qui donc aide le Zimbabwe? Qui donc favorise la misère dans ce pays qui se noie dans sa merde?
    Aujourd'hui c'est Tsvangirai qui demande de l'aide... pour l'avoir que devra-t-il faire?
    Peut-être, être un peu... moins "protectionniste"???

    Al-Béchir, contre l'Occident avec les maudits Chinois.
    Imaginez comment on passait pour un fou, au printemps dernier si on disait que la Chine n'était peut-être pas si pire que ça.
    Bah! Bien sûr aucun pays n'est le paradis, surtout lorsque celui-ci a le un cinquième de la population mondiale!

    L'Occident condamne durement.
    Mais le monde n'est pas ni si noir, ni si blanc.
    La Chine, la Russie, les pays arabes, africains et musulmans soutiennent le méchant al-Béchir.
    Une belle bande de fous... c'est bien connu, seuls les Occidentaux possèdent la "raison"!

    Il y a surement des reproches que l'on peut faire à un président, mais de là à le mettre sous «mandat d'arrêt international»... on exagère peut-être un peu. Hier à Khartoum 10 000 manifestants pour soutenir le méchant.
    Combien de manifestants seraient sortis pour soutenir Bush s'il avait été condamné par le CPI? Je ne suis pas sûr qu'il ait pu réunir en moins de 24 heures 10 000 manifestants à Washington, un pays où internet et facebook peut réunir 10 000 personnes dans une station-service en quelques heures. Khartoum, ne vous leurrez pas, n'est pas très équipé en Facebook!!!
    Les 10 000 manifestants... disons que ça signifie «un peu» quelque chose.
    Et la Chine... et la Russie... et l'Afrique non soumise... et bien sûr, les Musulmans!

    Alors, c'est bien vrai que al-Béchir a sans doute des agissements reprochables, mais tout comme Mugabe, il n'est pas l'unique responsable. Cette condamnation est un manque de respect pour une bonne partie de la planète. Le pur méchant n'existe pas. Votre vieux père un peu toqué, n'est pas si écoeurant que ça, même s'il est devenu invivable, il faut tout simplement l'aider.

    L'Occident devrait commencer par faire son propre procès, ensuite elle pourrait peut-être se permettre de juger les autres et de leur faire la leçon.
    Il faut commencer par faire du ménage chez-soi avant de dire au voisin comment nettoyer son garage.

    La table est mise.
    Nous n'avons plus d'information, nous avons de la propagande:
    «Pendant qu'Omar al-Béchir «PARADE» à Khartoum, «SES» soutiens internationaux se font entendre.»

    En information on dirait: « al-Béchir se défend devant dix milles partisans venus l'appuyer. «DES» soutiens internationaux se font entendre. »

    Les mots «PARADE» et «SES» s'utilise pour aiguiller l'opinion. On n'informe pas on fait du courant d'opinion.

    On dénigre les propos en les présentant comme étant exagérés, imbéciles ou mensongers: « Le président a juré qu'il ne se mettrait pas «à genoux devant les colonialistes». «Cela fait 20 ans que nous sommes sous la pression du néocolonialisme et de ses instruments comme la CPI, le Conseil de sécurité des Nations unies et le FMI», a-t-il déclaré entre deux professions de foi musulmane. Les ONG sont, pour lui, elles aussi les instruments de ce complot. «Les véritables criminels, ce sont les leaders des États-Unis et de l'Europe.»

    «à genoux devant les colonialistes»
    Ces propos sont-ils fous, exagérés, mensongers? Soyez honnêtes! Tournez une petite page, une toute petite page de l'Histoire de l'Afrique: «à genoux devant les colonialistes» ces propos sont plus que vrais.
    «Cela fait 20 ans que nous sommes sous la pression du néocolonialisme»
    Est-ce une autre fausseté?
    Honnêtement al-Béchir, le méchant dit des vérités!
    Les «instruments du néocolonialisme: la CPI, le Conseil de sécurité des Nations unies et le FMI», ici encore d'un oeil africain, il n'a pas tort, il a même bien raison. Regardez le pillage et le sous-développement de l'Afrique. (Noir Canada en parle un brin, juste un brin. Imaginez si on savait complètement!)

    « a-t-il déclaré ENTRE DEUX PROFESSIONS DE FOI MUSULMANE »
    C'est la guerre contre les musulmans, il ne faut pas l'oublier et dans toute bonne propagande où il faut maintenir le courant de l'opinion, c'est toujours bon d'y mettre un peu de cet assaisonnement anti-ennemi (dans ce cas-ci le monde musulman).
    Encore ici, l'utilisation de ce "fait" (ses professions de foi) (combien de fois dit-on «god» dans un discours au ÉU?) sert la propagande et non l'information. Un fait mis hors contexte culturel et religieux.

    « Les ONG sont, pour lui...»
    Ou : al-Béchir accuse les ONG...
    La deuxième formule est plus adéquate en information. Parce que les ONG ne sont peut-être pas que «pour lui» fautives. Il faudrait voir pourquoi il accuse les ONG avant d'en tirer des conclusions.
    Il est arrivé que des groupes d'ingérence politique infiltrent des ONG pour miner de l'intérieur un pays. Plusieurs pays d'Amérique latine ont dû lutter contre ces manigances souvent utilisées par la CIA. (Je capote, vous dites-vous? Mais à quoi donc sert la CIA à travers le monde croyez-vous?).

    La propagande continue en disant que al-Béchir a bien joué "stratégiquement" en se plaçant sur le terrain de l'affrontement Nord-Sud. Du coup on élimine toute crédibilité à son plaidoyer et on le récupère comme pure "stratégie". Ici aussi l'information est malhonnête. On ne s'attarde pas à vérifier les objections d'al-Béchir, mais on leur donne rapidement la couleur de la stratégie.

    « Pékin, qui achète deux tiers du pétrole soudanais... »
    C'est bien connu Pékin n'a aucune morale (sic), seul l'Occident agit «sans intérêt» (sic) uniquement pour le «bien»!!!
    Donc encore la propagande qui nous dit que la contestation des Chinois n'est rien d'autre que par purs intérêts et que dans le fond... l'Occident a raison!
    Mais même Chinois, même communiste, peut-être que ces Orientaux ont aussi une morale? C'est impossible vous dites-vous!! Ah! la propagande a fait son oeuvre!

    « L'Union africaine, DONT LE SOUDAN EST UN MEMBRE DE POIDS... »
    Encore ici, on discrédite cette union.
    On pourrait aussi dire que l'ONU... dont les ÉU est UN MEMBRE DE GROS POIDS!
    Dans les techniques d'aiguillage d'opinion, on accrédite ou discrédite en fonction du courant que l'on veut imposer dans la réflexion populaire.

    « Moscou, qui fait partie, avec Pékin, des principaux fournisseurs d'armes au Soudan...»
    Vous voyez, seuls les pays de l'Occident sont purs! Les ÉU, la France, le Canada, la Belgique et bien d'autres ne vendent pas vraiment d'armes... Là aussi on dénigre la Chine et la Russie, ces pays sans morale (sic)... on les classe rapidement et tout ce qu'ils peuvent dire... ce n'est que pure stratégie de «méchant». Seul l'Occident est pur et agit pour le «bien», pour la «démocratie» et pour les «droits humains».

    On parle du «bon» président tchadien, Idriss Déby.
    Au pouvoir depuis 1990 (président à vie???).
    Il a chassé du pouvoir, avec l'appui de la France, son ancien compagnon d'armes Hissène Habré après une période de lutte armée menée à partir du Soudan. Un roi-nègre supporté TOTALEMENT par la France malgré plusieurs dizaines de milliers de morts sous son régime. Un «président à vie» dont on ne parle pas (ce n'est pas Chávez).

    En fouillant un peu, on s'aperçoit que les rebelles tchadiens, soutenus par Khartoum,
    n'ont peut-être pas tort et que celui que l'on présente comme méchant Timan Erdimi, frère ennemi du président tchadien Idriss Déby, ne l'est peut-être pas tant que cela. Il est tout à fait "normal" qu'Idriss Déby ait des ennemis.

    Dans un rapport on décrit Idriss Déby comme suit:

    Idriss DÉBY, nouveau dictateur, Général - Président auto-proclamé, du Tchad, coupable de hold-up électoral, rejeté par le Peuple dès le premier tour de l'élection présidentielle pseudo - démocratique du 20 mai 2001.
    Sa nature criminogène : selon la commission internationale sur les crimes de l'ancien Président Hissene Habré, 40.000 Tchadiens furent assassinés par les forces "de l'ordre", dirigées personnellement par l'actuel Président Idriss, alors chef d'État-major des armées. (Dossier Noir de la politique africaine de la France, N°13 éd. l' Harmattan, Paris, 1999).
    Le volumineux rapport de la mission d'enquête du 12 au 23 juillet 1991 de Jean - Paul Jean, pour le compte de la Fédération internationale des Droits de l'Homme (FIDH), mentionne : 54.000 arrestations arbitraires et 80.000 orphelins dont les parents ont été sommairement exécutés entre 1980 et 1990.
    Selon le journal Alwihda, à ces morts viennent s'ajouter plus de 25 000 autres depuis le 1er décembre 1990, date à laquelle Idriss Déby a pris le pouvoir à la faveur d'un coup d'État militaire, aidé par l'armée française au Tchad.
    Enfin, le Général Idriss Déby est coupable de délinquance financière internationale : fausses monnaies, trafics de drogues ( lire " Noir Procès " de F.X. Vershave et Laurent Beccaria, éd. Les Arènes, Paris 2001).

    Malgré ces crimes, le silence, l'indifférence et la passivité des pays prétendus "démocratiques", notamment la France (omniprésente au Tchad) et des institutions internationales (BM, FMI, OUA,...) continuent. L'odeur du pétrole inhiberait donc les bons réflexes de défense des Droits de l'Homme. C'est le règne de l'hypocrisie et des rentes financières où la vie des Africains n'a aucune valeur.
    Les Tchadiens voient les leurs massacrés, pillés, violées, subissent quotidiennement des traitements humiliants et dégradants. Les Africains savent que les Dictateurs - Présidents africains de l'acabit de Idriss Déby, créatures du capital et de l'impérialisme, ont été choisies et imposées par le néo-libéralisme afin de mieux exploiter et piller leurs pays.

    L'Afrique est un vaste continent à étudier.
    Peut-être que ce n'est pas al-Béchir qui mériterait le plus, un mandat d'arrêt?
    Peut-être que des Occidentaux sont encore plus coupables?

    Pour dessert :

    http://www.tchadoscopie.over-blog.com/article-2177

    http://www.wadeukeubi.com/afrique/comment-petit-de


    Serge Charbonneau
    Québec